Depuis hier et jusqu’à demain, le Pape François est aux Emirats Arabes Unis. Objet principal : promouvoir le dialogue interreligieux. Ca peut ressembler à un beau discours un peu creux, mais il faut prendre cela au sérieux. Voilà un Pape qui dialogue réellement avec l'Islam. C'est "le monde à l'envers".

L'accolade entre le Pape et l'imam d'Al Azhar
L'accolade entre le Pape et l'imam d'Al Azhar © AFP / Vincenzo PINTO / AFP

On pourrait évidemment écarter ça d’un revers de la main un peu dédaigneux : un voyage de plus, c’est le 27ème du Pape François, plein de jolies formules et d’appel à la paix comme d’hab, et puis voilà…

On aurait tort de voir les choses comme ça, d’un œil blasé. Ne sous-estimons pas ce voyage.

D’abord, il est absolument sans précédent : jamais un chef de l’Eglise catholique ne s’était rendu dans la Péninsule Arabique. Jamais.

Voilà donc le Pape François en terre inconnue, dans le berceau de l’Islam, pas si loin des lieux saints de la Mecque et de Médine. Le symbole est d’autant plus fort que le Vatican n’a toujours pas de relations officielles avec le grand voisin des Emirats, l’Arabie Saoudite.

Ensuite, cette grande première n’arrive pas comme un cheveu sur la soupe !

C’est même le contraire : elle s’inscrit dans une démarche globale, volontaire, organisée de la part du Pape François. Il veut dialoguer avec l’Islam. Ces dernières années, il s’est déjà rendu en Egypte, en Turquie, au Bangladesh, en Azerbaïdjan. Et fin mars, il sera au Maroc.

Là encore, un processus d’une telle ampleur dans le dialogue avec les Musulmans, c’est sans doute sans précédent dans l’histoire récente de l’Eglise catholique.

C’est en train de devenir l’un des axes majeurs de ce Pontificat, tout comme la mobilisation pour défendre les migrants.

L'accolade avec le recteur d'Al Azhar

Évidemment le « dialogue interreligieux », c’est un peu l’Arlésienne et ça a peut apparaître comme un peu nunuche, une jolie formule creuse.

Sauf que ce Pape travaille vraiment le sujet. Et il trouve des interlocuteurs en face pour faire la même chose.

Quel est l’objet principal de ce déplacement aux Emirats ?

Bien sûr, demain, il y aura la grand-messe dans un stade, avec 135.000 personnes, les Chrétiens des Emirats qui sont beaucoup d’immigrés venus en particulier des Philippines.

Mais ce n’est pas ça le point culminant de ce déplacement.

Le point culminant c’était cet après-midi : une ambitieuse rencontre de « Fraternité interreligieuse », avec 700 représentants, de la chrétienté, de l’Islam, du judaïsme. Et pour la 3ème fois en 3 ans, une rencontre directe entre le Pape et le grand imam de l’université d’Al Azhar, le cheikh Al Tayeb : les deux hommes se sont donnés l’accolade.

Là aussi, il faut prendre ce sujet au sérieux. Il y a une vraie volonté d’instaurer un dialogue, pas uniquement sur des questions spirituelles et théologiques, mais aussi sur des sujets concernant la vie en société.

A un moment de l’Histoire où les religions sont instrumentalisées par le politique pour justifier des conflits, à un moment où l’Islam est caricaturé parce que dévoyé par des extrémistes, voilà de hauts dignitaires religieux qui renvoient l’image inverse, celle du respect mutuel.

Alors dire, comme le Pape l’a fait il y a deux heures « Ou bien nous construisons l’avenir ensemble, ou bien il n’y aura pas de futur », ce n’est pas nunuche. Ça peut avoir un impact sur des millions de personnes.

L'implication du Vatican sur le Yémen

Et en plus avec le pape François, ça peut aussi avoir des traductions concrètes. La plus évidente, c’est sur la guerre au Yémen.

Cet après-midi, le Pape en a d’ailleurs remis une couche, en appelant à l’arrêt de la guerre. Au Yémen mais aussi en Syrie et en Libye.

Le cas yéménite est le plus intéressant parce que les négociations de paix, engagées sous l’égide de l’ONU, sont à l’arrêt. Et parce que les Emirats, justement, sont engagés dans cette guerre, aux côtés de l’Arabie Saoudite, depuis 4 ans.

Plusieurs indicateurs laissent imaginer un engagement de la diplomatie du Vatican sur ce dossier.

Et c’est à l’image, là aussi, d’un Pape qui veut du concret. Il a réactivé le vaste réseau diplomatique du Vatican, ses nonces et ses 183 représentations à l’étranger, sans oublier le réseau parallèle de la Communauté Sant Egidio.

Autant son prédécesseur, Benoit XVI, ne voulait pas se mêler de ces sujets temporels, autant François, lui, revendique cette action concrète.

C’est une diplomatie désintéressée et sans puissance, le Vatican n’a pas d’armée ou d’entreprises, c’est justement pour ça que sa médiation peut fonctionner. En particulier dans un conflit entre musulmans.

Mais pas seulement : on a également relevé aujourd’hui qu’au Venezuela, le président contesté Nicolas Maduro en appelle désormais lui aussi à la médiation de qui ?  

Je vous le donne en mille, du Pape…

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