C’est toujours l’impasse au Venezuela entre les partisans de Nicolas Maduro et ceux de Juan Guaido. Et cette crise pourrait durer. D'où la nécessité d'examiner une hypothèse originale: et si contre toute attente, c'était plus Moscou que Washington qui tirait profit de la situation ? C'est "le monde à l'envers".

La dernière rencontre Poutine Maduro en décembre dernier
La dernière rencontre Poutine Maduro en décembre dernier © AFP / MAXIM SHEMETOV / POOL / AFP

C’est un classique dans les crises internationales : on croit que ça va aller vite. Et finalement ça va lentement voire ça fait marche arrière.

Regardons par exemple avec le recul, les « révolutions arabes ».

Et bien ça peut aussi se produire avec le Venezuela.

On s’est beaucoup focalisé sur un seul côté de la pièce : le soutien à l’opposition vénézuélienne des Etats-Unis et des principales capitales européennes. 

Et on y a vu, non sans raison, un réveil de la tutelle de Washington sur le continent latino-américain, tout en imaginant un dénouement rapide de la crise.

Sauf que du coup, on a oublié de regarder de l’autre côté.

Alors regardons : on devrait être interpellé par la fermeté de l’appui à Maduro, de la part de la Turquie et de la Russie.

Moscou n’y va pas à demi-mot dans le vocabulaire : pour les Russes, la position occidentale relève d’une « violation du droit international » et d’une « ingérence dans les affaires intérieures du Venezuela. 

Le tout est dit sur un ton sec, et avec un argumentaire juridique réel.

D’ailleurs, deux semaines après, où en est-on ?

Il y a bien une opération d’aide humanitaire pilotée par les Etats-Unis, mais on voit mal Trump aller plus loin : il chercher à se retirer de tous les terrains de conflit.

Et en face, Maduro est toujours en place : il semble fort du soutien de Moscou.

Bref, ça commence à ressembler à un nouvel épisode de la guerre froide version XXIème siècle, du bras de fer à distance entre Russes et Américains.

Intérêts militaires et pétroliers

Et Moscou intervient vraiment dans l’affaire : c’est pour ça que le match pourrait durer.

On aurait tort de sous-estimer l’intervention et les intérêts russes dans ce dossier. Ces intérêts, ils sont de deux natures.

D’abord, le militaire.

La coopération ne date pas d’aujourd’hui : la Russie est le 1er fournisseur d’armes du Venezuela, plus de 10 milliards d’euros en 12 ans. 

Tout y passe : Kalachnikovs, Tanks, Avions Sukhoï. Avec des manœuvres conjointes à la fin de l’année dernière.

Un conseiller militaire russe accompagne Nicolas Maduro ; et des mercenaires russes (officiellement membres de sociétés privées) auraient été récemment envoyés en renfort pour protéger le président vénézuélien.

Il faut ajouter les intérêts financiers.

La compagnie russe Rosneft est largement investie dans l’exploitation pétrolifère sur place, 17 milliards d’investissement au total.

Moscou est avec Pékin le principal créancier du pouvoir à Caracas.

Et puis il y a cette étrange anecdote, rapportée par le journal moscovite Novaia Gazeta : ces dix derniers jours, un Boeing privé russe a fait deux allers retours vers Caracas via le Golfe. Sans passager.

Pour le journal, c’est certain : il transportait de l’argent liquide en très grande quantité pour aider Maduro, après la vente de stocks d’or vénézuéliens conservés dans des banques russes.

L’hypothèse n’est pas farfelue. En tous cas, c’est clair :  Moscou soutient réellement Caracas. 

La tactique du chaos

En fait c’est un calcul géopolitique qui ne devrait pas surprendre de la part de Vladimir Poutine.

Le président russe, on le sait, raisonne en termes de puissance.

L’allié Maduro est un pion géopolitique, comme le Nicaragua ou Cuba. Un allié symbolique sur le continent latino-américain, un symbole de puissance russe dans le jardin de Washington.

Et ça va peut-être plus loin. Il y a aussi peut-être à l’œuvre une habileté tactique de Moscou.

La Russie, ces dernières années, a souvent tiré parti des situations de chaos et d’incertitude.

Le meilleur exemple, c’est la Syrie. Comme les Occidentaux sont restés au milieu du gué, la Russie a ramassé la mise.

Le Venezuela n’est évidemment pas la Syrie, mais il y a des points communs : un régime autoritaire contesté, une révolte populaire aux ressorts complexes, et un investissement occidental qui tâtonne.

Ce sont les ingrédients d’une possible confusion qui peut profiter à un tiers. Et ça, Moscou sait faire. 

Alors je vous l’accorde, ce n’est qu’une hypothèse, un peu osée à ce stade. Mais aujourd’hui, il est difficile de savoir comment va tourner la crise au Venezuela.

Et elle pourrait tout aussi bien tourner à l’avantage de la Russie si l’impasse et le chaos s’installent.

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