Un de moins dans la course à l’investiture démocrate face à Donald Trump ! Hier soir, la sénatrice de Californie Kamala Harris, a renoncé. Elle invoque des difficultés de financement dans une campagne où l’argent est roi. Mais c'est surtout un symbole des contradictions des Démocrates. C'est "le monde à l'envers".

La sénatrice californienne lors du dernier débat télévisé entre candidats à l'investiture démocrate le 20 novembre dernier
La sénatrice californienne lors du dernier débat télévisé entre candidats à l'investiture démocrate le 20 novembre dernier © AFP / ALEX WONG / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Au départ, c’était une histoire comme les médias américains les aiment. A « good story », une bonne histoire. Kamala Harris avait un côté “Obama au féminin” : une femme, métisse, de père jamaïcain et de mère indienne. Et une « self made woman » : quelqu’un qui a dû se battre, compter sur elle-même pour gravir les échelons, devenir Procureur, puis ensuite se lancer en politique. Une version 2019 du « rêve américain », une image inversée de Donald Trump. 

Et pourtant la voilà donc qui jette l’éponge. En avançant un argument : 

« I’m not a billionnaire ;

Je ne suis pas milliardaire, il m’est de plus en plus difficile de réunir les fonds nécessaires face à la concurrence ». Fermez les guillemets. Et fermez le banc.

C’est tentant de la croire. Parce qu’en effet, on le sait, la campagne présidentielle américaine est devenue une histoire de gros sous. C’est à qui lèvera le plus de fonds pour faire le plus de pub, en particulier dans les Etats clés, l’Ohio, la Pennsylvanie, la Floride. A ce jeu-là, Trump a d’ailleurs une longueur d’avance : plus de 160 millions de dollars récoltés cette année, à peine la moitié de dépensés. Et côté démocrate, le dernier à se lancer dans l’aventure, c’est le milliardaire Michael Bloomberg. Il se dit prêt à « sortir » un milliard s’il le faut pour battre Trump.

Cela dit, si on regarde les comptes de campagne sur le site officiel de la commission fédérale, on découvre que Kamala Harris occupait quand même une très honorable 5ème place en termes de fonds levés : 37 millions de dollars, autant que le favori des Démocrates, Joe Biden.

Donc l’argument de l’argent est trompeur.

Un parti démocrate divisé

Donc l’explication de son renoncement est ailleurs ! Il faut d’abord chercher du côté de son positionnement politique, de son programme si vous préférez. Kamala Harris incarnait une sorte de mi-chemin, de compromis entre les deux ailes du parti démocrate.

D’un côté, la gauche incarnée par Bernie Sanders ou Elizabeth Warren, qui prônent l’assurance santé universelle, l’imposition des plus riches, la régularisation des sans-papiers. De l’autre, les centristes : le vétéran Joe Biden, le milliardaire Michael Bloomberg, ou dans un tout autre style le jeune Pete Buttigieg. Autant d’hommes aux positions globalement modérées. Kamala Harris se voyait quelque part au milieu, raison pour laquelle elle avait d’ailleurs refusé de se prononcer clairement sur l’assurance santé. Une maladresse.

Son jet de l’éponge n’est pas rassurant : il est révélateur de la division du parti. Entre une jeune garde militante aux positions assez radicales. Et un électorat majoritairement « ventre mou » qui demeure plus libéral et conservateur. On y trouve aussi bien de riches Californiens que des millions d’électeurs d’origine hispanique et souvent croyants. Les Démocrates sont très fragmentés.

Problème : pour l’emporter face à Trump, ils ont besoin de faire le grand écart et de trouver le candidat qui séduira toutes les composantes de leur électorat. C’est pas gagné.

Cherchez la femme 

Kamala Harris avait peut-être le profil pour ça en termes de positionnement politique. Mais elle ne l’avait sans doute pas sur le plan personnel. Et c’est en cela aussi que son jet de l’éponge est révélateur.

Pour le dire brut de coffre, les Etats-Unis ne sont peut-être pas prêts pour une femme présidente, a fortiori une métisse (et soit dit en passant, la France n’a pas de leçons à donner en la matière). Une partie de l’électorat féminin américain reste traumatisée par l’échec d’Hillary Clinton il y a 3 ans. C’est le défi posé à Elizabeth Warren, qui elle est encore en lice. Pour en revenir à Kamala Harris, ajoutons que c’est une Californienne : elle pouvait donc apparaître éloignée des préoccupations de l’électorat ouvrier des Etats clés de l’Est. Ça fait beaucoup de handicaps. 

Les septuagénaires en force

Dernier constat frappant : avec le retrait de Harris, 55 ans, il n’y a plus de quinquagénaires susceptibles de l’emporter. Le match des démocrates va se jouer entre une brochette de septuagénaires (Biden, Sanders, Bloomberg, Warren) et le candidat inattendu, le trentenaire Buttigieg, gay revendiqué, croyant pratiquant et ancien militaire. Face à Trump, ce sera soit l’expérience, soit la jeunesse. La génération du milieu a payé les pots cassés.

Sauf évidemment à ce que Kamala Harris se retrouve sur un ticket avec le vainqueur, pour un poste de vice-présidente. Possible.

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