A deux mois des élections de mi-mandat aux Etats-Unis, tous les regards sont déjà braqués vers ce rendez-vous électoral déterminant pour la suite du mandat de Donald Trump. Mais il y a moins visible et plus important: la procédure en cours de nomination d’un juge clé à la Cour Suprême. C'est "le monde à l'envers".

Le début de l'audition de Brett Kavanaugh devant le Sénat
Le début de l'audition de Brett Kavanaugh devant le Sénat © AFP / CHIP SOMODEVILLA / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Les auditions ont démarré à 15h30 heure de Paris, tout à l’heure. Et je peux vous dire, pour avoir passé tout l’après-midi à les regarder, que ça a sérieusement chauffé entre élus Républicains et Démocrates, avec même l’irruption de manifestants pendant l’audition…

Ce qui se joue là est essentiel pour l’avenir des Etats-Unis.

Alors, c’est vrai, à première vue, les élections de début novembre, c’est plus spectaculaire, parce que l’opposition démocrate peut espérer reprendre la Chambre des Représentants.

Mais… d’abord, c’est loin d’être fait, vu le socle électoral solide de Donald Trump. 

Et ensuite, ça ne changera pas grand-chose parce que la majorité Républicaine a de bonnes chances de conserver la majorité dans l’autre chambre, le Sénat.

En revanche, ce qui se joue depuis cet après-midi, l’équilibre au sein de la Cour Suprême américaine, pourrait avoir des conséquences pour longtemps. 

Alors de quoi s’agit-il ? Le Sénat doit, d’ici la fin de la semaine, confirmer la nomination d’un nouveau juge. Il s’appelle Brett Kavanaugh…

Pourquoi est-ce essentiel ?

En raison des pouvoirs de la SCOTUS, c’est le petit nom de la Cour Suprême, SCOTUS, pour Supreme Court of the United States.

Un petit rappel : la Cour Suprême c’est, depuis 1789, l’instance judiciaire supérieure aux Etats-Unis, à la fois le Conseil Constitutionnel, la Cour de Cassation, le Conseil d’Etat. 

Tout en un : instance d’appel, et cour décisionnaire sur les grands sujets de société.

Et surtout, les juges qui y sont nommés, sur proposition du président, le sont à VIE.

C’est là le point clé. Parce que dans la configuration d’aujourd’hui, la majorité au sein de la Cour pourrait basculer pour des années, voire des décennies.

Pour comprendre, il faut regarder qui est le juge sortant et qui est le juge entrant…

Salomon et le conservateur

Il y a 9 juges au sein de la Cour. 4 sont, disons, conservateurs. 4 sont plutôt libéraux, progressistes.

Et il y a celui qui vient de démissionner, parce qu’il veut prendre sa retraite à 81 ans. Anthony Kennedy. Et c’était un juge pivot.

Il avait été nommé par Ronald Reagan, mais en fait il votait tantôt avec les conservateurs, sur le financement politique ou la détention des armes à feu, tantôt avec les progressistes, sur les droits des homosexuels ou la peine de mort. C’était un peu Salomon, au cœur de l’équilibre de la Cour.

Maintenant celui qui arrive. En tous cas celui qui est proposé par Donald Trump : Brett Kavanaugh.

Il a 53 ans, le visage un peu poupin avec de bonnes joues roses, il est venu à l’audition en famille tout à l’heure, notamment avec ses deux filles, dispensées d’école pour l’occasion…  Chemise blanche, cravate bleue, costume sombre.

Alors c’est un juriste confirmé, diplômé de Yale, mais c’est surtout un conservateur pur jus : catholique pratiquant, ancien conseiller du procureur Starr qui avait conduit l’impeachment contre Clinton, et ancien conseiller de George Bush.

Avec lui, fini l’équilibre : la Cour basculerait pour longtemps dans le camp conservateur.

La menace sur l'avortement

Evidemment, il y aura d’autres changements aux prochains départs à la retraite…

Mais en toute logique, les deux prochains juges à partir en retraite seront deux libéraux : Ruth Ginsburg et Stephen Breyer, 85 et 80 ans. 

A l’inverse, les juges conservateurs sont beaucoup plus jeunes, entre 50 et 70 ans, ils devraient donc rester en place pour longtemps et rien ne pourra modifier cet équilibre, même si Trump était remplacé.

Et c’est là où l’on en revient aux pouvoirs très importants de la Cour Suprême.

Imaginons cette majorité conservatrice stabilisée pour 10 ans au moins.

On peut alors assister à des réformes sociales majeures : la remise en cause de l’assurance maladie, le renforcement de la liberté de port d’armes et de la peine de mort, la limitation du pouvoir des syndicats.

Voire la remise en cause de l’arrêt le plus célèbre de la justice américaine, Roe contre Wade, autrement dit le droit à l’avortement. Donald Trump le souhaite.

Voire aussi l’instauration d’une immunité totale pour le président, ça pourrait faciliter les démêlés de Trump avec le procureur MuEller.

Les auditions au Sénat vont se poursuivre au moins jusqu’à vendredi. Et si comme c’est le plus probable, Brett Kavanaugh obtient le feu vert du Sénat, la face de l’Amérique en sera durablement changée. 

Le pouvoir judiciaire suprême serait pour longtemps le reflet de cette partie de l’Amérique très conservatrice qui est arrivée aux affaires avec Donald Trump

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