C’est une visite controversée : Benjamin Netanyahu est à Paris, et rencontre ce soir Emmanuel Macron. Visite controversée car les sujets de contentieux entre les deux pays sont aujourd’hui nombreux. Mais en fait tout cela n’est que façade, il n’est pas question de se fâcher avec Israël… C'est le Monde à l'envers.

Benjamin Netanyahu accueilli à l'Elysée cet après-midi par Emmanuel Macron
Benjamin Netanyahu accueilli à l'Elysée cet après-midi par Emmanuel Macron © AFP / LUDOVIC MARIN / AFP

Officiellement, la diplomatie française est quand même très « contrariée »: Paris "pas content".

Et les relations entre les deux pays, qui étaient au beau fixe il y a un an, sont en pleine zone de turbulences. Il faut dire que les contentieux ne manquent pas.

En tête de liste évidemment : l’Iran.

La France veut sauver l’accord sur le nucléaire en considérant qu’il permet de surveiller les activités iraniennes.

Israël, à l’inverse, se sent menacé dans son existence même par Téhéran, et lutte ouvertement contre cet accord. Et Benjamin Netanyahu est parvenu à convaincre Donald Trump, vous le savez, avec les conséquences que l’on sait.

C’est donc un désaccord majeur.

Contentieux ensuite sur la répression israélienne à Gaza il y a 3 semaines : 120 morts et 3500 blessés par balles, y compris, faut-il le rappeler, de nombreux enfants.

Usage « disproportionné » de la force, a fustigé Paris, non sans raison.

Netanyahu n’a pas apprécié et persiste à trouver la position française trop complaisante avec les Palestiniens.  

On peut ajouter dans le décor :

-         Le sort toujours incertain de l’avocat franco-palestinien Salah Hamouri en détention administrative sans motif officiel en Israël depuis maintenant près de 10 mois…

-         Et le soupçon israélien d’une certaine négligence française dans la lutte contre l’antisémitisme…

Donc oui il y a de sérieuses… « contrariétés » !

Mais… tout cela est… littérature par rapport à d’autres paramètres beaucoup plus structurants…

Netanyahu est incontournable

Et là voici venir le mot « realpolitik »… Alors des exemples !

Realpolitik : Benjamin Netanyahu, malgré les 5 enquêtes pour corruption qui le menacent en Israël, est un leader… solide. 

4ème mandat, 12 ans au pouvoir, il sera bientôt le dirigeant israélien à la plus grande longévité, devant même David Ben Gourion, le fondateur du pays. Sa côte de popularité est même… en hausse ! 

Realpolitik aussi : Israël compte une importance communauté francophone et la France possède la 2ème diaspora juive au monde. 

Realpolitik encore : Israël a des alliés puissants. Arabie Saoudite et bien sûr Etats-Unis : le soutien sans faille de Donald Trump place Benjamin Netanyahu en position de force.

Realpolitik toujours : Israël est le seul modèle démocratique de la région, démocratie parlementaire indiscutable avec une vraie liberté de la presse, malgré la censure militaire.

On ne peut pas en dire autant des pays arabes voisins, ou de l’Iran, dont le leader Ali Khamenei vient de qualifier l’Etat hébreu de « tumeur cancéreuse ».

Bref, du point de vue français, Netanyahu n’est pas la panacée.  Mais dans la région, c’est pire.

Tous ces facteurs sont donc autant, si vous voulez, de murs porteurs qui structurent la relation franco-israélienne. Et par-dessus le marché, il y a aussi des facteurs… conjoncturels, plus discrets, mais bien réels…

La clé du renseignement 

Et là on parle d’économie, mais pas seulement.

Il y a, c’est vrai, une volonté française de développer fortement les échanges commerciaux entre les deux pays. Ils stagnent depuis une dizaine d’années. 

Israël n’est que notre 48ème partenaire commercial alors que c’est la plus grosse économie de la région, avec 3% de croissance, 4% de chômage, et une richesse par habitant proche de celle de la France. 

Il y a donc un vrai terrain à explorer pour des coopérations scientifiques, technologiques, énergétiques, etc.

Et l’attention d’Emmanuel Macron est particulièrement titillée (ça ne va pas vous surprendre) par le côté « start up nation » d’Israël… Le pays compte, tenez-vous bien, 6000 start ups : c’est le taux le plus élevé au monde quand on le rapporte au nombre d’habitants !

Et puis, dernier point, mais non le moindre : il y a les échanges militaires et de renseignement.

Ce n’est pas la facette la plus connue de la relation entre les deux pays. 

Mais ils échangent de nombreuses informations, en termes de cyberdéfense, ou de lutte contre le terrorisme, par exemple au sujet des djihadistes français.

Donc là encore : pas question de se brouiller avec Israël… Il y a beaucoup trop d’intérêts en jeu !

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