Jean-Yves Le Drian vient de passer 48h à Téhéran où il a rencontré le président iranien Hassan Rohani. Au moment où Donald Trump, qui lui rencontre aujourd'hui Benjamin Netanyahu, menace de jeter à la poubelle l'accord sur le nucléaire iranien. Est-ce d'ailleurs une si mauvaise idée ? C'est le monde à l'envers ce soir.

Les paraphes de l'accord sur le nucléaire iranien en juillet 2015
Les paraphes de l'accord sur le nucléaire iranien en juillet 2015

Voici des signatures... Ici en studio, et aussi sur franceinter.fr, les paraphes de ce document qui en anglais s’appelle JCPOA pour Joint Comprehensive Plan of Action…

En perse, l’abréviation c’est BARJAM… C’est le nom officiel de l’accord sur le nucléaire iranien.

Et vous voyez toutes ces signatures en juillet 2015 à Vienne… Là il y a la signature de l’Américain John Kerry, là celle du russe Serguei Lavrov, etc… 

Et bien le premier reproche fait à ce document, c’est ce qu’il ne contient pas !

Par exemple, il ne parle pas des armes conventionnelles. Or le régime des mollahs développe des drones et surtout des missiles balistiques à moyenne et longue portée.

Ils ont des petits noms : Ghadr et Khoramshar. Avec à clé une vraie menace : la possibilité de frapper Israël avec des missiles de 2000 kms de portée. Et dans les milieux militaires français, on estime que l’Iran aurait même la capacité d’augmenter cette portée à 5000 kms. Autant dire la distance jusqu’à Paris !

Autre sujet totalement absent de cet accord de Vienne : la non-ingérence. Résultat : l’Iran ne se prive pas d’intervenir en Syrie ; on estime à près de 10.000 le nombre de soldats iraniens déployés sur le sol syrien. Le tout en appui au régime de Bachar El Assad, y compris dans son offensive meurtrière sur la zone de la Ghouta à l’Est de Damas.

Pour certains diplomates, l’Occident était en fait tellement heureux d’obtenir le renoncement iranien au nucléaire qu’il en a fermé les yeux sur le reste. Et Téhéran en a profité.

Un accord caduc dans 12 ans

Il a un autre angle mort cet accord, c’est son échéance… C’est ce que l’on appelle dans le langage diplomatique anglo-saxon les « sunset clauses ». Traduction littérale : « les clauses du coucher du soleil ».

Concrètement : que se passera-t-il quand l’accord arrivera à échéance ? Et ça arrive vite !

2025 pour le volet de l’accord qui concerne le nombre de centrifugeuses accordées à l’Iran… Les centrifugeuses, vous savez, c’est ce qui sert à enrichir l’uranium.

2030, pour le niveau d’enrichissement autorisé. Rappelons qu’au-delà de 20% d’uranium enrichi, on entre dans la zone à application militaire (pour l’instant, on est à moins de 4%).

Que se passera-t-il ensuite ? Mystère et boule de gomme !

Donc les sceptiques disent : d’ici là, grâce à la levée des sanctions, l’Iran aura retrouvé sa bonne santé économique et nous enverra promener sur le nucléaire.

Par-dessus le marché, entre temps, les conservateurs pourraient avoir repris le pouvoir à Téhéran.

Ce n’est pas le plus probable au vu de l’évolution de la société iranienne, mais ce n’est pas impossible non plus. Et les plus radicaux, les Pasdaran, les Gardiens de la Révolution, n’ont jamais digéré cet accord qu’ils estiment contraire aux intérêts de l’Iran.

Les effets en chaine d'un abandon de l'accord 

Le problème c'est que dénoncer cet accord, c’est encore pire. Et c’est pour ça que ce soir je ne vais pas mettre complètement le monde à l’envers. Cet accord n’est pas la panacée. Mais ça vaut mieux que rien.

D’abord, et ce n’est pas mince : Téhéran le respecte !

Les inspecteurs de l’AIEA, l’Agence Internationale de l’Energie Atomique, l’affirment : l’Iran a cessé son programme d’enrichissement de l’uranium.

Maintenant imaginons qu’à l’inverse le 12 mai prochain Donald Trump mette ce document à la poubelle. Alors tous les effets en chaine sont possibles…

1.     Ça voudra dire que la parole donnée dans un accord international ne vaut plus rien.

2.     Ça fournira, pour le coup, un alibi valable à Téhéran, pour reprendre son programme nucléaire.  Et les Iraniens se disent capables de franchir à nouveau le seuil des 20% d’uranium enrichi en quelques jours.

3.     Dans la région, l’Arabie Saoudite, la Turquie, voire l’Egypte, seront alors tentés de vouloir, eux aussi, se passer de la bénédiction internationale pour se doter de l’arme nucléaire.

4.     Plus à l’Est, le mince espoir d’amener la Corée du Nord à la table des négociations s’envolera aussitôt.

Vous voyez le tableau ?...

Donc cet accord a des défauts, c’est vrai, on vient de le voir. Mais le piétiner, c’est le scénario du pire, un peu comme si le film de Stanley Kubrick Dr Folamour, devenait réalité.

Boum !....

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.