Retournons le miroir, inversons le regard et allons voir comment la presse étrangère regarde le conflit social en cours en France. C'est révélateur de notre image chez nos voisins. Et cette image, c'est d'abord celle d'un pays bloqué. C'est "le monde à l'envers".

Lors de la manifestation de la CGT du 5 décembre contre la réforme des retraites, ici à Valence
Lors de la manifestation de la CGT du 5 décembre contre la réforme des retraites, ici à Valence © AFP / Nicolas Guyonnet / Hans Lucas

Ni marche avant. Ni marche arrière. A l’arrêt. Même si les commentaires varient selon l’orientation politique des journaux, il y a des constats récurrents un peu partout dans la presse étrangère. Et le premier en effet, c’est que la France est difficile à réformer.  Du Washington Post américain au Gosc Nied Zielny polonais, tout le monde souligne « la longue tradition de grève » qui est la nôtre, et la tendance systématique de la France à se cabrer dès qu’on lui parle de changement.

Tout ça se double d’une inaptitude au compromis. Et pour cette raison, je cite le journal économique allemand Handelsblatt, « les négociations ne feront sans doute pas émerger de consensus ». Pour le britannique John Lichfield pendant 20 ans correspondant à Paris, le compromis sera d’autant plus difficile à trouver que les syndicats sont « peu représentatifs et trop nombreux », une douzaine, allant, je cite « du trotskysme au catholicisme ».

Avec tout ça, la presse étrangère aurait tout pour être blasée devant le énième soubresaut d’une France turbulente. Ce n’est pas le cas. Sans doute parce que nos confrères voient dans ce mouvement davantage qu’une grève : plutôt une version française de la crise de la démocratie. Le quotidien espagnol El Pais argumente : la colère est forte alors que le projet de réforme des retraites est vague. Pourquoi ? Parce que c’est autre chose qui s’exprime. Une crainte plus profonde : la fin d’un modèle de société. Ou bien, plus prosaïquement (ça c’est la formule du quotidien italien Corriere della Sera), un « mouvement anti Macron ».

Un président juste ou un président condescendant ?

Alors justement, que disent nos confrères étrangers sur la situation du président français ? Ça les intéresse au plus haut point parce que depuis le début, ce président jeune et disruptif passionne la presse étrangère. D’abord, tous nos confrères estiment que c’est un moment clé de son mandat. Par exemple, la presse espagnole voit dans la journée de demain un tournant : s’il y a toujours autant de monde dans les rues, voire davantage, Emmanuel Macron devra reculer. Son pari est risqué, ajoute John Lichfield, « parce que tous les présidents français se sont cassés les dents sur la réforme des retraites ».

Après, évidemment, il y a les pro et les anti Macron. Côté pour, le journal suisse Le Temps qualifie de « juste » le diagnostic du président sur la nécessité de transformer le pays. Le Frankfürter Allegemeine Zeitung allemand dénonce les « nombreux privilèges » des régimes spéciaux de retraite en France. Et le russe Kommersant regarde Emmanuel Macron comme un homme qui « applique son programme, au moins il fait ce qu’il dit ».

Mais de l’autre côté, les critiques sont féroces. L’éditorialiste britannique Piers Morgan, qui a la langue bien pendue, ne voit dans le président français que 

« l’arrogance et la condescendance » 

De nombreux titres stigmatisent une vision managériale des relations sociales. Le New York Times américain dit ça en des termes polis et y voit une remise en question du « management vertical à la Macron, du haut vers le bas ». Le site d’information tchèque Cz.info ajoute « les Français réalisent avoir voté pour un inconnu »

La qualité du système de retraite français

Et sur le fond, c’est-à-dire la réforme des retraites, ce qui frappe, c’est le nombre d’articles pour souligner la qualité du système de retraite français. Il y en a beaucoup pour dénoncer le dédale des régimes spéciaux. Mais ils sont assez admiratifs sur notre organisation. Sur ce « filet de sécurité inconnu aux Etats-Unis » pour reprendre la formule du New-York Times.

L’espagnol El Pais insiste sur le fait que ce système permet aux retraités français d’avoir un niveau de vie très honorable : seulement 3,4% de taux de pauvreté en France chez les retraités, beaucoup moins que chez nos voisins. 

« C'est l’un des meilleurs systèmes au monde »

ajoute le Guardian britannique.

Les reporters étrangers racontent que les Français voient dans ce système de retraite un symbole de fierté nationale, un motif d’orgueil, une « identité nationale française » c’est la formule d’El Pais en Espagne. Reste évidemment la question que tout le monde se pose : comment on sort du blocage ?

Le journaliste britannique John Lichfield, qui, je le répète, connait bien la France, esquisse sa solution : éviter de passer en force, ne pas aller trop vite, laisser le temps au corps social français de faire sa conversion idéologique.

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