Les spécialistes du climat tirent à nouveau la sonnette d’alarme. Le nouveau rapport du GIEC annonce que l’augmentation de la température de 1,5° sera effective d’ici 30 ans. Et il appelle à un sursaut international. Mais on peut aussi soutenir que ces rapports du GIEC ne servent à rien. C'est "le monde à l'envers".

La fonte de la banquise Arctique s'accélère d'année en année
La fonte de la banquise Arctique s'accélère d'année en année © Getty / Chase Dekker - Wild life images

Je vous l’accorde, je fais un peu de provocation. Disons qu’en tous cas, ces rapports sont inefficaces. 

Prenons donc le rapport d’aujourd’hui. Sur le papier, c’est édifiant, rien à dire. 400 pages dont 33 de résumé à destination des décideurs politiques. 80 scientifiques mobilisés (80 pointures mondiales), 195 Etats impliqués.

Et des conclusions imparables, argumentaire détaillé à l’appui ; si on dépasse 1 degré et demi de hausse de température, on court à la cata : pluies torrentielles, phénomènes climatiques extrêmes, hausse importante du niveau de la mer, famines, forte baisse des ressources en poisson, etc. Avec comme toujours, à la clé, un appel solennel à réagir au plus vite.

Le problème, c’est que tout ça on le sait déjà. Je vous l’accorde aussi : aujourd’hui, on le sait de façon plus précise. Mais en gros on le sait déjà, depuis plus de 30 ans en fait.

Depuis, les rapports et les sommets se sont succédés, comme une ritournelle qui rythmerait les saisons : lancement du GIEC en 1988, sommet de la Terre à Rio en 1992, Cop 21 à Paris en 2015, etc. C’est devenu une habitude : tiens un nouveau rapport du GIEC, tiens un nouveau cri d’alarme. La tragédie grecque continue, on se rapproche du gouffre voilà tout.

Mais fondamentalement, tous ces rapports et sommets ont-ils vraiment changé la donne de façon radicale ?

La réponse est non. On peut donc affirmer que ces rapports sont inefficaces. Pas inutiles. Mais inefficaces.

Cesser de s'en remettre aux politiques

On peut objecter que ce ne sont pas les rapports qui sont inefficaces, mais les politiques auxquels ils sont destinés. Le problème, c’est peut-être justement qu’ils sont destinés aux politiques.

C’est écrit noir sur blanc sur le rapport d’aujourd’hui : Summary for policymakers.

Et d’ailleurs, les réactions sont à peu près toujours les mêmes, très prévisibles : des appels de scientifiques ou d’ONG, relayés par nous les médias, pour appeler les politiques à faire plus et mieux. Mais, pour résumer, les politiques ne font pas plus et pas mieux.

Pour trois raisons :

1.     Il y a ceux d’entre eux qui sont à moitié obscurantistes et ne veulent pas même reconnaitre la réalité du changement climatique. Suivez mon regard vers la Maison Blanche ;

2.     L’action politique sur le sujet ne sera efficace que si elle est coordonnée mondialement. Et nous vivons dans un monde où la notion de gouvernance mondiale s’éloigne chaque jour un peu plus ;

3.     Les gouvernements des démocraties, a priori les plus sensibilisés au sujet, sont surtout préoccupés du court terme (la prochaine élection à venir) : c’est assez peu compatible avec le moyen terme de l’enjeu climatique.

Tout ce qu’il reste aux politiques, c’est donc la communication, claironner que l’on fait même si l’on ne fait pas. Relevons par exemple que la France a en fait augmenté ses émissions de CO2 depuis 2015. Bref renvoyer la balle aux politiques, c’est inefficace, parce qu’en plus ça dédouane les autres acteurs.

Manger moins de viande et changer de modèle économique

Les autres acteurs, c’est qui ? D’abord, c’est vous et moi. Et c’est vous et moi que le GIEC devrait interpeller. Vous voulez contribuer, vous personnellement, à la lutte contre le réchauffement ? 

Mangez moins de viande, moins de lait, moins de fromage, mangez des produits locaux, utilisez le vélo sur les distances courtes, évitez l’avion, isolez votre maison, etc.

Bon évidemment, c’est faire le pari que l’homme est prêt à abandonner sa passion destructrice et à s’occuper de son prochain. Pas gagné, c’est un pari philosophique.

L’autre acteur, c’est le monde économique. Parce que bon, ne chipotons pas : l’essor des gaz à effet de serre en particulier est indissociable de la fuite en avant de la consommation dans notre modèle économique.

Une petite devinette révélatrice : au cours des 20 dernières années, les émissions au niveau mondial n’ont diminué que pendant une année, Vous savez laquelle ? 2008 – 2009 : la crise économique et financière. Il n’y a pas de hasard. Le sujet du climat est indissociable de la question du modèle économique. Et on ne la résoudra pas sans interpeller vivement les très grandes entreprises. 

Vous me direz c’est un pari encore plus audacieux que le précédent sur la nature humaine. Possible.

Mais sinon, à se contenter d’interpeller les politiques, on risque fort de continuer à foncer dans le mur, et on dira la même chose au prochain rapport du GIEC. C’est juste que le mur se sera encore rapproché.

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