Ça s’appelle une "attaque en règle". Emmanuel Macron estime que l’OTAN est en état de "mort cérébrale". La formule est spectaculaire, mais ça ne veut pas dire pour autant que le président français ira au bout de son raisonnement en retirant la France du commandement intégré. C'est "le monde à l'envers".

Emmanuel Macron lors du dernier sommet européen
Emmanuel Macron lors du dernier sommet européen © AFP / Nicolas Economou / NurPhoto

Dans les Tontons Flingueurs, on appelle ça « un bourre pif en pleine paix » ! Le président français n’y va pas de main morte et il a le mérite de mettre les pieds dans le plat.  A un mois d’un sommet de l’OTAN à Londres qui s’annonce houleux, il choisit donc un hebdomadaire britannique (ce n’est pas un hasard), pour y aller franco.

Les formules se succèdent dans l’entretien : « mort cérébrale », « bord du précipice », « absence de coordination stratégique avec les Etats-Unis ». Sur la forme, c’est du lourd.

Et sur le fond, le diagnostic est juste. Emmanuel Macron laisse entendre que Donald Trump n’en fait qu’à sa tête et qu’il ne consulte pas ses alliés. C’est vrai. Et d’ailleurs le président américain l’assume : il est le premier, depuis de longs mois, à dénoncer ce qu’il appelle « l’obsolescence de l’OTAN ». Emmanuel Macron laisse également entendre que l’intervention de la Turquie, membre de l’OTAN, contre les Kurdes en Syrie, nos alliés contre le terrorisme, sème la zizanie. Là encore, c’est exact.

« L’OTAN ne régule pas ses membres »

conclue le président français. CQFD. Déduction d’Emmanuel Macron : « il faut donc muscler l’Europe de la Défense », sous-entendu comme une alternative à l’OTAN, faute de quoi, « l’Europe, je cite, sera menacée de disparition géopolitique ». Là encore, ça fait sens. Tout cela est pertinent et fort bien dit.

Une arrogance française

Mais il y a un gros doute: les paroles peuvent-elles êtres suivies des faits ? Vous connaissez la devise « la meilleure des défenses, c’est l’attaque ». Et bien Paris attaque sur le sujet, parce qu’en fait, Paris est isolé sur le sujet. Ça va même plus loin : dans plusieurs capitales européennes, la France est perçue comme arrogante, voulant imposer SA politique de défense, sous les apparences d’un « intérêt supérieur européen ».

Sur ces questions de défense, il n’y a pas d’unité européenne. Il y a d’abord les pays qui veulent continuer à bénéficier du parapluie américain dans le cadre de l’OTAN : la Pologne, les Etats Baltes, la Finlande. Tous ceux-là ne comprennent pas, par-dessus le marché, la volonté d’Emmanuel Macron de renouer le dialogue avec Moscou. Même chose au Royaume-Uni, où le Brexit pousse à un rapprochement avec Washington.

Alors vous allez me dire, mais l’essentiel, c’est de s’entendre avec notre partenaire privilégié, l’Allemagne. Sauf que là aussi, c’est un peu enlisé. Berlin ne veut pas participer à un groupe d’intervention commun au Sahel. Les chantiers du nouveau char et de l’avion du futur avancent à la vitesse de l’escargot : il y a des problèmes de financement et de compatibilité entre les industriels. Et je ne vous parle même pas du dossier ultrasensible des ventes d’armes, sur lequel Paris et Berlin ont des positions très éloignées.

En fait, il n’y a pas d’entente en Europe sur ce qui serait l’ennemi prioritaire d’un projet commun de défense : le risque terroriste, la menace militaire russe, ou la cyberguerre à la chinoise ? Donc « muscler l’Europe de la Défense », ça reste une belle formule. Mais une coquille quasi vide.

Réanimer l'OTAN

Donc retour à la case départ, l’OTAN faute de mieux, même s’il y a des désaccords stratégiques majeurs en son sein. Oui, la finalité de l’OTAN est devenue floue. Mais pour l’instant, il n’y a rien à mettre à la place, pas de plan B pour se protéger.

Et puis l’outil fonctionne : l’OTAN a même beaucoup progressé. Ça veut dire une efficacité croissante dans l’organisation inter armées entre les différents pays membres. Et les militaires Français ne sont pas les derniers à être investis. Ils y occupent des postes à haute responsabilité. Citons par exemple le général André Lanata, qui est désormais l’un des principaux commandants militaires de l’OTAN.

Alors oui c’est vrai, l’OTAN reste une organisation dominée par les Etats-Unis.  Mais c’est peut-être là où les choses doivent changer. Et c’est peut-être davantage dans ce sens-là qu’il faut lire la formule d’Emmanuel Macron sur la « mort cérébrale ». Peut-être le président souhaite-t-il, avec cette phrase, créer un électrochoc, réanimer le patient, le ramener à la vie. Ca voudrait dire, pour les Européens, non pas abandonner l’OTAN, mais au contraire s’y investir davantage, pour y peser davantage.

Il y a un siècle, l’ancien président américain Theodore Roosevelt disait : 

"il faut parler doucement mais en brandissant un gros bâton".

Plutôt que l’inverse : parler fort sans posséder le bâton.

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