Dans une heure, Donald Trump va donc annoncer sa décision sur le nucléaire iranien. S’il le fait, il satisfera son électorat mais aussi Israël et le pouvoir sunnite d’Arabie Saoudite. Mais quoi qu'il fasse, les chiites liés à l'Iran ont le vent en poupe au Moyen-Orient. C'est "le monde à l'envers".

Le réseau d'influence iranien
Le réseau d'influence iranien © AFP / Thomas SAINT-CRICQ, Dario INGIUSTO / AFP

Je vais vous raconter une scène qui a estomaqué certains habitants de Beyrouth…

Avant-hier soir, à l’issue des élections législatives au Liban, les partisans du Hezbollah ont défilé dans les grandes artères de la ville en klaxonnant et en brandissant leurs drapeaux jaune et vert.

Et ils sont allés jusqu’à crier victoire en plein centre, devant la statue de Rafic Hariri !

Et ça c’est un vrai geste de défi, une façon de dire « nous sommes maîtres des lieux » !

Pourquoi ? Parce que l’assassinat d’Hariri en 2005 est attribué précisément à des membres du Hezbollah.

Les Libanais renouvelaient leur Parlement pour la première fois depuis 10 ans.

Résultat : les deux mouvements chiites, le Hezbollah et son allié laïc Amal, sont les grands vainqueurs.

Ils paraissent en mesure de bloquer toutes les décisions importantes.

Petit rappel pour fixer les idées : le Hezbollah a été créé de toutes pièces en 1982. Par qui ? Par les Iraniens. 35 ans plus tard, il est plus puissant que jamais.

Et quiconque va à Beyrouth, peut voir combien la partie Sud de la ville est aux mains du « parti de Dieu », avec des affiches partout de son leader Hassan Nasrallah. 

Force politique, force religieuse, force militaire aussi. Avec un arsenal considérable, dont des dizaines de milliers de missiles.

Le "croissant chiite" puissant

Le Liban c’est l’exemple le plus spectaculaire, mais la poussée chiite va bien au-delà.

Là encore, un petit flash-back : en 2004, le roi Abdallah de Jordanie a une intuition.

Il évoque un « croissant chiite », pour décrire la forme géographique de l’influence iranienne. 

14 ans après, le croissant est bien visible sur une carte. Faisons le trajet. Partons de Téhéran à l’Est, et allons progressivement vers l’Ouest…

Voici d’abord l’Irak. On y vote d’ailleurs, là aussi, dimanche prochain. 

Qui part favori ? La coalition du premier ministre en place, Haidar al Abadi. Elle est à dominante… chiite, soutenue par les ayatollahs du Sud du pays, proches de l’Iran.

Les chiites, majoritaires en Irak, étaient opprimés sous Saddam Hussein. Ils dominent désormais la vie politique.

Continuons vers l’Ouest : la Syrie. Assad sort vainqueur de la guerre civile, grâce, entre autres, à l’appui de Téhéran et du Hezbollah. Et avec Assad, c’est le clan des Alaouites qui garde le pouvoir. C’est une branche du… chiisme.

Et ensuite, encore à l’Ouest, c’est le Liban. 

On se résume : sur près de 3000 kms, de la frontière entre Iran et Afghanistan jusqu’à la côte méditerranéenne libanaise, le chiisme a pris la main.

Et ça va plus loin, puisqu’on peut ajouter le Yémen, au sud du Golfe Persique, où les rebelles Houthis, là encore une branche du chiisme, contrôlent à présent une grande partie du pays.

Les Perses d’Iran sont le berceau du chiisme moderne ; mais au-delà de la Perse, le monde arabe  a en partie basculé. Donc Téhéran a de bonnes raisons de se sentir puissant.

La faiblesse sunnite 

Est-ce que ça veut dire que l’Iran est en train de gagner la partie de toute façon ? C’est plus compliqué que ça évidemment.

D’abord, ce croissant chiite n’est pas homogène. 

Il est aussi affaire de circonstances politiques : Assad le syrien n’est pas aux ordres des ayatollahs Iraniens, et la rébellion des Houthis du Yémen doit plus à une guerre de clans qu’à une opposition religieuse.

Ensuite, il y a l’éventualité d’une opération militaire israélienne. Et on sait Israël très inquiet, vu l’accumulation de bruits de botte liés à l’Iran, qu’ils viennent de Téhéran même, de Syrie ou du Liban. 

Enfin, il y a l’inconnue, l’attitude de l’Arabie Saoudite. Pour le grand pays sunnite, le défi est symbolique. Un avatar de la rivalité millénaire entre les deux grandes branches de l’Islam.

Et en ce moment le sunnisme est en panne. Les seules alternatives qu’il propose, sont :

-         Soit l’extrême radicalité du terrorisme, façon « Groupe Etat Islamique »,

-         Soit l’autoritarisme de régimes tyranniques, façon Egypte ou Arabie Saoudite.

Les sunnites sont-ils capables d’avancer à nouveau un projet politique cohérent, au Proche ou au Moyen Orient ? C’est un enjeu majeur. Pour l’instant, ils sont aux abonnés absents.

C’est cela aussi qui favorise la poussée chiite.

Et c’est cela aussi qui se joue en arrière-plan de la crise qui menace à nouveau avec Téhéran

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