Le calme semble donc revenu à Gaza, après 48h d'affrontement entre le Hamas et l’armée israélienne, les combats les plus violents depuis 5 ans. Mais il ne faut pas s’y fier, ce n’est pas le début d’une nouvelle guerre, c’est juste une partie d’échecs meurtrière. C'est "le monde à l'envers".

A Gaza dans les décombres des immeubles détruits par les raids des avions israéliens en représailles après les tirs de roquette palestiniens
A Gaza dans les décombres des immeubles détruits par les raids des avions israéliens en représailles après les tirs de roquette palestiniens © AFP / MUSTAFA HASSONA / ANADOLU AGENCY

« La guerre, c’est la continuation de la politique par d’autres moyens ». Cette formule de Clausewitz est bien connue des étudiants en Science Politique. Et elle est très appropriée pour analyser la situation à Gaza.

A première vue, on se dit : ça sent la guerre. En un peu plus de 48h, 690 tirs de roquettes palestiniennes vers Israël, 350 frappes israéliennes sur Gaza. Bilan 29 morts : 4 civils israéliens et 25 palestiniens.

Ça ressemble au début d’un engrenage, sauf qu’en fait aucune des deux parties ne veut vraiment la guerre. Ce qui est à l’œuvre, ce sont uniquement des calculs politiques, du Hamas en particulier.

Le premier calcul est interne à la bande de Gaza : le Hamas contrôle ce petit territoire grand comme 3 fois Paris mais il y est confronté à une double contestation. La première, c'est la rivalité militaire d’un autre mouvement, le Jihad Islamique lié à l’Iran. C’est l’un de ses snipers qui a déclenché l’engrenage vendredi dernier en tirant sur des soldats israéliens. 

Le Hamas ne pouvait pas prendre le risque d’apparaître plus faible que le Jihad Islamique. Il a donc embrayé avec des tirs de roquette. C’est la course à l’échalote.

Ensuite et plus encore, il y a la contestation sociale à Gaza. Sur fond de Ramadan qui débute, la grogne est forte parmi les Gazaouis, avec plus de 40% de chômage, une économie à l’arrêt, et une densité de population énorme, 5000 habitants au km2. Tirer sur Israël, c’est une façon pour le Hamas de faire diversion, de rediriger la colère contre les Israéliens. 

Une escalade calculée

Le résultat c’est Israël qui se prend des roquettes: des civils israéliens à Ashkelon, Ashdod ou Beer Sheva.

Et l’armée israélienne évidemment riposte. En tuant des combattants du Hamas et aussi des civils palestiniens.

Mais là encore, c’est un jeu de rôles macabre. Un calcul politique. Que cherche le Hamas ?

A mettre la pression sur Benjamin Netanyahu, au moment où le premier ministre israélien cherche à former son gouvernement, et à quelques jours d’un événement qui va braquer les projecteurs internationaux sur Israël, le concours de l’Eurovision.

Le Hamas parie sur le fait que Netanyahu ne veut pas d’ennuis maintenant. 

C’est donc un bon moment pour obtenir une poursuite du léger allègement des sanctions obtenu pendant la campagne électorale : limitation des contrôles aux poste-frontières et autorisation de l’aide financière du Qatar à Gaza, qui permet notamment d’assurer l’approvisionnement en électricité.

Et ça marche : le cessez-le-feu obtenu la nuit dernière semble de fait prévoir ces dispositions. 

Il s’agit donc d’une escalade calculée : une agression proportionnée avec un but politique en misant sur le fait que seule la violence fait bouger le gouvernement israélien.

L'hypothèse d'un développement économique de Gaza

Evidemment, tout ça ne va pas régler le problème de fond, même s’il y a aussi une stratégie à moyen terme du Hamas.

Le mouvement islamiste fait sans doute le pari que la bande de Gaza n’intéresse pas Israël. 

Autant Netanyahu lorgne sur l’autre territoire palestinien, la Cisjordanie, plus riche et surtout truffé de « colonies israéliennes » qu’il entend annexer, autant il n’a aucune convoitise sur la zone semi-désertique et 100% palestinienne de Gaza.

Donc là, le message du Hamas s’adresse aux Etats-Unis, au moment où Washington pourrait dévoiler, d’ici l’été, son nouveau plan de paix.

Spéculons un peu. Le sous-entendu du message pourrait être le suivant : dans votre plan, faites ce que vous voulez avec les Palestiniens de Cisjordanie, ce n’est pas notre sujet.

En revanche, si vous voulez qu’on arrête de tirer des roquettes sur Israël, le prix sera plus élevé.

Il se murmure que les Etats-Unis ne seraient pas opposés à un vaste projet de développement économique de Gaza : un aéroport, une usine de désalinisation de l’eau de mer, un approvisionnement gazier, une zone de pêche élargie, des accords commerciaux, etc.

Dans l’esprit du Hamas, le projet va sans doute plus loin : un Etat palestinien évidemment, mais uniquement à Gaza, et peut-être aussi dans une partie du Sinaï que pourrait rétrocéder l’Egypte. 

Évidemment, tout ça ne va pas régler le problème de fond, même s’il y a aussi une stratégie à moyen terme du Hamas. au milieu des victimes civiles des deux côtés, qui sont des pions dans la partie.

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