Le gouvernement a donc fait marche arrière sur la taxation du diesel. Du coup, c’est un manque à gagner d’au moins 3 milliards de recettes pour l’Etat. On peut donc s'interroger sur les taxes pratiquées en France par rapport à nos voisins. Résultat: nous ne sommes pas si taxés que cela. C'est "le monde à l'envers".

Pénurie de diesel dans uhe station service du Nord de la France après les blocus de ces derniers jours
Pénurie de diesel dans uhe station service du Nord de la France après les blocus de ces derniers jours © AFP / CHARLY TRIBALLEAU / AFP

Sortons la calculette ! Comparons les taxes sur plusieurs produits.

A tout seigneur, tout honneur, le roi essence d’abord. Question : l’essence et le diesel sont-ils plus chers en France qu’ailleurs ? Et bien la réponse est « pas vraiment » !

C’est un constat qui n’ôte rien au fait que vous êtes nombreux à ne pas pouvoir boucler vos fins de mois et donc à rejeter ces hausses sur le diesel. 

Mais affirmer que c’est plus cher en France, c’est de l’intox.  Les documents publics de la Commission Européenne et du Parlement britannique sont les plus révélateurs. 

Il faut distinguer le prix en valeur absolue et le prix en valeur relative. En valeur absolue, c’est tout simplement : quel est le prix affiché à la pompe ?

Là, c’est vrai, la France est dans le peloton de tête en Europe : 6ème prix le plus cher pour l’essence, 4ème prix le plus cher pour le diesel. Nous ne sommes devancés que par l’Italie, la Suède et le Royaume-Uni.

Maintenant en valeur relative, c’est-à-dire si on compare ce prix au pouvoir d’achat des automobilistes. C’est une comparaison beaucoup plus juste.

Et bien là, c’est très différent : la France est dans la moyenne européenne, plutôt un peu en dessous, à peu près au même niveau que l’Allemagne ou les Pays-Bas : un plein de 50 litres, ça représente environ 4 à 5% du revenu mensuel médian d’un Français. C’est pire en Espagne, en Italie, en Pologne, etc.  En résumé : rien de spécial en France. 

Et si on taxait le kérosène ?

En tous cas, ces hausses de taxes sont donc au moins suspendues pour 6 mois. Et ça va faire près de 2 milliards de manque à gagner pour l’Etat, 3 et 4 milliards si c’est étendu sur l’année. Donc on fait comment à la place, a fortiori si on veut rester dans les clous des équilibres budgétaires demandés par l’Europe.

Alors conservons la calculette. Et comparons d’autres taxes.

Restons d’abord dans la fiscalité écologique : y-a-t-il des taxes qui permettraient non seulement de faire rentrer de l’argent, mais aussi d’avoir un effet vertueux sur les émissions polluantes des transports ?

Et la réponse est oui. Il y en a une, évidente : c’est la taxation du kérosène des avions. Parce qu’aujourd’hui, c’est zéro patate. Rien. Pas de taxe, alors que le transport aérien c’est proportionnellement le plus polluant au monde : plus encore que la voiture, et 40 fois plus que le train.

Imaginons que l’on taxe tous les avions qui se posent sur le sol français sur la même base que l’essence des voitures. 

Vous savez combien ça rapporterait ? Je vous le donne en mille : 3 milliards !

Bingo ! Exactement le manque à gagner recherché. Et en plus, la taxe serait payée en gros par les plus riches, puisque ce sont les plus aisés qui prennent l’avion.

Sauf que : on n’a pas le droit. En raison d’une convention internationale sur le transport aérien. Enfin si, on a le droit de taxer le kérosène des vols intérieurs uniquement.  Ça ferait déjà 500 millions. Et, tiens tiens, à nouveau une petite comparaison, plusieurs pays le font déjà : le Brésil, le Japon, les Etats-Unis, la Norvège. Et nous ? Et bien non.

Ajoutons que l’on pourrait appliquer le même type de taxe sur le fuel lourd des paquebots de croisière ou des cargos.

Le vin et le cannabis épargnés 

On peut aussi comparer d’autres taxes, en dehors du transport : on peut prendre deux exemples.

D’abord le vin. Il n’est quasiment pas taxé en France. En gros 1 centime d’euro sur un verre. En Irlande c’est 80 centimes, au Royaume Uni 65 centimes, en Suède 52 centimes.

De nombreux alcoologues spécialistes de santé publique le dénoncent depuis longtemps : le coût de l’alcool pour la société est très supérieur à ce que rapporte la filière du point de vue économique.

Si le vin était taxé à même hauteur que les alcools forts, cela rapporterait de l’ordre de 4 milliards. Tiens, toujours la même somme, celle qui manque à l’appel.

Deuxième exemple : combien rapporterait à l’Etat une légalisation du cannabis ? Elle est déjà en place en Uruguay, au Canada, et dans plusieurs Etats américains. 

Parce qu’aujourd’hui, c’est double peine : l’Etat paye la facture de santé publique lié au cannabis, mais c’est le marché noir qui touche les recettes. Et bien si le cannabis était légalisé en France, les taxes rapporteraient à l’Etat, selon la Fondation Terra Nova, 2 milliards. On est toujours dans la même échelle. 

Donc après, ce sont des choix politiques, ce n’est pas à moi de les faire : taxer le diesel, le kérosène, le vin, le cannabis, ou autre chose… Faites votre choix !

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