A un mois pile des élections générales en Italie, incroyable mais vrai: Silvio Berlusconi apparait comme un recours probable et son parti Forza Italia peut l'emporter. C'est le "monde à l'envers" de ce soir.

Silvio Berlusconi lors d'un show télévisé fin janvier
Silvio Berlusconi lors d'un show télévisé fin janvier © Maxppp / Maria Laura Antonelli/PHOTOSHOT/MAXPPP

Je vous parle bien de Silvio Berlusconi !

LE Silvio Berlusconi, multirécidiviste, 30 procès au curriculum vitae. 

Condamné pour prostitution de mineure, puis relaxé en appel.

Condamné pour fraude fiscale : il est inéligible au moins pour un an encore.

Oui, oui Berlusconi, contraint à la démission de son poste de chef du gouvernement, de président du conseil, en 2011.

Berlusconi et ses frasques. Berlusconi et son empire médiatico-footballistique déchu. Berlusconi, son opération à cœur ouvert, ses implants capillaires, ses liftings en série.  Berlusconi, 81 ans !!!

C’est bien de ce Berlusconi-là dont je vous parle.

Inéligible, on le répète. Il ne peut pas être élu. Et pourtant, à un mois du scrutin, c’est bien lui qui domine la campagne, lui qui est en position de force, lui qui était encore hier soir à la télévision.

Berlusconi, donc, apparait comme le meilleur recours à de nombreux Italiens, et aussi à de nombreux dirigeants européens. C’est tout bonnement incroyable, mais c’est vrai. Et le plus extraordinaire, c’est qu’il y a de très bonnes raisons à cela.

Renzi dans les choux

Ça ne va pas très fort en Italie. C’est la première raison. Le bilan des sortants de centre gauche, Matteo Renzi en tête, n’est pas flamboyant. Soit dit en passant, ça prouve que le charme de la jeunesse (Renzi a 43 ans) ne garantit pas le succès politique. Mais je m’égare…

Le chômage a cessé de baisser. Officiellement, il se situe à 11%. Officieusement, selon la banque centrale européenne, il tournerait plutôt vers 18%.

La croissance reste mollassonne, 1,5% (1 point et demi). Le déclin industriel n’est pas enrayé.

Dans le Sud du pays, le niveau de vie a baissé. Dans le Nord, l’immigration provoque des tensions.

Et il y a deux ans, Renzi a échoué dans son grand projet, la réforme constitutionnelle.

Du coup, le centre gauche est dans les choux et ne peut pas gagner le scrutin.

Par effet en chaine, les populismes prospèrent. Et (c’est là où ça devient encore plus fort), Berlusconi apparait aussi comme un recours contre les populismes…

Surenchère populiste

Berlusconi, un recours contre le populisme, ça a l’air d’une blague, parce que dans le genre populiste, Berlusconi se pose là ! Mais ça n’en est pas une. 

Parce que dans cette campagne italienne, il y a plus populiste que lui. Des deux côtés.

D’abord, ses alliés au sein de la coalition des droites:

-         La Ligue du Nord de Matteo Salvini, clairement xénophobe, incapable de condamner la fusillade raciste d’hier à Macerata dans le centre du pays. 

-         Et… le petit parti Fratelli d’Italia, Frères d’Italie qui lui est ouvertement néo-fasciste.

Avant l’entrée en campagne de Berlusconi, la Ligue du Nord dominait cette coalition de droite. 

Désormais le parti de Berlusconi, Forza Italia a pris l’avantage et c’est donc lui, en cas de succès de cette coalition, qui formera le gouvernement.

Ensuite, de l’autre côté, il y a l’autre grand parti populiste : le mouvement 5 étoiles de l’ex humoriste Beppe Grillo. Il a le vent en poupe chez les jeunes, mais on ne sait pas trop où le classer sur l’échiquier, et son côté imprévisible inquiète, en particulier parmi les dirigeants européens.

Résultat des courses : Berlusconi apparait…

- aux Italiens, comme un gage de stabilité (il connait le boulot) 

- et aux Européens comme un rempart contre les excès populistes.

Le Parrain de la droite

Cela dit, il ne va pas changer: quand même ça reste Berlusconi !! Et d’ailleurs, dans cette campagne, il fait du Berlusconi ! Pur jus !

Il promet qu’il va raser gratis (allez hop 1000€ de retraite minimum !), qu’il va baisser les impôts (ça marche toujours) et qu’il va lutter contre l’immigration (passage obligé).

Et ça plait, en particulier auprès de l’électorat âgé, essentiel en Italie : 40% de l’électorat a plus de 55 ans. 

Pour faire bonne mesure, il a même ajouté une corde à son arc : celle de la compassion.

Il se fait prendre en photo un agneau dans les bras car il est devenu défenseur des animaux (cherchez la photo sur Internet, ça vaut son pesant de cacahuètes !).

Et il se pose en patriarche incarnation de la sagesse qui ne doit pas faire trop d’efforts parce que tout de même il est fatigué.

En fait, il est un peu devenu le « Parrain » de la droite italienne, Marlon Brando et Al Pacino à lui tout seul, l’homme qui tire les ficelles, le maître du jeu.

Berlusconi en sauveur, va falloir s’y faire…

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