A l'écoute du discours annuel sur l’état de l’Union prononcé la nuit dernière par Donald Trump, moment important de la vie politique américaine, on est tenté de se dire que Trump est un chic type. C’est le « Monde à l’envers ».

Donald Trump lors du discours de l'état de l'Union devant le Congrès américain
Donald Trump lors du discours de l'état de l'Union devant le Congrès américain © AFP / Doug Mills / POOL / AFP

Imaginons que depuis un peu plus de deux ans, vous avez hiberné ou que vous êtes parti sur Mars.

Hier soir, vous sortez de la congélation ou de la navette spatiale, vous lancez Internet ou la télé et vous regardez le discours de Donald Trump que vous ne connaissez pas. Et là vous vous dites : il est plutôt sympa !

D’abord, la forme : 1h20 de discours, clair, calme, posé. Avec une capacité à improviser et une pointe d’humour voire une capacité à se moquer de lui-même.

Et puis sur le fond, des choses intéressantes.

Sur les sujets de société d’abord : baisser le coût des médicaments, éradiquer le SIDA, engager un plan de lutte contre les cancers des enfants, développer l’emploi des femmes. Il a été longuement applaudi par l’ensemble du Congrès sur ces sujets.

Sur les enjeux internationaux ensuite, avec cette formule : « les grandes nations ne livrent pas des guerres sans fin ». Respect. On a connu trop de présidents américains va-t-en-guerre, pour ne pas saluer un tel engagement.

Trump confirme le retrait d’Afghanistan et annonce un nouveau sommet fin février avec le nord-coréen Kim. Et si ça marchait ?

Et en plus il tend la main à ses adversaires.  Avec un appel à l’unité, à la paix, au consensus politique, « dans l’intérêt du peuple américain ». Selon un sondage de la chaine CBS, les ¾ des téléspectateurs ont apprécié ce discours…

J’arrive de Mars, je vous assure, si je suis honnête, je dis : ce type est sympa.

Une stratégie électorale de recentrage

Comme on n’arrive pas de Mars, question: que se passe-t-il, on nous a changé Trump ?

Examinons l’hypothèse sérieusement. Examinons l’hypothèse qu’il ait réellement changé.

Pour avoir une chance de comprendre le Donald Trump, il faut d’abord aller sur son compte Twitter. Et depuis ce matin, son fond d’écran n’est plus le même : maintenant c’est une vision panoramique de l’ensemble des élus du Congrès pendant le discours de la nuit dernière.

Comme une conversion à la démocratie parlementaire et au dialogue.

Il y a peut-être une explication : pourquoi vouloir être un chic type ?

D’abord, Donald Trump n’aime rien tant que le spectacle. Il n’aime peut-être pas « être Président », mais il adore sans aucun doute « faire Président ». Et un discours de ce type, ça « fait président ».

Ensuite, faire président, c’est le meilleur moyen de « faire campagne », pour décrocher un 2ème mandat dans 1 an et demi, et Trump adore « faire campagne ».

Ne le sous-estimons pas : il peut avoir tiré une leçon de l’échec de son bras de fer avec l’opposition démocrate sur le « shutdown ».

Il est capable de faire évoluer son positionnement politique pour élargir son socle électoral. 

Aujourd’hui, il bénéficie d’une adhésion sans faille de ses supporters. Mais ses supporters ça ne fait que 30% de l’électorat. Pas assez pour gagner. 

Pour l’emporter, il peut donc essayer de recentrer son discours sur un mode plus consensuel, plus « chic type ».

Tout en misant sur une radicalisation de l’opposition démocrate, une radicalisation « à gauche » qui pourrait justement avoir un effet repoussoir au centre.

Dans cette hypothèse, il faudra se souvenir que le chic type de la nuit dernière, c’était l’acte fondateur du début de sa nouvelle campagne, plus centriste.

Chassez le naturel, il revient au galop

Faut-il en conclure pour autant qu'il a changé ? Sans doute pas. Il s'agit d’un positionnement tactique.

Et puis chassez le naturel, il revient au galop. 

Lors de ce discours, Trump en a quand même remis une couche, à coups de fausses informations, sur l’immigration ou l’avortement.

Il a évidemment envoyé une pique aux enquêteurs qui le traquent, on pense en particulier au procureur Mueller qui travaille sur les ingérences russes dans l’élection de 2016.

Et quelques heures plus tôt, hier après-midi, Trump avait traité de noms d’oiseaux plusieurs leaders de l’opposition démocrate : « Schumer est méchant, Biden est un imbécile, etc ». On ne se refait pas.

En plus, le président américain nous a déjà fait le coup. Et c’était… il y a un an. 

Lors du précédent discours sur l’état de l’Union. Il avait alors annoncé une ambitieuse démarche bipartisane sur de grands travaux d’infrastructure ou sur l’immigration. On connait la suite.

On a déjà payé pour voir. 

On se résume : la nuit dernière, c’était donc l’heure du chic type. 

Si ça doit continuer, alors là pour le coup on se dira qu’on est sur Mars.

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