Un accord de paix entre Américains et Talibans en Afghanistan serait imminent, à trois semaines de l’élection présidentielle dans le pays. Sur le papier, ça soulève l’optimisme. Mais dans les faits, c'est très illusoire et il y a de quoi être pessimiste. C'est "le monde à l'envers".

Les forces de sécurité afghanes à Kaboul sur le site du cratère provoqué par l'attentat du lundi 2 septembre
Les forces de sécurité afghanes à Kaboul sur le site du cratère provoqué par l'attentat du lundi 2 septembre © AFP / STR / AFP

On a envie d’y croire. La paix en Afghanistan, marquons une pause : vous imaginez ? 18 ans après le début de l’intervention américaine qui a suivi les attentats du 11 septembre, 40 ans après l’intervention soviétique !

Les 35 millions d’Afghans la mériteraient bien, cette paix, après 4 décennies de guerre et la mort de dizaines de milliers de civils. 

En plus, voir les ennemis d’un conflit discuter directement, c’est généralement une bonne nouvelle. Et depuis plus d’un an, Américains et Talibans négocient. Neuf rounds de négociation au total, à Doha au Qatar. Avec la présence du mollah Baradar, l’un des hauts dignitaires Talibans.

Ajoutons que voir les États-Unis s’engager dans une logique de retrait du Proche et du Moyen Orient, c’est séduisant, vu le chaos provoqué par leurs interventions en série. Donald Trump trouve tout cela inutile, il veut ramener les « Boys » à la maison. On ne peut pas lui donner tort.

En fait, l’accord semble quasi-bouclé. Le plan aurait été présenté à Donald Trump avant-hier. Et l’émissaire américain Zalmay Khalilzad est retourné cet après-midi au Qatar. Ce plan prévoirait notamment le retrait d’ici 5 mois de 5000 des 14.000 soldats américain. Et le reste d’ici fin 2020.

Le champ libre aux Talibans

Alors comment ne pas avoir envie de croire à la paix ? Sauf que voilà : ce n’est pas un accord de paix. C’est une retraite américaine. Après une défaite. Comme au Vietnam. Ça ce n’est pas forcément plus mal, mais le souci c'est que ça laisse le champ libre aux Talibans.

Fait révélateur d’ailleurs, révélé ce matin par le magazine Time : le patron de la diplomatie américaine Mike Pompeo refuse pour l’instant d’apposer sa signature à cet accord.

Le problème est tout simple :  il semble ne pas y avoir grand-chose en contrepartie de ce retrait militaire américain.

En face, il n’y a que des promesses. Et donc beaucoup de questions.

A court terme, quid du processus électoral de la présidentielle du 28 septembre ? Le dernier scrutin organisé en Afghanistan, les législatives il y a un an, avait été un vrai bazar. Et surtout à moyen terme, quelles garanties démocratiques ? Pour dire la vérité, aucune. Les Talibans promettent qu’une fois cet accord signé avec les Américains, ils accepteront de négocier avec le pouvoir civil afghan, à Oslo. Mais c’est une simple parole. Et surtout, quels droits pour les femmes, ces droits totalement bafoués à la fin des années 90 quand les Talibans étaient au pouvoir : travail, scolarisation, droits élémentaires.

Les Talibans demeurent convaincus que la loi divine est supérieure à tout, ils maîtrisent militairement la moitié du pays, et ils contrôlent l’essentiel de l’économie informelle, racket et trafic d’opium. Dans les régions qu’ils contrôlent, ils continuent de recourir aux flagellations et aux exécutions sommaires. 

Donc on a du mal à croire dans leurs engagements. Et une fois le processus de retrait militaire américain enclenché, il n’y aura guère plus de moyen de faire marche arrière.

La résurgence du terrorisme

Dans cet accord, ils sont quand même censés renoncer à appuyer les groupes terroristes internationaux comme Al Qaida. Mais là encore, les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent.

Et de une, les Talibans pratiquent eux-mêmes le terrorisme. Ils ne le font que sur le sol afghan mais ils le font tout de même : 10 morts ce matin à Kaboul, 16 morts il y a 3 jours, etc. 

Et de deux, ils continuent d’avoir des liens avec Al Qaida. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est l’ONU, il y a 2 mois. Des cellules d’Al Qaida se sont reconstituées dans le Nord Est du pays (près du Tadjikistan).

Et de trois, le groupe Etat Islamique est lui aussi présent en Afghanistan. 3500 hommes environ, dont, soit dit en passant, plusieurs Français selon des sources concordantes. Donc le risque terroriste est majeur. 

Enfin, pour achever le tableau, deux acteurs attendent leur heure en coulisses :

-         La Russie, qui a entrepris des négociations parallèles avec les Talibans, et s’impose à nouveau dans tous les dossiers du Proche et du Moyen-Orient ;

-         Et puis dans une autre gamme, les sociétés privées de sécurité comme l’américaine Blackwater qui espèrent bien récupérer la mise. On sait les dégâts qu’elles ont fait en Irak.

Non décidément, ce « plan de paix » n’en est pas un.

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