A Pékin comme à Washington, la guerre des tarifs douaniers déclenchée par Donald Trump est au cœur de discussions au sommet ce mardi: entre Chinois et Américains d’une part, entre Européens et Américains d’autre part. Et à ce jeu là, l’Europe pourrait bien être le dindon de la farce. C'est "le monde à l'envers".

La rencontre Trump Xi Jinping au G20 de Buenos Aires en décembre qui a débouché sur une trêve dans la guerre commerciale
La rencontre Trump Xi Jinping au G20 de Buenos Aires en décembre qui a débouché sur une trêve dans la guerre commerciale © AFP / SAUL LOEB / AFP

C'est le tweet du jour de Donald Trump: au saut du lit ce matin, comme d’habitude, le patron de la Maison Blanche a tweeté.

C’est très court : « Talks with China are going very well ». Pas besoin d’être expert dans la langue de Shakespeare pour traduire : « les discussions avec la Chine se passent très bien ». 

Je vous l’accorde, il y a plus fiable, comme source d’information, qu’un tweet de Donald Trump. Mais en l’occurrence, ça nous dit quelque chose.

Depuis hier, les meilleurs experts du commerce de l’administration américaine sont à Pékin pour négocier avec leurs homologues chinois. Ça vous parait austère comme sujet ? Ne nous y trompons pas : c’est là que se joue l’avenir du monde !

Donald Trump et Xi Jinping ont décrété une trêve dans leur guerre commerciale jusqu’au 1ER mars.

Les deux délégations cherchent donc un accord avant la date limite. Et ça bosse dur. Plusieurs groupes de travail ont été constitués : sur les accords commerciaux bilatéraux, sur les règles respectives d’accès au marché et sur le sujet très sensible de la propriété intellectuelle.

Signe de bonne volonté : ce matin Pékin a donné son feu vert à l’autorisation en Chine de colza et de soja transgéniques américains.

Il est possible que ces négociations aboutissent. Parce que les deux parties ont beaucoup à perdre à se faire la guerre. Et parce que l’économie chinoise ralentit, ce qui fragilise un peu la position de Pékin.

Plus pour les Etats-Unis, moins pour l'Europe

Et si la Chine et les Etats-Unis s’entendent, à votre avis, qui va payer la facture ? Sans doute l'Europe ! Ca s’appelle un effet de bord, un dommage collatéral si vous préférez !

Si Pékin et Washington s’entendent, ils vont s’entendre sur quoi ?  Probablement sur deux choses.

La première, c’est une hausse des importations chinoises de produits américains, des biens ou des services.

Pas besoin d’être fort en maths pour saisir : vase communiquant, la Chine réduira d’autant ses importations venant d’ailleurs, du Japon, et d’Europe.

Et ce sera particulièrement vrai pour les services, vu que sur ce terrain, l’Europe est assez désorganisée. Donc nous perdrons des marchés à l’exportation.

Deuxième axe d’entente possible entre Washington et Pékin : le refus du libre-échange, pour lui préférer de l’entente bilatérale. Conséquence en chaine : dénonciation de l’OMC, l’Organisation Mondiale du Commerce. 

Et l’OMC c’est devenu l’alpha et l’oméga d’une Union Européenne qui ne jure que par le libre-échange.

Là encore, c’est donc l’Europe qui se retrouverait le bec dans l’eau.

Une Europe sans puissance 

Sur le papier, le poids économique de l’Europe est énorme, à peu près le même que celui de la Chine ou des Etats-Unis, mais c’est un poids théorique, une somme de chiffres, rien de plus.

L’Europe n’a pas de puissance politique. Donc elle n’est pas prise au sérieux.

D’abord, elle avance désunie. Entre une Merkel en fin de course, un Macron empêtré dans les gilets jaunes, et des populistes qui ont le vent dans le dos, l’Europe n’a pas de parole claire. Donc pas de poids. 

Vous voulez des exemples de cette désunion ? En voici : 

-         En matière industrielle, Bruxelles semble décidé, au nom de la sacro-sainte concurrence, à empêcher la fusion Alstom Siemens, sans laquelle il sera illusoire de concurrencer les Chinois de CRRC, en passe de devenir les maitres mondiaux du train à grande vitesse.

-         En matière de défense, six pays européens ont préféré, ces derniers mois, choisir le F35 américain plutôt que les avions européens, Eurofighter ou Dassault. Tout est dit.

-         Enfin en matière monétaire, l’Europe reste prise, malgré l’euro, dans la toile du roi dollar, qui continue de régir tous les grands accords financiers.

Cette désunion rend très difficile la tâche de la commissaire européenne au commerce Cecilia Malmström, qui doit rencontrer ce soir à Washington, son homologue américain Robert Lighthizer. 

Mais ça va plus loin que la désunion : l’Europe ne se pense pas comme une puissance. Elle hésite toujours à imposer un rapport de force, surtout face à son ancien protecteur, les Etats-Unis.

Dans ce monde devenu multipolaire, il n’y a plus que l’Europe pour croire encore aveuglément dans le libre-échange. Et pour ne pas avoir compris que sans puissance politique, on est condamné à devenir tout petit.

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.