L’annonce du retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien continue de susciter une avalanche de réactions dans le monde,qui craint une reprise du programme nucléaire iranien. Renversons la perspective dans le "monde à l'envers": et si cette décision de Trump était une chance formidable pour l'Europe ?

La Une de l'hebdomadaire allemand Der Spiegel: "L'heure de l'Europe"
La Une de l'hebdomadaire allemand Der Spiegel: "L'heure de l'Europe" © AFP / Der Spiegel / AFP

A première vue, on est mal ! C’est même un peu la cata !

Un accord multilatéral négocié par tous pendant des années, risque de tomber à l’eau.

Les dirigeants européens (qui étaient tous allés à Washington comme on va à Canossa, pour plaider la cause de l’accord), tous ces dirigeants donc, viennent, (prenons une image) de se prendre la porte du saloon dans la figure !

Et voici même (c’est le pompon !) que les entreprises européennes prêtes à investir sur le grand marché iranien (80 millions de personnes) sont désormais menacées de sanctions par Washington.

Bref, l’Europe semble prisonnière du chantage américain.

Alors maintenant, regardons la Une aujourd’hui du grand hebdomadaire allemand Der Spiegel, la voici je vous la montre en studio. 

Angela Merkel – Emmanuel Macron, côte à côte, l’air songeur.

Et ce titre : Europas Stunde ! C’est l’heure de l’Europe !

Et bien oui, le Spiegel a raison : la décision de Donald Trump nous offre une formidable chance.

Et en plus ça tombe pile le 9 mai, Jour de l’Europe !

La fin de l'alliance Atlantique

Alors pourquoi cette "cata" peut-elle être une chance ?

Première série de raisons : c’est l’occasion d’acter formellement la cata.

Prenons acte, une bonne fois pour toutes, de plusieurs faits, qui disent la fin d’une époque.

1.     Les Etats-Unis de Trump ne sont pas des partenaires fiables. Dans cette équipe désormais composée uniquement de « durs », de « faucons », le viol d’un traité international est une bricole.

C’est pourtant sans précédent. Sur le climat, sur le commerce, sur l’Iran, les engagements de Washington ne valent plus rien. Dont acte.

2.     Le système international des dernières décennies est par terre. 

Les accords multilatéraux n’ont plus de valeur. Et l’alliance atlantique, Etats-Unis / Europe de l’Ouest, pilier des 70 dernières années, ne marche plus. Trump préfère à l’Europe, d’autres alliés, Israéliens ou Saoudiens. Dont acte.

3.     La volonté américaine de s’ériger en gendarme économique n’est plus supportable. 

Les Etats-Unis ont décrété le principe d’extraterritorialité sur le commerce mondial. Concrètement, ils estiment que toute transaction en dollars les regarde. Et ils menacent donc de représailles les Total, Siemens, Airbus, Renault, etc, qui veulent faire commerce avec l’Iran.

Le ministre de l’économie Bruno Lemaire l’a reconnu chez nos amis de France Culture : cette situation, je cite, « n’est plus acceptable ». Dont acte, là encore. Il est grand temps de le dire.

Une occasion diplomatique sans précédent

Avec tout ça, on dit du mal des Américains, c'est une chose, mais il faut aller plus loin.

Voilà le grand enjeu ! L’Europe va-t-elle enfin oser aller plus loin ? Non seulement dénoncer le monde ancien, mais initier un monde nouveau.

Là encore, trois idées :

1.     Avancer d’un même pas, ensemble, bref signifier qu’il existe une diplomatie « européenne ». 

L’occasion est unique : les trois poids lourds du continent, Londres, Paris et Berlin sont sur la même ligne sur le dossier iranien. Les trois dirigeants se sont entretenus dès hier soir : c’est le format E3 (les 3 Européens).

Allez-y, lancez des initiatives, proposez quelque chose à l’Iran.C’est une formidable opportunité de replacer l’Europe sur la carte diplomatique !

2.     Chercher à changer les règles du commerce international. 

A minima, négocier des exemptions de sanctions américaines pour les entreprises européennes ou contourner ces sanctions en passant des accords indirects avec des pays tiers et des sociétés locales iraniennes.

A maxima, dénoncer juridiquement l’extraterritorialité, cette tyrannie « made in USA ». 

Et tout faire pour développer le rôle de l’Euro dans les échanges internationaux. Après tout, la monnaie commune a aussi été créée pour ça. Pas pour laisser le dollar continuer d’être maître du monde.

3.     Renvoyer, par cette attitude, une image d’utilité et d’efficacité aux populations européennes : un outil concret face à l’euroscepticisme montant.

Tout cela, reconnaissons-le, est improbable : l’Europe n’a jamais réussi à saisir jusqu’à présent ce genre d’opportunités.

Madame Merkel, Madame May, Monsieur Macron, sautez enfin sur l’occasion ! Osez 

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