En Italie, le nouveau gouvernement sera officiellement présenté demain. En Grande-Bretagne, le premier ministre Boris Johnson est en position très délicate. Dans les deux cas, les populistes vacillent. Donc l’Union peut y voir une bonne nouvelle. Mais attention au mirage. C'est "le monde à l'envers".

Boris Johnson lors d'une séance houleuse de Questions au Premier Ministre ce mercredi 4 septembre au Parlement britannique
Boris Johnson lors d'une séance houleuse de Questions au Premier Ministre ce mercredi 4 septembre au Parlement britannique © AFP / PRU / AFP

Au premier coup d’œil, l’Europe peut se frotter les mains. A Rome comme à Londres, le feuilleton tourne plutôt en sa faveur depuis 24 heures.

A Rome d’abord, le leader de l’extrême droite Matteo Salvini s’est donc vu trop beau, en faisant exploser la coalition au pouvoir. Les inclassables du Mouvement 5 Etoiles et le parti démocrate de centre gauche, se sont mis d’accord à ses dépens. Le gouvernement sera officiellement présenté demain, avec toujours à sa tête le très euro compatible Giuseppe Conte et au ministère clé de l’Economie un europhile, Roberto Gualtieri.

Autrement dit, virage à 180 degrés : avec Salvini, l’Italie lorgnait du côté des Eurosceptiques et du président russe Vladimir Poutine. Avec cette nouvelle coalition, la voilà qui revient dans le giron pro-européen.

A Londres, cette fois, le revers spectaculaire essuyé hier soir par Boris Johnson, désormais privé de majorité à la Chambre des Communes, est une claque pour les Eurosceptiques.  Ces eurosceptiques décidés à sortir de l’Union dans deux mois, même au prix d’une absence d’accord.

Ça tend à démontrer que l’Europe a eu raison de tenir ses positions, en particulier sur la frontière entre les deux Irlande. D’autant plus que sur ce sujet déterminant pour le Brexit, Boris Johnson n’a toujours pas fait la moindre nouvelle proposition aux Européens.

On se résume, tout ça peut donner l’impression que le vent tourne. Que les populistes et les démagogues sont en repli. Mais attention en effet à l’illusion d’optique.

Il est temps d'aider l'Italie

En face, que peut ou doit faire l'Europe ? Les deux cas sont très différent, presque opposés.

Commençons par l’Italie. Pour le coup, l’Europe serait bien inspirée d’être pro-active et de tendre la main à cette nouvelle coalition. Elle doit bien ça à l’Italie, qui est l’un de ses membres fondateurs.

Tendre la main, ça veut dire d’abord aider Rome sur le plan économique et lui chercher un peu moins querelle sur son endettement. C’est de la responsabilité de la commission européenne, mais aussi de Paris et de Berlin. Emmanuel Macron a tout à gagner à une réconciliation avec Rome, vu que ses positions sont proches du parti démocrate italien. 

Et l’Allemagne pourrait par exemple se montrer un peu moins rigide sur les questions budgétaires avec l’Italie.

Pourquoi aider Rome au plus vite ? Parce que cette coalition italienne (pas forcément très stable), a besoin de résultats rapides, pour démontrer à l’électorat populaire en particulier que les choses peuvent bouger, sur l’emploi ou sur le partage du fardeau migratoire.

Sinon, l’extrême droite tirera rapidement les marrons du feu. Matteo Salvini annonce déjà une grande manifestation le 19 octobre prochain et il vise les élections régionales de novembre en Emilie Romagne.

Le patron de la Ligue attend son heure. Si l’Europe ne file pas un bon coup de main à Rome, cette heure extrémiste viendra, et vite.

Il est temps de ne pas bouger avec le Royaume-Uni

Face au Royaume-Uni, j’ai envie de dire que c’est l’inverse, le mieux c’est sans doute de ne rien faire.

D’abord, il faut bien reconnaitre que, de toute façon, on se sent très impuissant face à la cacophonie parlementaire britannique.

Mais surtout, ce que l’Europe a fait de mieux ces derniers mois, c’est de rester unie en tenant ses positions. En particulier sur la préservation du marché unique et sur la question de la frontière entre les deux Irlande. Donc maintenir les lignes rouges dans la partie de poker. 

En interne, il faut évidemment se préparer au pire, c’est-à-dire l’absence d’accord : c’est d’ailleurs ce que fait l’Europe. Un énorme package annuel de 500 millions d’euros d’aide d’urgence est à l’examen aujourd’hui à Bruxelles, pour faire face à un No Deal.

Mais dans la relation avec Londres, l’Europe a plutôt intérêt à ne pas bouger. Si ce n’est étudier une éventuelle demande de nouveau report de la date limite du 31 octobre si jamais elle était formulée par les Britanniques.

Pour le reste, demeurer calmes et dignes. Ne pas jeter d’huile sur le feu : ça ne ferait qu’accroitre le risque d’un raz de marée électoral des pro Brexit durs lors d’éventuelles élections anticipées.

Et puis rien que ça, rester calmes et dignes, c’est un symbole fort, tant il contraste avec le spectacle pathétique de cette démocratie britannique autrefois exemplaire.

On en viendrait presque, nous Républicains, à souhaiter que la Reine s’en mêle et mette un peu d’ordre là-dedans. Un comble !

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