Emmanuel Macron arrivera dans 2h au Canada. Il s’y rend pour le sommet du G7 qui va durer jusqu’à samedi. Mais on se berce d’illusions en croyant que les maitres du monde sont les puissances occidentales présentes au G7. On ferait mieux de regarder ailleurs, plus précisément à Shanghai. C'est le "monde à l'envers".

La ville chinoise de Qingdao va accueillir le sommet de l'Organisation de Coopération de Shanghai
La ville chinoise de Qingdao va accueillir le sommet de l'Organisation de Coopération de Shanghai © AFP / Sadat / XINHUA

Vous connaissez le miroir de Blanche Neige, ou plutôt de sa marâtre… « Miroir, miroir, suis-je toujours la plus belle ? »…

Et bien le G7, c’est un peu ce miroir magique qui, chaque année, vient dire aux Occidentaux, « vous êtes les plus forts et les plus beaux »…

Au début, en 1975, c’était sans doute vrai… Lors de cette première réunion initiée par Valéry Giscard d’Estaing au château de Rambouillet…

43 ans plus tard, on fait semblant d’y croire encore… 

Couverture médiatique abondante, présence de tous les chefs d’Etat et de gouvernement américain, britannique, allemand, français, italien, canadien, japonais…

On va….

-         Guetter le degré des cordialités des poignées de main ;

-         Scruter les rencontres bilatérales (Emmanuel Macron passera 30 minutes chrono avec Donald Trump) ;

-         Se féliciter que le canadien Justin Trudeau, ait mis de nouveaux sujets à l’ordre du jour comme l’égalité entre les sexes ;

-         Et se consoler devant les désaccords en se disant que malgré tout c’est bien que tout ce monde-là se parle. 

Mais tout ça, c’est de la commedia dell’arte !

La coordination économique entre les 7 est plombée par la guerre commerciale, le partage des valeurs démocratiques est en chute libre.

Et surtout le poids du G7 est déclinant : il représentait 60% du PIB mondial à sa création, à peine plus de 40% aujourd’hui.

C’est devenu un club où règne la division, « juste une illusion » selon laquelle les Occidentaux seraient encore les maîtres du monde…

Cap à l'Est

Et le miroir magique nous dit maintenant de regarder à l’Est…

Quelle coïncidence ! Le G7 tient donc son sommet annuel au Canada jusqu’à samedi.

Et simultanément l’OCS tient aussi sa réunion annuelle, samedi et dimanche. A Qingdao en Chine. 

Vous n’avez jamais entendu parler, ni de Qingdao, ni de l’OCS ? Ce n’est pas un reproche, c’est l’illustration de notre aveuglement à tous !

Alors, pour information : Qingdao, c’est à mi-chemin entre Pékin et Shanghai. Nombre d’habitants : 9 millions ! Oui oui : 9 millions ! Plus que le Grand Paris.

Et l’OCS, c’est l’Organisation de coopération de Shanghai. De quoi s’agit-il ?

Au départ, en 2001, elle nait de la volonté de la Chine et de la Russie de dialoguer sur la sécurité et la lutte anti-terroriste.

18 ans plus tard, où en sommes-nous ? Depuis l’an dernier, l’OCS réunit, tenez-vous bien, outre la Chine et la Russie : l’Inde, son grand rival le Pakistan, et les 4 républiques d’Asie Centrale (Ouzbékistan, Tadjikistan, Kazakhstan, Kirghizstan).

Concrètement ça veut dire :

-         40% de la population mondiale,

-         40% des réserves de gaz, 30% des réserves d’uranium,

-         Et 20% de la richesse mondiale. Mais d’ici 2050, ce sera sans doute près de 40%, soit le niveau du G7.

Ça reste une coopération sécuritaire, avec la volonté de créer une agence antidrogue. 

Mais c’est de plus en plus une coopération économique : avec des projets en matière d’énergie, d’aéronautique, de télécom, etc. Et l’ambition de créer une banque régionale de développement.

Un indice : pour la première fois cette année, il y aura plus de journalistes accrédités à l’OCS (3000) qu’au G7 (2500) !

Vu d’ici, on n’y prête pas attention, mais la roue tourne…

L'Iran frappe à la porte 

En plus il y a des nouveaux venus qui frappent à la porte, et pas n’importe qui !

Parmi les candidats désireux d’intégrer l’OCS : la Turquie et surtout, tiens tiens, l’Iran, qui a déjà le statut d’observateur !

Et devinez quoi ? Le président iranien fait le déplacement à Qingdao. 

Hassan Rohani, en conflit ouvert avec Washington sur le nucléaire, rencontrera notamment le président chinois Xi Jinping.

La Chine et l’Inde semblent décidés à contourner les menaces de Washington, par exemple en créant une sorte de monnaie virtuelle commune pour faciliter le règlement des importations de pétrole iranien.

Pékin et New Delhi représentent déjà 40% des exportations de brut de Téhéran. Et développent d’autres projets : gaz, agriculture, transport ferroviaire, etc.

Vous l’entendez le miroir magique ? 

« G7 tu étais le plus beau, mais par-delà les montagnes, il y a désormais Shanghai »…

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