A l’occasion du lancement du Grenelle sur les violences conjugales, regardons le sujet d’un point de vue extérieur : vu de chez nos voisins, la France est-elle vraiment un mauvais élève sur le sujet ? Et la réponse est effectivement : pas terrible ! On aurait matière à regarder l'Espagne. C’est le « Monde à l’envers »

Manifestation Place de la République à Paris en juillet dernier
Manifestation Place de la République à Paris en juillet dernier © AFP / Raphael Kessler / Hans Lucas

Il faut être prudent : les comparaisons sont difficiles à établir entre les différents pays, les chiffres manquent, parfois les classifications ne sont pas les mêmes. Un seul exemple, certains pays ne comptent dans les violences conjugales que celles commises par le conjoint. Si on n’est pas marié, ça ne compte pas.

Bon cela dit, quelques faits émergent malgré tout.

D’abord, au niveau mondial, c’est un fléau majeur : au moins 50.000 féminicides par an commis par des membres de la famille, le plus souvent le partenaire. Entre 20 et 30% des femmes ont subi une agression physique au cours des 12 derniers mois. Le pire c’est en Russie, en Amérique Centrale et en Afrique du Sud.

Maintenant, si on prend des pays comparables, essentiellement des pays européens, c’est vrai que la France est plutôt en retard. Le bilan est médiocre.

Premier critère, le nombre de féminicides par an, entre 120 et 130 : seule l’Allemagne fait pire. Deuxième critère, plus révélateur, la proportion de féminicides rapportée à la population globale :  la cata, c’est dans certains pays de l’Est de l’Europe comme la Hongrie ou la Roumanie.

Mais après la France est mal classée. La situation est assez nettement meilleure (ou moins pire) en Grande-Bretagne, en Italie, en Grèce où le taux de féminicide est deux fois moindre. Et en Islande, on en est carrément à zéro. Zéro meurtre.

Le plus préoccupant en France, c’est que la situation ne s’améliore pas. Elle aurait même plutôt tendance à se dégrader. 120 féminicides l’an dernier. Déjà plus de 100 cette année en l’espace de 8 mois. Alors que chez plusieurs de nos voisins, ça s’améliore.

L'Espagne a mis les moyens

Le meilleur exemple, c’est l’Espagne qui a pris le sujet au sérieux depuis une quinzaine d’années, après l’affaire Ana Orales du nom d’une femme brûlée vive par son mari en 1997. Résultat : le nombre de féminicides a quasiment diminué de moitié. « Seulement » 47 l’an dernier. C’est déjà trop évidemment, mais la baisse est régulière.

Et c’est d’abord la conséquence d’un arsenal répressif : la « peur du gendarme » a fait reculer les violences faites aux femmes.

L’Espagne n’est pas le seul pays à avoir durci son arsenal répressif. Par exemple, l’Italie vient de doubler un certain nombre de sanctions pénales et de rendre impossibles toute remise de peine en cas de féminicide.

Mais c’est Madrid en effet qui est allé le plus loin, en particulier sous l’impulsion du gouvernement Zapatero à partir de 2004. Une loi « organique » a été votée pour en faire une grande cause nationale : elle a créé des tribunaux spéciaux, avec des compétences pénales spécifiques et une réactivité forte. Pas moins de 106 cours spéciales ont été mises en place dans le pays : elles traitent exclusivement des affaires de violences faites aux femmes par leur conjoint.

Et le recours aux bracelets électroniques a été généralisé (7000 installés en 10 ans) pour garantir l’éloignement des conjoints violents. Et puis, il n’y a pas de secret, les moyens ont été débloqués : 220 millions d’euros au budget de cette année, trois fois plus que la France.

Aide psychologique et formation des magistrats

Ce n’est pas seulement une histoire de répression, c’est aussi une prise en compte sociale : il y a d’ailleurs une convention internationale sur le sujet : la Convention d’Istanbul, signée il y a 2 ans par l’Union Européenne. Elle met l’accent sur la nécessité de la prévention et de la formation.

Ça veut dire quoi, si on reprend l’exemple espagnol ? L’inventaire est parlant :

-         Un réseau d’assistance psychologique partout dans le pays ; 

-         Une plateforme téléphonique gratuite ;

-         Des aides aux déménagements pour les femmes victimes de violences (plus de 3000 prises en charge en Espagne) ;

-         Des femmes gardes du corps dans certains cas ;

-         Des pensions pour les éventuels orphelins en cas de féminicide.

Ça veut dire aussi un énorme travail de formation des magistrats, des policiers, des médecins, avec des modules de 50h de formation.

Cela dit, tout n’est pas parfait en Espagne : le machisme hérité du franquisme en Espagne est encore bien présent dans toute une partie de la société, et l’extrême droite veut remettre en cause tous ces plans.

Enfin les rapports de l’ONU et de l'OSCE citent d’autres axes d’action : l’importance de sensibiliser les garçons dès le plus jeune âge, la nécessité d’améliorer l’indépendance économique des femmes par le travail.

Et…  Le rôle d’éducation et de mobilisation de qui ? Des médias.

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