La question des réfugiés reste au centre de l’agenda européen. Avec une nouvelle réunion des ministres de l’Intérieur de l’UE demain, le tout sur fond d’un nouveau naufrage en Méditerranée. Et si l'Europe ne prenait pas le sujet par le bon bout ? Inverser la perspective. C'est le "monde à l'envers".

Les dépouilles des migrants morts en mer hier arrivent dans le port de Sfax en Tunisie
Les dépouilles des migrants morts en mer hier arrivent dans le port de Sfax en Tunisie © AFP / Sofiene HAMDAOUI / AFP

Je suis sûr que vous vous souvenez de cette publicité pour le sucre… Avec ces morceaux de sucre qui, comme des dominos, se faisaient tomber les uns après les autres, dans un interminable effet en chaine.

Vous vous souvenez ? Et bien dans le dossier migratoire, on se contente d’essayer d’empêcher la chute des derniers morceaux de sucre, en bout de chaine… Vous allez comprendre ce que je veux dire !

Prenons l’éphéméride de cette semaine sur la question migratoire. Trois faits s’y rattachent directement.

Le premier c’est donc ce nouveau naufrage au large de la Tunisie, hier matin.

48 morts en quelques heures. Pour la plupart des Tunisiens, mais il y avait aussi, à bord de l’embarcation, des Maliens, des Camerounais, des Ivoiriens. 

Le phénomène migratoire s’était ralenti fin 2017. Il reprend : déjà 660 morts depuis le début de l’année en Méditerranée.

Deuxième fait : la poussée politique des partis nationalistes se poursuit en Europe. 

Après l’Autriche, l’Italie, la Hongrie, voici la Slovénie : le parti arrivé en tête du scrutin hier est ouvertement anti-immigrés. 

Troisième événement : demain, les ministres de l’Intérieur de l’Union Européenne se réunissent à Luxembourg.  Ils veulent faire évoluer le règlement de « Dublin », qui contraint les réfugiés à déposer leur demande d’asile dans le pays où ils ont débarqué (et c’est souvent l’Italie : 700.000 arrivées sur son sol depuis 5 ans).

Mais cette évolution du règlement s’annonce compliquée.

Ces trois faits sont tous des morceaux de sucre de la fin de l’effet en chaine :  des conséquences, pas des causes.

Un plan Marshall géant pour l'Afrique 

Inverser la perspective, c’est regarder le sujet du « point de vue » de l’Afrique.

Tant que le pouvoir d’attraction de l’Europe sera, pour de nombreux Africains, supérieur au pouvoir d’attraction de leur propre pays, le phénomène va continuer. 

Ou plutôt d’ailleurs non : il va s’amplifier !!!

Pourquoi ? Pour des raisons démographiques : d’ici 2050, l’Afrique comptera 25% de la population de la planète, soit 2 milliards et demi d’habitants, 2 fois plus qu’aujourd’hui !

La semaine dernière, lors d’une conférence à Paris, le milliardaire George Soros a développé une idée intéressante sur le sujet. Il est souvent caricaturé par les extrêmes droites européennes comme étant le promoteur de l’immigration.

En fait son propos est différent : il préconise un changement de braquet sur le développement économique du continent africain.

L’aide au développement, comme on la pratique depuis un demi-siècle, est inefficace : soit elle va dans la poche d’élites corrompues, soit elle fabrique un embryon de classes moyennes qui, précisément, vont vouloir émigrer !

Donc l’idée de Soros est d’une tout autre nature : un GIGANTESQUE, GIGANTESQUE plan d’investissement pour les pays africains, en particulier ceux qui présentent des garanties démocratiques. 30 MILLIARDS d’euros par an pendant des années et des années !

L’Europe, dit Soros, pourrait emprunter à taux très bas sur les marchés pour financer un tel plan, qui permettrait un vrai décollage économique africain, en aidant surtout les micro-projets d’économie locale. Une idée présente aussi dans le discours récent d’Emmanuel Macron à Ouagadougou.

L’enjeu c’est de créer 450 millions d’emplois en Afrique d’ici 2050. Et aujourd’hui, le continent ne semble à même d’en créer que seulement 100 millions. 

A court terme, ce processus accroitrait sans doute le phénomène migratoire. Mais à moyen terme, il pourrait l’enrayer, avec des élites africaines enfin désireuses de rester chez elles. 

Et là on se placerait au démarrage de l’effet en chaine, au premier morceau de sucre si vous voulez….

Accords sales et stratégie à la petite semaine

En même temps, on a l’impression que tout ça est assez utopique… Et le plus probable est donc la poursuite des effets en chaine…

Nouvelles vagues d’immigrations, toujours plus massives.

Nouvelles poussées nationalistes en Europe, toujours plus fortes.

Et nouvelle gestion politique à court terme par l’Union Européenne.

Avec souvent à la clé, ce que George Soros appelle des « dirty deals », des « accords sales » avec des dictateurs africains : on les tolère à condition qu’ils luttent contre le départ des migrants de leur sol. 

Et ça, c’est de la stratégie à courte vue.

L'équipe
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.