Les Bourses mondiales traversent une mauvaise passe, avec notamment Wall Street qui a perdu 4,6% hier. Certains parlent déjà de mini krach. Dans le "monde à l'envers", aujourd'hui, voici pourquoi cette chute boursière est une bonne nouvelle.

La Bourse new-yorkaise traverse une mauvaise passe
La Bourse new-yorkaise traverse une mauvaise passe © Maxppp / JOHN ANGELILLO/UPI/MAXPPP

Aux Etats-Unis, il y a un adage : « Good news for Main Street, Bad news for Wall Street ». 

Comprenez: quand il y a une bonne nouvelle pour Monsieur Tout le Monde, pour l’économie en général, c’est une mauvaise nouvelle pour la Bourse !

Et c’est à peu près ce qui se produit sur les places boursières depuis quelques jours : la cause numéro un de cette panique, c’est une super nouvelle pour les Américains moyens !

Leurs salaires augmentent ! 

Non seulement le chômage est au plus bas aux Etats-Unis depuis 18 ans (4,1%)…

Non seulement les créations d’emploi sont au plus haut…

Mais surtout (le chiffre officiel est tombé il y a 3 jours) : les salaires viennent de connaître leur plus forte augmentation depuis 2009 ! 3% de hausse en moyenne, et ça vaut pour quasiment tous les secteurs : la restauration, l’automobile, le bâtiment, le textile. 

Encore plus fort : la chaine de supermarchés Wal Mart vient de porter le salaire de ses employés de 10 à 11 dollars de l’heure.  Vous imaginez ? 10% de hausse de votre salaire d’un coup !!!

C’est donc bon pour les Américains moyens, bon pour réduire les inégalités, bon pour restaurer un peu de cohésion sociale dans ce pays qui en a bien besoin.

Mais pour Wall Street c’est l’horreur ! Les « investisseurs » (comme on les appelle poliment), redoutent que cette hausse des salaires n’entraine en chaine une hausse de l’inflation et une hausse des taux d’intérêt.  Avec pour conséquence,de l’argent plus cher, et donc par effet domino, des profits plus petits ! 

La cata ! Donc ça vend à tour de bras et les Bourses se cassent la figure…

A bas les augmentations de salaires !

Le retour à l'économie normale

C’est quand même un coup d’arrêt brutal après des mois de hausse….

Mais ça aussi c’est une bonne nouvelle !

Wall Street vient de connaitre 14 mois de hausse non stop, on n’avait jamais vu ça depuis, tenez-vous bien, 1959 ! Plus 25% en un an.

Et en fait, il est sans doute temps que ça s’arrête, parce que sinon, de l’avis de plusieurs experts financiers, on va basculer dans la bulle spéculative…

Ce coup d’arrêt, c’est donc non seulement une correction. Mais c’est même peut-être mieux : le début d’un retour vers un fonctionnement plus normal de l’économie.

Je m’explique : depuis plusieurs années, l’économie vit sous perfusion des banques centrales qui injectent de l’argent dans le système avec des taux d’intérêt très bas. 

Mais ce n’est pas sain économiquement. Si les banques centrales se désengagent, il y aura sans doute moins de profits, mais on ne vivra plus sur une illusion d’argent gratuit.

Rassurez-vous, tout va bien pour les très gros : l’an dernier, les profits des grandes entreprises américaines ont été, de 80% supérieurs aux prévisions. 

Elles ont donc de la marge avant d’être sur la paille !

Trump silencieux 

Je ne vais pas non plus nous faire croire non plus qu’il n’y a pas de risques quand les Bourses plongent ! Non non c’est vrai, il y en a ! Et y compris pour Monsieur tout le monde.

Le premier c’est le risque inflationniste. Celui-là, on l’aurait presque oublié, ces dernières années, mais il est bien présent : les prix peuvent se mettre à augmenter significativement.

C’est une menace réelle pour 2018.

Le deuxième risque c’est le niveau des retraites. Pas tellement en France où domine la retraite par répartition. Mais dans les pays anglo-saxons où domine la retraite par capitalisation : autrement dit, le montant de votre retraite peut être lié à des placements financiers plus ou moins sûrs. 

Si ils chutent, badaboum pour votre pension à la fin du mois !

Le troisième risque, c’est ce que les places Boursières appellent « volatilité ».

Volatilité, quel joli mot : c’est léger, c’est aérien, c’est poétique. En termes plus crus, ça veut dire que la Bourse c’est instable, que c’est le lieu par excellence des mouvements irrationnels. 

Dans cet univers, la spéculation (l’argent pour l’argent) l’emporte sur l’investissement (l’argent pour créer de l’activité). Du coup, parfois, tout le monde se met à vendre en même temps, ça s’appelle un krach et la planète paie les pots cassés !

On n’en est pas là.

Pour l’instant, réjouissons-nous pour l’homme de la rue aux Etats-Unis.

Et au passage, savourons un autre petit plaisir : aujourd’hui, Donald Trump n’a pas pu se livrer à son rituel quotidien, un petit tweet pour saluer les performances extraordinaires de Wall Street.

Oui je sais, c’est mesquin comme petit plaisir mais bon...

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