Aujourd'hui on vote dans un tout petit pays d’Afrique de l’Ouest : la Sierra Leone. Et c'est en soi un "monde à l’envers », parce que voilà un pays qui aurait tout pour être une dictature. Or c'est désormais l’incarnation d’une vraie démocratie africaine, il n’y en a pas tant que ça.

File d'attente devant un bureau de vote à Freetown
File d'attente devant un bureau de vote à Freetown © Maxppp / Kerifallah Janneh Xinhua News Agency/Newscom/MaxPPP

Oui en théorie, la Sierra Leone réunit tous les ingrédients pour incarner l’Afrique comment beaucoup d’Occidentaux la caricaturent : la guerre, la maladie, la pauvreté….

Bon d’abord, si vous ne savez pas où est la Sierra Leone, c’est normal !

Cette ancienne colonie britannique est un tout petit pays d’Afrique de l’Ouest, en gros entre le Sénégal au Nord, et la Côte d’Ivoire à l’Est. 6 millions d’habitants, 70.000 km2, la taille d’une région française. 

Si ça ne vous dit rien, Sierra Leone, alors j’ajoute le mot « Ebola », là tout d’un coup ça évoque quelque chose.

Vous vous souvenez de ce début d’épidémie qui a fait peur à toute la planète il y a 4 ans. Finalement, le virus Ebola a été circonscrit dans cette zone d’Afrique de l’Ouest mais il a fait au moins 4000 morts en Sierra Leone. 

Et la maladie a paralysé le pays : l’activité économique a reculé de 20% !

La Sierra Leone n’avait pas vraiment besoin de ça ! Elle se remettait à peine du drame précédent : une guerre civile épouvantable de plus de 10 ans, jusqu’en 2002.

Avec enfants soldats et massacres de civils.  Au moins 120.000 morts.

Aujourd’hui encore, c’est l’un des 10 pays les plus pauvres au monde : chômage massif, mortalité infantile. Et pour faire bonne mesure, la corruption : selon la Croix Rouge, près de 2 millions de dollars de l’aide pour Ebola a été détournée.

N’en jetez plus ! Sur le papier, la Sierra Leone aurait donc tout pour être une dictature.

Deux mandats et puis s'en va 

Sauf que non, c’est même devenu une forme de modèle démocratique ! 

D’ailleurs, le déroulement du scrutin aujourd’hui, se déroule jusqu’à présent dans le plus grand calme.  Selon les rares journalistes présents sur place, les électeurs ont commencé très tôt ce matin, à s’installer paisiblement devant les 2700 bureaux de vote du pays. 

Et La participation s’annonce élevée. Alors même que les électeurs doivent désigner non seulement leur Président mais aussi leurs maires, leurs conseillers municipaux, etc. Aux Etats-Unis, ça dissuade les électeurs. Pas en Sierra Leone. 

En fait, depuis la fin de la guerre civile en 2002, la démocratie s’est imposée. 

Et le président sortant montre l’exemple : Ernest Bai Koroma, c’est son nom, a enchainé 2 mandats, la Constitution interdit d’en faire un 3ème, donc il se retire. Si ses voisins de la région, au Cameroun ou au Togo en faisaient autant, la démocratie ferait un pas en avant.

16 candidats cette fois-ci en Sierra Leone, dont 2 femmes.

Parmi les prétendants figurent par exemple :

-         Un ancien militaire qui a rendu le pouvoir civil après un putsch (c’est quand même pas fréquent),

-         Et un ancien fonctionnaire de l’ONU qui a développé une stratégie très offensive sur les réseaux sociaux.

Et oui car nous parlons d’une campagne qui se joue aussi avec les attributs de la modernité : Internet ou la télévision. Avec un grand débat télévisé de 3h il y a 15 jours. 

Chinois et diamants

En même temps, la démocratie c’est bien joli, mais il faut aussi qu’elle ait aussi des résultats économiques et sociaux. Et c’est en cela aussi que la Sierra Leone est un pays emblématique pour le continent africain.

Pauvre, on l’a vu. Et en même temps, très riche ! C’est ça toute l’histoire !

Des terres agricoles en pagaille, un port naturel en eaux profondes, des plages de sable blanc pour séduire les touristes.

Du coup, qui voilà ? Les Chinois ! Plus de 30 sociétés chinoises sont désormais installées à Freetown, la capitale. Pour construire autoroutes, barrages, hôpitaux, aéroports, etc. 

Tout cela parait formidable, mais il y a un hic : ça crée peu d’emplois pour les Sierra-Leonais, parce que les compagnies chinoises viennent souvent avec leurs ouvriers… chinois…

Et puis surtout il y a le sous-sol : du fer, de l’or, des diamants. Beaucoup de diamants.

C’est le contrôle de ce sous-sol qui a provoqué la guerre, avec un rôle trouble des compagnies minières étrangères, sud-africaines en particulier. On estime, tenez-vous bien, que la valeur totale des diamants extraits dans le pays depuis 70 ans s’élève à 20 MILLIARDS de dollars !

Mais il n’est pas allé dans la poche des Sierra-Leonais…

Là encore, le sujet, c’est donc le contrôle économique : le pouvoir peut-il imposer un peu de transparence aux compagnies minières ?

Allez, finissons sur une note d’optimisme. En décembre dernier, le dernier-né des mines du pays a été vendu aux enchères à New-York. 

700 carats, 140 grammes. 6 millions et demi de dollars récoltés dont les trois quarts (c’est une première) ont été versés dans les caisses de l’Etat.

Du coup on l’a surnommé le diamant de la paix.

Tenez, Fabienne, je vous l’offre. Enfin, en photo !

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