En Hongrie, le premier ministre Viktor Orban vient de remporter hier une victoire éclatante.Les Européens vont devoir s’y faire : Orban est là et bien là. Et il est grand temps de ne plus se contenter de le critiquer, mais plutôt d’essayer de comprendre ce qui se passe en Hongrie. C’est le « Monde à l’envers ».

Viktor Orban célèbre sa victoire la nuit dernière à Budapest
Viktor Orban célèbre sa victoire la nuit dernière à Budapest © AFP / ATTILA KISBENEDEK / AFP

En fait c’est tout bête : essayons de ne pas nier la réalité. C’est un peu comme avec Trump ou le Brexit. Le résultat ne plait pas aux Européens. Sauf que le vote est là. Légal. Indiscutable.

Ça s’appelle « le monde réel ».

Et dans le cas d’Orban, impossible de faire un procès en légitimité. 

Le succès est très net : 49% des voix pour son parti le Fidesz, ce qui lui donne les 2/3 des sièges.

Et une avance colossale sur le 2ème, le Jobbik d’Extrême Droite, 20%.

Est-ce une victoire par défaut, grâce à l’abstention ? Pas du tout. 70% de participation, en hausse de 7 points.

Est-ce une victoire qui coupe le pays en morceaux géographiquement ? Pas davantage. 

Regardez la carte électorale de la Hongrie, je vous en ai apporté un exemplaire en studio, vous la retrouverez sur franceinter.fr.Vous allez me dire, pourquoi tout le pays est colorié en orange ? Parce que c’est la couleur du Fidesz : il l’a emporté partout, sauf dans une poignée de circonscriptions de la capitale Budapest.

Alors c’est un vote truqué ? Non plus. Quelques irrégularités ici ou là, mais rien de flagrant.

Donc la réalité est simple : dans ce pays de 10 millions d’habitants, en Europe Centrale, entre Autriche et Roumanie, le soutien à Viktor Orban est massif. 

Et cet homme de 54 ans, à l’aube de son 4ème mandat (le 3ème consécutif) est pleinement légitime. N’en déplaise aux Européens.

La théorie de l'Etat "illibéral" séduit les électeurs 

Orban déplait aux Européens parce qu’il prône une démocratie dure et identitaire, ce qu’il appelle un « Etat illibéral, non libéral ». Et il le revendique. C’est donc bien cela que les électeurs hongrois, librement, soutiennent, en toute connaissance de cause. C’est « le monde réel ».

De quoi s’agit-il ? D’une remise en cause de la séparation des trois pouvoirs telle que définie par Montesquieu.

Dans l’esprit d’Orban, l’exécutif, c’est-à-dire lui et son parti, décide. Le législatif, c’est-à-dire le Parlement, obtempère. Et le judiciaire obéit, surtout s’il faut renoncer à des enquêtes pour corruption sur des proches du pouvoir.

Quant à la presse, elle est muselée. Contrôle total de la télévision d’Etat, rachat de tous les titres de presse locale par un proche du Premier ministre. Vous imaginez la ligne éditoriale.

Ajoutons à ce paysage la revendication nationaliste et chrétienne. Dans le discours d’Orban, c’est d’ailleurs une nouveauté, apparue avec la crise des migrants.

Pour asseoir son pouvoir, il désigne un ennemi : le milliardaire américain, juif d’origine hongroise George Soros, qui serait à la tête d’un grand complot international organisant une invasion d’immigrés musulmans.

Ce mélange de xénophobie et d’atteinte à l’Etat de droit, séduit. En Hongrie, mais aussi en Pologne, en Slovaquie, en République Tchèque, et à l’Ouest dans l’électorat d’extrême droite.

Le succès d’Orban est donc l’inverse d’un épiphénomène : il est au contraire révélateur d’une évolution qui touche une grande partie des droites européennes.

Ni carotte ni bâton  

Et l’Europe semble comme médusée, impuissante. Non seulement, Bruxelles est dans le déni de réalité. Mais surtout, Bruxelles ne fait rien : ni carotte ni bâton.

Prenons deux exemples.

Sur l’immigration…

Soit Budapest doit faire davantage pour accueillir les réfugiés, mais alors il faut un solide dispositif d’accompagnement car la Hongrie n’a jamais connu d’immigration extra-européenne, africaine ou proche-orientale. 

Soit elle n’accueille que peu de migrants, c’est le cas aujourd’hui, seulement 1,5% de la population totale. Mais alors on ne peut pas laisser Viktor Orban déblatérer sur une prétendue invasion musulmane.

Sur l’économie….

Le leader hongrois surfe sur 4% de croissance, 17% de hausse de salaires l’an dernier, et un quasi plein emploi. Il surfe tout en disant que Bruxelles laisse l’Europe de l’Est à la traine.

Ce qu’il oublie de dire, c’est ce que la Hongrie doit sa réussite à l’Union Européenne : en proportion de son budget, c’est le pays européen le plus subventionné par Bruxelles.

Donc là encore : soit carotte, l’Europe augmente encore cette aide et favorise une intégration économique plus poussée.

Soit bâton, l’Europe conditionne son aide au respect de l’Etat de droit, en gelant par exemple les avoirs des oligarques corrompus.

Pour l’instant, Bruxelles, paralysée par la règle de l’unanimité, ne choisit pas, et reste au milieu du gué. C’est donc tout bénéf, pour tous les Viktor Orban du continent

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