Suspense électoral en République Démocratique du Congo et à Madagascar, coup d’Etat avorté au Gabon, manifestations au Soudan, c’est une semaine sous tension dans plusieurs pays d’Afrique. Et si pour une fois la démocratie en sortait renforcée sur le continent ? On peut toujours rêver ! C'est "le monde à l'envers".

 Le candidat d'opposition congolais Martin Fayulu lors du vote du 30 décembre
Le candidat d'opposition congolais Martin Fayulu lors du vote du 30 décembre © AFP / LUIS TATO / AFP

On est encore dans la période des vœux, donc on peut toujours essayer !

Faisons un rêve, le rêve que la démocratie marque des points lors de cette semaine où, étrange coïncidence, tout se télescope en Afrique.

D’abord le symbole le plus fort : la République Démocratique du Congo.

C’est un emblème parce que l’ex Zaïre est immense (c’est le plus grand pays francophone au monde, 80 millions d’habitants) et parce que depuis plus de 50 ans, il n’a jamais connu de transition pacifique du pouvoir, de Lumumba à la famille Kabila en passant par Mobutu.

Et si l’heure était enfin venue ?

Depuis 8 jours, les Congolais attendent, patiemment pour l’instant, le résultat de la présidentielle, qui serait imminent.

Et plusieurs indicateurs laissent penser que l’un des candidats de l’opposition a gagné. Largement.

L’Eglise, seul contrepouvoir vraiment organisé dans le pays, l’affirme presque ouvertement. Et le report de la publication des résultats prévue initialement la semaine dernière le laisse également penser.

Et si le clan Kabila se retirait en acceptant la défaite de son poulain, Emmanuel Ramazani Shadary et la victoire, dans les urnes, de l’un des opposants, Martin Fayulu ou Felix Tshisekedi ?

Le symbole serait considérable pour toute l’Afrique. On a envie d'y croire. 

Mais la censure imposée sur Internet, le renvoi de notre consœur de Radio France Internationale et l’interminable délai de publication des résultats, laissent dubitatifs, pour ne pas dire inquiets.

Que les perdants acceptent leur défaite en RDC comme à Madagascar

Autre résultat électoral attendu, ce sera demain à Madagascar, et là aussi suspense… Et là aussi, faisons un rêve : que les résultats ne déclenchent aucune violence.

Ce serait le signe que la grande île de l’Océan Indien (25 millions d’habitants dont 20.000 expatriés français) a atteint une nouvelle maturité politique.

Parce que les perdants, par le passé, n’ont quasiment jamais accepté leur défaite.

Cette fois, le 2ème tour, il y a 3 semaines, a opposé deux anciens présidents, deux frères ennemis : Andy Rajoelina et Marc Ravalomanana.

Les résultats provisoires publiés la semaine dernière, placent le 1er, Andy Rajoelina, assez nettement en tête.

S’ils sont confirmés par la commission électorale, son adversaire se grandirait à reconnaître sa défaite, et il ferait du bien à la démocratie.

Là encore, on a envie d'y croire.

Mais là encore, on a des doutes. Depuis une semaine, les partisans de Marc Ravalomana ont déjà organisé 5 manifestations pour contester les résultats par avance. 

Et ils critiquent le travail de la presse : comme toujours, on tire sur le messager quand le message déplait.

Ce n’est pas de bon augure.

Bongo et Bechir accrochés au pouvoir

Ça bouge aussi au Gabon et au Soudan. Au Gabon, sur le Golfe de Guinée à l’Ouest, le coup d’Etat avorté de ce matin possède, c’est vrai, tous les aspects d’un pathétique mini putsch d’opérette. 

Mais il dit quand même quelque chose : il dit l’usure d’un pouvoir, celui de la famille Bongo, aux manettes depuis 50 ans !

Avec un homme, Ali Bongo, aux abonnés absents depuis plus de deux mois. 

Au Soudan, à l’Est du continent cette fois, il n’est quasiment plus un jour depuis trois semaines, sans une nouvelle manifestation contre le pouvoir dictatorial d’Omar El Bechir. 

Lui il est aux manettes depuis 30 ans, il est poursuivi par la justice internationale, et son peuple n’a même plus de quoi se nourrir.

Et si Ali Bongo et Omar el Bechir jetaient l’éponge ? Là aussi, on peut toujours rêver.

Pour faire bonne mesure, le calendrier électoral africain annonce déjà deux autres rendez-vous emblématiques.

Le 16 février, dans 5 semaines, le Nigeria va voter. C’est le pays le plus peuplé du continent : 200 millions d’habitants.

Question : pourra-t-il échapper aux violences électorales qui ont toujours marqué son histoire ? 

Une semaine plus tard, le 24 février, le Sénégal votera à son tour. C’est a priori l’une des rares démocraties d’Afrique, qui a vécu plusieurs alternances politiques pacifiques.

Donc là encore, on y croit. Mais on s’inquiète, vu l’interdiction judiciaire faite à de nombreux candidats de se présenter, notamment l’ancien maire de Dakar, Khalifa Sall.  

Partout, c’est donc le même espoir de démocratie. Et partout le même doute. 

On aimerait y croire. Mais on a du mal à y croire.

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