Les élections de Mid Terms ont livré leur verdict : les Démocrates reprennent le contrôle de la Chambre des Représentants. Mais c’est une victoire qui pose aux Démocrates plus de questions que de réponses en vue de la présidentielle dans 2 ans. Ils sont en effet très divisés en interne. C'est le "monde à l'envers".

Alexandria Ocasio Cortez, égérie de la gauche du parti démocrate, après sa victoire à New-York
Alexandria Ocasio Cortez, égérie de la gauche du parti démocrate, après sa victoire à New-York © AFP / RICK LOOMIS / GETTY / AFP

Le parti démocrate est aujourd'hui un patchwork. Et sa victoire à la Chambre le cache mal : il est traversé par toute une série de courants contradictoires. 

La première ligne de fracture, la plus évidente, est profondément politique : elle est visible depuis 2016 et le duel entre Hillary Clinton et Bernie Sanders.

Sur un curseur politique français, on pourrait traduire ça par : les démocrates c’est Macron et Mélenchon dans le même parti. Vous voyez le problème !

Et cette ligne de fracture s’est creusée à l’occasion de ces élections de mi-mandat, avec la poussée de l’aile gauche du parti. 

Une poussée alimentée logiquement par un effet balancier de réaction à Trump. Parmi les élus démocrates à la Chambre, un gros tiers est désormais constitué par ce que l’on appelle les « insurgents », en lutte contre la direction du parti.

Alors que les leaders démocrates acceptent l’économie de marché et se positionne au centre droit ou au centre gauche, à l’inverse plusieurs de ces nouveaux élus se revendiquent carrément du « socialisme », ce qui est pourtant un gros mot aux Etats-Unis.

Ils prônent l’assurance maladie universelle, la gratuité de l’université, la régularisation des migrants, etc. Citons par exemple la nouvelle coqueluche de New-York Alexandria Ocasio Cortez, ou bien Gayle McLaughlin en Californie, Ayanna Pressley à Boston, etc.

L'agrégat des revendications identitaires

Et il y a beaucoup d’autres lignes de fracture au sein du parti démocrate. D’abord, il y a une division establishment / anti establishment. Là c’est plus social que politique.

Plusieurs élus du parti estiment que les dirigeants démocrates sont déconnectés du réel. Leur cible favorite, c’est carrément leur propre leader à la Chambre, Nancy Pelosi, une Californienne qui est mariée à un millionnaire. 

En plus, dans cette élite, soit de la Côte Est soit de la Côte Ouest, on est traditionnellement libéral sur les questions de société : favorable au mariage homosexuel, défenseur de l’avortement, etc.

Et là on tombe sur une autre ligne de fracture : ces positionnements libéraux ne plaisent pas à l’électorat d’origine hispanique, souvent catholique. Or les démocrates ont besoin de cet électorat pour gagner.

Ce qui nous renvoie encore à une autre difficulté : c’est la fragmentation des différents groupes d’intérêt, ethniques ou religieux.

Certains noirs (électorat normalement acquis) craignent de perdre des investitures au profit des latinos. Les nouveaux députés musulmans, deux femmes, veulent défendre le droit à pratiquer cette religion librement. Mais cela inquiète une partie de la communauté juive. Or les juifs votent à 75% pour les démocrates, qui ont un besoin crucial de ce vote pour l’emporter.

On se résume : le parti démocrate agrège aujourd’hui les revendications souvent contradictoires de tous les groupes sociaux et identitaires dans une sorte d’arc-en-ciel. 

Mais cet agrégat ne fait pas un projet de société et ne peut pas mobiliser suffisamment pour gagner une élection présidentielle !

En quête du candidat magique

De là à prédire une nouvelle victoire de Trump dans deux ans, il n'y a qu'un pas. Mais on n’en est pas là. Précisément parce que c’est dans deux ans.

Cela dit on voit bien qu’aujourd’hui, il y a d’un côté un parti patchwork. Et de l’autre un one-man show homogène.

Parce que dans l’autre camp en effet, ces élections de mi-mandat ont servi à Trump à mettre son parti en ordre de marche derrière lui. A éliminer les têtes qui dépassaient, les élus qui n’étaient pas dans sa ligne, les Bob Corker ou les Jeff Flake.

Pour le dire autrement, le parti républicain est désormais trumpisé, homogénéisé autour de certaines valeurs pro-armes, anti-immigration, pro-business, etc. 

Le défi des démocrates pour les 2 ans qui viennent, c’est donc de trouver le candidat avec la baguette magique qui dépasse l’agrégat des revendications. Parce qu’on ne gagne pas un scrutin uniquement en négatif, en mobilisant contre l’adversaire : il faut créer du positif, susciter l’adhésion, l’espoir dans son camp. 

C’est compliqué mais c’est possible. Parce que le système des primaires américaines a cette capacité unique à faire surgir un candidat sorti de nulle part qui crée l’alchimie : Clinton, Obama.

Et là on pense forcément à une femme. Puisque selon une enquête de CNN, 60% des femmes ont voté démocrate avant-hier !!

L’électorat féminin, voilà l’atout majeur des démocrates face à la misogynie et au machisme de Trump.

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