Donald Trump n’en démord pas : la nuit dernière, il est donc intervenu à la télévision pour maintenir son exigence de voir un mur construit à la frontière avec la Mexique. Le blocage budgétaire persiste donc. Mais c'est trop facile de dire que Trump raconte n'importe quoi sur le sujet. C'est "le monde à l'envers".

Le mur près de Tijuana en Californie
Le mur près de Tijuana en Californie © AFP / Guillermo Arias AFP

A chaque fois avec Trump, on est tenté d’entonner le même refrain : « Trump ment, c’est le grand n’importe quoi, circulez y’a rien à voir ». Problème : ce type de verdict définitif empêche de réfléchir.

Le truc, c’est que Trump ment, c’est vrai. Mais il ne dit pas n’importe quoi pour autant. Et ça fait une grande différence. 

Vous allez comprendre.

Oui, les arguments que lui ou ses proches avancent pour défendre la construction de ce mur, sont quasiment tous des mensonges.

Voici les quatre principaux :

1.     Le mur mettra fin à l’immigration illégale. Faux : la majorité des 10 millions d’immigrés illégaux aux Etats-Unis sont entrés légalement sur le sol américain, c’est juste qu’ils sont restés après l’expiration de leur visa.

2.     Le mur permettra d’empêcher l’entrée des délinquants. Faux : le taux de délinquance chez les immigrés aux Etats-Unis est inférieur à la moyenne.

3.     Le mur empêchera l’accès des terroristes. Encore faux :  l’immense majorité des profils suspects arrivent… par avion, dans les aéroports. En 6 mois, seulement 6 suspects arrêtés à la frontière mexicaine, c’est dérisoire.

4.     Le mur permettra de combattre le trafic de drogue. Encore faux : la drogue entre aux Etats-Unis par des points d’entrée légaux, pas dans les baluchons des réfugiés.

Donc oui, Trump ment. Le mur ne résoudra aucun de ces problèmes.  Il ment délibérément, parce que l’objectif est ailleurs.

Le totem symbolique du mur

C’est en cela qu’il ne dit pas n’importe quoi : c’est de la tactique politique.

Comme souvent dans l’Histoire quand il s’agit de construire un mur, le but c’est surtout le symbole, la comm ‘ : apparaître comme le protecteur, le « tough guy ».

Le mur c’est un totem, un fétiche. Ce n’est pas le bénéfice matériel, le résultat concret sur la sécurité qui compte. C’est le bénéfice immatériel, le symbole de l’homme fort. Avec un sujet simple, clivant : pour ou contre le mur, je suis le bon, ils sont les méchants.

Deuxième enjeu tactique, classique chez Trump : respecter une promesse électorale.

Satisfaire SON électorat, quitte à se mettre à dos les fonctionnaires fédéraux victimes du blocage budgétaire. Mais peu importe : en grande majorité, ils ne votent pas pour lui. 

Le piège tendu aux Démocrates

Enfin troisième enjeu tactique : tendre un piège aux Démocrates. Le sujet est embarrassant pour l’opposition. Pourquoi ?

Et de une, on l’oublie un peu vite, les Démocrates sont en partie responsables de la construction déjà engagée de ce mur, plus de 1000 kms. Et accessoirement, il n’y a jamais eu autant d’expulsions d’immigrés illégaux que sous… Barack Obama.

Et de deux, les Démocrates courent le risque d’apparaître comme les responsables du « shutdown ».

Vous me direz, Trump court le même risque. Mais c’est donc une partie de poker, et au poker, mieux vaut ne pas sous-estimer Trump. On peut dire que tout ça c’est quand même du calcul tacticien à la petite semaine, mais  la politique c’est souvent ça.

Le repli sur soi et l'enfermement des Etats-Unis

Ensuite et surtout, ce n’est pas que de la tactique : il y a aussi à l’œuvre dans cette histoire de mur, quelque chose de plus essentiel, de plus stratégique.

Quelque chose qui reflète le fond de la pensée de Donald Trump, c’est pour ça qu’il faut le prendre au sérieux : c’est le choix délibéré du repli sur soi.

Arrêtons-nous sur ce qu’est un mur. La version officielle, évidente, c’est : le mur nous protège nous, d’une menace extérieure. Mais on peut le regarder dans l’autre sens : le mur enferme ceux qu’il est censé protéger. C’est souvent le cas dans l’Histoire. L’exemple type c’est le mur de Berlin.

Et on aurait le droit de se poser la même question sur le mur « marin » que l’Europe bâtit en Méditerranée contre les migrants, mais là je digresse.

Bref, le mur c’est aussi l’isolement de ceux qui sont réputés être du bon côté du mur. Vous me suivez ? 

Et c’est exactement la vision du monde de Trump : le repli sur soi des Etats-Unis, le désengagement géopolitique, cesser d’être le gendarme du monde, se retirer du Moyen-Orient, voire de l’OTAN et de l’OMC.

Le mur c’est : restons chez nous, replions-nous sur nous-même, dans la prison que nous avons construite nous-mêmes pour nous-mêmes.

Donc non Trump ne dit pas n’importe quoi. Au contraire et c’est pour ça que le mur est un symbole clé et assumé dans sa pensée politique.

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.