Dans un mois, le 7 octobre, le Brésil va voter. Et ce week-end, la justice a confirmé l’interdiction de se présenter faite à l’ancien président Lula, en prison pour corruption. Mais à force de se polariser sur Lula, on en néglige la poussée de l'extrême droite. C'est le "monde à l'envers".

Le candidat extrémiste Jair Bolsonaro avec un militaire le mois dernier à Sao Paulo
Le candidat extrémiste Jair Bolsonaro avec un militaire le mois dernier à Sao Paulo © AFP / NELSON ALMEIDA / AFP

La maison Brésil est en train de brûler !

Au sens propre, avec ce gigantesque incendie qui a ravagé le Musée national de Rio, on vous en a parlé dans les journaux de France Inter. Et aussi au sens figuré : l’avenir politique de ce grand Brésil et de ses 210 millions d’habitants, cet avenir devient très incertain, avec la mise à l’écart de la candidature Lula.

Et effectivement, on n’y a pas assez prêté attention, pour l’instant c’est l’extrême droite qui tire les marrons du feu de l’incendie.

Jusqu’à présent, Lula, l’ancien président, icône de la gauche, caracolait en tête avec près de 40% des intentions de vote. Mais qui vient en deuxième et donc potentiellement en premier, puisque Lula n’en sera sans doute pas ?

C’est Jair Bolsonaro. 15% dans les enquêtes d’opinion il y a 3 mois, entre 20 et 25% maintenant. 

Il est désormais probable qu’il soit présent dans le duel de 2nd tour.

Jair Bolsonaro. Vous ne le connaissez pas, c’est normal. Alors je vous fais les présentations.

63 ans, ancien capitaine d’artillerie sous la dictature, député depuis plus de 25 ans, le mieux élu à Rio lors du dernier scrutin.

Vous voulez savoir ce qu’il pense ?

Alors voilà un petit florilège de citations :

-          A propos d’une femme ministre : « tu ne mérites pas qu’on te viole » ;

-          Sur la dictature : « son erreur a été de torturer, elle aurait mieux fait d’assassiner » ;

-          Sur la criminalité : « un bon délinquant est un délinquant mort ».

Je pourrais continuer. Vous avez compris. C’est du concentré d’extrême droite.

Vous voulez le programme ?

Le voici : Bolsonaro veut… interdire l’avortement, rétablir la peine de mort, combattre l’homosexualité, mettre des militaires au gouvernement, autoriser le port d’armes, censurer les journalistes, et privatiser toutes les entreprises publiques.

Les militaires et les évangéliques 

Les mêmes causes produisent les mêmes effets un peu partout sur la planète.

D’abord, Bolsonaro surfe sur le rejet de la classe politique. C’est le principe du « dégagisme », à l’œuvre un peu partout dans le monde. 

Les Brésiliens ont le sentiment que toute la classe politique est corrompue. On peut les comprendre, vu la multiplication des scandales à droite comme à gauche.

Ensuite, il surfe sur le mécontentement économique et social. C’est un mécontentement double et paradoxal.

D’un côté, les plus pauvres estiment que Lula n’a pas fait assez pour eux. De l’autre, les plus riches, en particulier la bourgeoisie blanche, considèrent que Lula a leur a pris trop d’impôts. 

Et en plus tout le monde s’inquiète de la crise migratoire qui menace avec l’implosion du Venezuela voisin.

Bolsonaro a des appuis. D’abord les jeunes, figurez-vous. 60% de son électorat a moins de 35 ans. Ils voient en lui un Monsieur propre.

Ensuite les militaires, en particulier les anciens généraux de la dictature. Mais aussi les grands propriétaires terriens.

Et une partie des Eglises évangéliques, de plus en plus puissantes au Brésil, et sensibles à son discours sur la famille.

Bolsonaro fait d’ailleurs partie d’un lobby brésilien qui s’appelle BBB, pour Bala, Boi, Biblia : ça veut dire les balles, les bœufs et la Bible. L’armée, l’agriculture, l’église.

La dictature oubliée

On peut se dire : c’est quand même fou que tout cela soit possible dans un pays qui sort à peine de la dictature: la dictature militaire au Brésil, de 1964 à 1985. Exécution des opposants, torture généralisée, censure omniprésente, etc… 

Donc un retour de l’extrême droite, c’était impensable il y a encore très peu de temps.

C’est vraiment un phénomène de mémoire courte. Mais là encore, ce n’est pas très différent de phénomènes à l’œuvre en Europe, en particulier en ex Europe de l’Est.

En tous cas, le risque d’instabilité est majeur.

Pour le Brésil lui-même d’abord : risque de violence politique, d’instabilité économique.

Pour tout le continent sud-américain ensuite : certains diplomates européens n’écartent plus l’hypothèse d’un Bolsonaro au pouvoir qui voudrait, par exemple, régler par la force la crise politique au Venezuela.

Alors vous allez me dire, on joue à se faire peur ! Les analystes politiques brésiliens estiment que Bolsonaro ne l’emporterait sans doute pas au 2nd tour face à un autre candidat, quel qu’il soit. 

Mais quand même, aujourd’hui, le Brésil tremble sur ses fondations démocratiques.

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