Depuis le résultat des élections italienne, tout le monde crie au loup. « Les populismes ont gagné, c’est une mauvaise nouvelle pour l’Europe, etc ». Dans le « Monde à l’envers », ce soir, trêve de jérémiades, et si on donnait sa chance au Mouvement 5 étoiles qui est le seul vrai gagnant du scrutin ?

Luigi di Maio, leader du Mouvement Cinq Etoiles
Luigi di Maio, leader du Mouvement Cinq Etoiles © Maxppp / Vincenzo Tersigni / EIDON/MAXPPP

On va partir d’un constat simple. Le Mouvement 5 étoiles est le vainqueur du scrutin. C’est la première force politique en Italie, que ça plaise ou non. Presque 33% des voix, 221 députés.

Aucun autre parti n’atteint les 20%.

Le Mouvement 5 Etoiles a attiré 10 millions d’électeurs (c’est plus qu’Emmanuel Macron au 1er tour de la Présidentielle en France par exemple).  Il est largement en tête dans toute la moitié Sud de l’Italie, la plus pauvre, 50% à Naples ou en Sicile. Et il a attiré une grande partie du vote des Jeunes.

On serait en France, avec un scrutin majoritaire, le Mouvement 5 étoiles aurait toute latitude pour gouverner. Mais c’est l’Italie avec une dominante proportionnelle. Avec pour conséquences des coalitions de la carpe et du lapin.

En tous cas, on ne peut pas regarder ce Mouvement avec condescendance au seul motif qu’il serait… jeune et inclassable, sinon il faudrait aussi écarter Emmanuel Macron et la République en Marche. 

Ou le dédaigner au motif qu’il est populiste, parce que ça c’est la ritournelle de certaines élites européennes : quand le résultat ne tombe pas dans l’escarcelle du centre gauche ou du centre droit, c’est la « faute du populisme ». C’est un peu court.

Mi écolo, mi droite, mi gauche !

Alors c’est quoi en vrai le programme du Mouvement 5 étoiles ? A la fin des années 2000, ça se résumait en un mot : « Vaffanculo ! »

J’ai vraiment besoin de traduire ? Va te faire…

C’était le slogan du comique Bepe Grillo à l’adresse de la classe politique. Disons que c’est imagé mais un peu sommaire. Cela dit, cette idée du « dégagisme » est toujours au programme. Mais avec en plus un patchwork de propositions hétérogènes.   

D’abord, petite devinette, vous savez ce que veulent dire les « Cinque Stelle », les 5 étoiles qui ont donné son nom au mouvement ? Et bien ce sont 5 axes politiques : zéro déchets, essor des transports publics, développement des énergies renouvelables, renationalisation de la gestion de l’eau, et wi fi gratuit pour tout le monde !

Donc vous prenez ces idées de départ, plutôt écolo, et vous y ajoutez :

-         Une pincée de sel franchement de gauche : le revenu universel, style Benoit Hamon.

-         Et un plat franchement de droite : le renvoi des immigrés chez eux. 

Le résultat, c’est donc un fourre-tout un peu démagogique, c’est vrai. Ça ne rentre pas dans nos grilles de lecture habituelles, c’est vrai aussi, mais ça n’en fait pas pour autant un programme absurde par principe. Et surtout, il n’y a rien d’antidémocratique dans ce programme : donc on ne peut pas le mettre dans le même sac « populiste » que la Lega d’Extrême Droite.

Un leader propre sur lui

Il y a une autre incertitude, c’est le leader du parti, en grande partie un inconnu.

Un novice en politique. Là aussi c’est vrai.  Mais comme l’Autrichien Kurz ou le Français Macron.  Et je n’ai pas l’impression qu’on le leur reproche.

Donc pourquoi le faire à Luigi di Maio ?

L’homme manque un peu de culture générale, il confond le Chili et le Venezuela dans les interviews. Mais pour le reste, il donne plutôt l’impression d’un homme ouvert au dialogue.

Il « présente bien » comme on dit,  il est « propre sur lui », aux antipodes de son prédécesseur Beppe Grillo, éructant et hirsute. Il a 31 ans, il est issu de la petite bourgeoisie napolitaine, et il est souvent qualifié d’homme de « centre droit ». Tiens tiens… 

Sans doute pas un extrémiste.

La "maison naturelle de l'Italie"

Et l’Europe dans tout ça ? Sur ce sujet, le Mouvement 5 Etoiles a changé d’avis. 

Au début, il défendait l’idée d’un référendum pour sortir de l’Euro. Il n’en est plus question aujourd’hui. Luigi di Maio affirme même que l’Europe « e la casa naturale dell’Italia », vous avez compris « la maison naturelle de l’Italie ». 

Simplement, il demande deux choses à Bruxelles :

Premièrement, que l’étau budgétaire sur l’Italie soit desserré, ce n’est pas le premier à demander ce genre de choses dans l’Union.

Deuxièmement, que l’Europe se décide à aider vraiment l’Italie face à l’afflux de migrants, des centaines de milliers de personnes ces dernières années.

Franchement, est-ce qu’on peut lui donner tort ? Sur ce sujet, les Européens ont laissé l’Italie se débrouiller toute seule. Et le résultat, aujourd’hui, oui c’est un vote anti immigrés qui traverse l’échiquier politique.

Donc certains dirigeants Européens ne manquent pas d’air quand ils s’inquiètent devant ce résultat: il est la conséquence directe de leur égoïsme.

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