Le Sahel, un territoire immense, plus grand que l'Europe où sont déployés les 4500 soldats français de Barkhane, les 13 000 casques bleus de la MINUSMA, la mission des Nations Unies au Mali. Dans ce Sahel pourtant se multiplient les attaques djihadistes, malgré la présence de ces armées internationales.

La France engagée militairement au Mali depuis 2013 et est présente aujourd'hui dans la bande sahélo-saharienne avec les 4.500 militaires de Barkhane
La France engagée militairement au Mali depuis 2013 et est présente aujourd'hui dans la bande sahélo-saharienne avec les 4.500 militaires de Barkhane © AFP / Daphné BENOIT

Au Mali en trois jours à peine, 14 personnes sont mortes, victimes des terroristes, dont cinq soldats, et un député. Ces trois derniers jours au Sahel, ce sont aussi plus de 55 morts au Mali, dont un soldat français dont le blindé a sauté sur une mine, et au moins 49 militaires maliens tués au cours d'une seule attaque revendiquée par l'Etat islamique dans l'attaque d'un camp militaire à Indelimane, dans le nord-est du pays.  

Depuis l'offensive djihadiste au nord du Mali en 2012, le terrorisme n'a cessé de contaminer progressivement toute l’Afrique de l'ouest.  L'opération Serval, déclenchée par la France en 2012 a permis de libérer les villes tenues par les terroristes au Nord Mali et surtout empêché qu'ils n'atteignent Bamako.  

Mais ce répit n'a été que de courte durée. Les groupes se sont éparpillés, les alliances se sont recomposées.  Les arsenaux se sont nourris de la masse phénoménale d'armes qui circule dans la région depuis la guerre en Libye et la chute de Khadafi.

La stratégie des djihadistes a changé

Les djihadistes ont appris de leurs erreurs, compris qu'occuper des villes était trop lourd, trop compliqué. Compris qu'ils ne faisaient pas le poids face à une armée conventionnelle. Depuis ils ont adopté une nouvelle tactique, en cherchant à créer partout de l'instabilité. 

Ils nouent des alliances entre eux et surtout  attisent les conflits locaux, en jouant sur les frustrations des populations locales, oubliées, méprisées des états centraux, délaissées par le développement.  

Ils surfent sur les conflits inter-communautaires, et les instrumentalisent en attaquant une communauté, une ethnie afin de provoquer un cycle sanglant de représailles...  

Instrumentalisation des conflits communautaires

En mars 2019 au Mali, 160 villageois ont été tués,essentiellement des Peuls , à Ogossagou, vraisemblablement par une milice d'autodéfense d'une ethnie rivale, les dogons...  Même chose en janvier, au Burkina Faso, à Yirgou, avec officiellement 49 morts, probablement beaucoup plus.  

Les peuls, ces nomades musulmans, éleveurs, sont de plus en plus amalgamés aux terroristes, qui cherchent à les séduire, en jouant, justement, sur leur sentiment de rejet. 

Devant l'impuissance des armées nationales et internationales, les populations du Mali, du Burkina, elles, veulent prendre en main leur sécurité et se constituent en milices locales.   Les djihadistes jouent sur du velours, en s'attaquant à toutes les failles de ces états, qui ne voient la lutte contre le djihadisme qu'à travers la réponse sécuritaire.  

Or, face à un ennemi invisible, comme les terroristes, la solution ne peut être uniquement sécuritaire.  Elle nécessite l'appui de la population, son adhésion, notamment en matière de renseignement.  Pour cela, les citoyens ont besoin de se sentir connectés à leur état, bénéficier de ses services : l'éducation, la santé, la sécurité le logement, le transport. En d'autres mot, le développement. Englouti par la mauvaise gouvernance, la corruption....

Montée de la grogne anti-française

Les populations locales ne voient pas les bénéfices de l'aide au développement promise dans le cadre de la lutte anti-terroriste. Une frustration qui crée un boulevard pour le recrutement par les djihadistes...   

Le mois dernier un millier de personnes ont également manifesté à Ouagadougou contre la présence des soldats français au Burkina Faso, qui sert de base aux forces spéciales françaises de l'opération Sabre.  Pour les manifestants, une question : pourquoi cette armée si équipée, si entraînée n'est pas capable à elle toute seule de régler le problème terroriste? 

De quoi nourrir le discours anticolonialiste, qui perçoit l'armée française comme une armée d'occupation principalement présente pour préserver les intérêts français, notamment en termes de ressources minières...  Les manifestants ont également rappelé le soutien de la France à des régimes eux même conspués, comme celui de Blaise Compaoré renversé par la rue en 2014 après 27 ans de règne .  Ce qui explique les réticences du nouveau pouvoir en place au Burkina à faire officiellement appel à la France pour appuyer massivement l'armée burkinabé sur le terrain.

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