La nouvelle volte-face de Donald Trump sur la Syrie sème la confusion, le tout sur fond d’enquête en vue d’une éventuelle destitution. Le président américain résiste depuis trois ans à toutes les controverses. Mais pour la première fois on peut imaginer que son parti le le laisse tomber. C'est "le monde à l'envers".

Donald Trump lors de sa dernière apparition publique le 7 octobre pour la signature d'un accord commerciale USA Japon
Donald Trump lors de sa dernière apparition publique le 7 octobre pour la signature d'un accord commerciale USA Japon © AFP / Pool for Yomiuri / Yomiuri / The Yomiuri Shimbun

Disons-le tout de suite : ça reste une hypothèse très improbable. Pourquoi ?

  • Raison numéro un : Trump demeure très populaire parmi les électeurs républicains qui le jugent honnête à plus de 80%. Casseroles ou pas casseroles. On serait même tenté de dire : plus il a de casseroles, plus son électorat le soutient. A un an de la présidentielle, il conserve donc un socle très solide d’inconditionnels. 40% de l’électorat global.
  • Deuxième raison : il n’a pas, à ce jour, de rival au sein du parti. Trump a mis les Républicains en coupe réglée. Il y a bien trois élus qui entendent le concurrencer dans la course à l’investiture. Mais ils n’ont aucune chance. Il n’y a pas aujourd’hui d’alternative à Trump au sein du parti républicain.
  • Troisième raison : le président américain est ultra organisé. Il a déjà levé des centaines de millions de dollars pour sa campagne, il arrose les électeurs de publicité sur les réseaux sociaux. Et il continue de déverser des fausses informations, 12 par jour en moyenne, 12.000 depuis le début de son mandat selon le décompte du Washington Post.

Donc, on voit mal les Républicains le lâcher. On imagine mal par exemple qu'une vingtaine de sénateurs du parti se joignent aux Démocrates pour former une majorité de deux tiers au Sénat, ce qui rendrait envisageable la destitution du Président. A ce stade, ça relève encore du vœu pieu des adversaires de Trump.

La guerre ouverte avec la CIA

Mais ça peut bouger. C’est en train de devenir possible. Improbable mais possible.

D’abord, avec ses volte-face à répétition en politique étrangère, Donald Trump s’est mis à dos beaucoup de gens. Hier encore avec cette incroyable cacophonie sur le retrait américain du Nord de la Syrie. Oui le matin, Non le soir. 

Que s’est-il passé entre temps ? L’explication est simple : le Pentagone, l’Etat-major du parti républicain, l’ancienne ambassadrice américaine à l’ONU, tous ont dit publiquement que lâcher les Kurdes était une mauvaise idée. Trump a donc fait marche arrière.

Et ce n’est pas la première fois que ça se produit. Par exemple, récemment, sur les négociations avec les Talibans afghans : Oui du Président, puis Non, après un processus similaire.

A force de décider seul, et de multiplier les ordres et les contre ordres, Trump s’est fâché avec beaucoup de monde. Rappelons qu’au fil des mois, il a aussi viré des dizaines de conseillers, en particulier sur la sécurité et la diplomatie : Tillerson, Comey, Mattis, Kelly, McMaster, Bolton, la liste est longue. Autant de rancœurs potentielles.

Et avec les services secrets américains, il est carrément en conflit ouvert. Par exemple, il a désavoué la CIA après ses conclusions sur l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi. Dans le monde du renseignement, beaucoup pensent que Trump met la sécurité nationale américaine en danger. 

Tout ça rend possible un grand règlement de comptes.

Les institutions et l'Etat de droit face à Trump

Mais le sujet principal, c’est bien l’enquête pour destitution. Est-ce que là-dessus le parti républicain peut lâcher Trump ?

Jusqu’à présent, les voix dissidentes sont peu nombreuses : trois, Susan Collins, Ben Sasse et l’ex candidat à la présidentielle Mitt Romney.

Pour le reste, le parti garde un silence prudent. Sauf qu’en coulisses, les deux ténors du parti que sont Chuck Grassley et Mitch McConnell paraissent décidés à garantir le déroulement de la procédure d’impeachment dans les règles. 

En anglais, on appelle ça 

l’évaluation « asset or liability »

Etes-vous un atout ou un fardeau pour votre parti ?

Si, à un moment donné, les éditorialistes de la presse conservatrice et les ténors républicains commencent à se dire que Trump devient plus un fardeau qu’un atout, la panique peut s’installer et le vent tourner.

Enfin il ne faut pas oublier deux facteurs :

  1. Les États-Unis sont un pays fédéral : l’enjeu de chaque Etat est au moins aussi important que l’enjeu national. Un gouverneur républicain d’un Etat X n’hésitera pas à lâcher Trump s’il pense sauver ainsi sa peau localement.

  2. Les États-Unis restent un état de droit : les institutions fonctionnent, et le Président n’est pas au-dessus des lois.

Pour toutes ces raisons, l’hypothèse improbable d’une rébellion du Parti républicain n’est plus totalement incongrue. 

C’est en soi un événement et c’est pour ça que Donald Trump semble tellement nerveux depuis quelques jours.

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