La bataille commerciale repart de plus belle entre les Etats-Unis et la Chine: nouvelles sanctions mises en œuvre la nuit prochaine par Donald Trump. Le Fonds monétaire internationale se dit très inquiet. Mais tout ça ressemble aussi à du bluff et des effets de manche ! C'est "le monde à l'envers".

Donald Trump lors de son meeting en Floride où il a de nouveau attaqué la Chine
Donald Trump lors de son meeting en Floride où il a de nouveau attaqué la Chine © AFP / Brendan Smialowski / AFP

Et si tout ça n’était qu’un jeu, une activité ludique, un film : par exemple, vous savez ces scènes devenues des classiques du cinéma, les parties de poker dans Le Kid de Cincinnati ou Casino Royale.

Assis à la table, devant leurs cartes, deux joueurs au style très différent.

D’abord, le fort en gueule. J’ai nommé Donald Trump. Il en a remis une couche hier soir, lors d’un meeting en Floride. Effets de manche garantis : « La Chine a brisé l’accord. Je répète : la Chine a brisé l’accord. Ils vont payer ! »

Et ça continue, façon saloon dans un western : « L’ère de la capitulation est terminée ». Genre : rendez-vous pour le duel à OK Corral en fin de journée. Donc il fait monter les enchères : il annonce de nouvelles taxes douanières sur les produits chinois à hauteur de 200 milliards de dollars.

De l’autre côté de la table, autre style : le pouvoir chinois. Xi Jinping, ou plutôt son homme de confiance, Liu He. Il arrive ce soir à Washington pour négocier. Calme et impassible. Pas de gesticulations.

Communiqué sobre hier soir : « en cas de nouvelles sanctions américaines, nous prendrons les contre-mesures nécessaires ».  En langage poker : je suis.

Et donc ils jouent. Ça fait 12 mois que ça dure. D’abord, les négociations ont progressé. Ça devait aboutir début mars. Et puis ça a stagné. Donc Trump l’impatient remet le couvert en faisant monter la pression.

Le suspense est digne d’un bon film. Le FMI dit craindre des effets en chaine avec une récession mondiale. Et nous, les spectateurs, bouh on est censé avoir très peur. 

Poker menteur

Mais il est donc très possible que ce soit du bluff, de la commedia dell' arte.

D’ailleurs, il y a un petit indicateur révélateur : les grandes places financières ne croient pas vraiment au film. Les Bourses de Shanghai et de New-York sont certes en recul, mais modéré, entre 1 et 2%. C’est loin d’être la panique dans la salle.

Beaucoup pensent que ça ressemble à du poker… menteur.  Pourquoi ?

Parce qu’aucun des deux joueurs ne peut se permettre de perdre. Donc il va falloir trouver une solution. D’ailleurs vous noterez que malgré les effets de manche, les négociations reprennent bien ce soir.

Le fort en gueule, Trump, ne peut pas se mettre à dos les consommateurs américains, à 18 mois des élections. 

Et la hausse des taxes douanières sur les produits chinois, qui la paie en fait, devinez ? Les consommateurs américains, sur leurs machines à laver, leurs pneus ou leurs télés. Sans oublier que les agriculteurs américains, eux, râlent de plus en plus face aux mesures de rétorsion chinoise.

En face le joueur zen, Xi Jinping, ne peut pas perdre non plus. Parce l’économie chinoise commence à ralentir et elle a besoin pour tourner d’exporter massivement vers les Etats-Unis.

Donc le plus probable reste que les joueurs finissent par s’entendre, match nul et partage des gains : avec notamment un accès accru des produits américains au marché chinois. Fin de la partie et du film. Générique de fin. Ouf le monde est sauvé.

Un conflit parti pour durer

Le souci, c'est que même si le Happy end est tout à fait possible dans cette partie, ce n’est que la première manche. Le bras de fer ne fait que commencer. Pour le dire autrement, même s’il y a un accord ce coup-ci, on ne sera qu’à la fin de la saison 1. Et on est parti pour plusieurs saisons, comme dans Game of Thrones. La série Chine-Etats-Unis va durer des années. 

Il y a aura plusieurs autres parties de poker. Sur la propriété intellectuelle et les transferts de technologie. Sur la monnaie et la tendance chinoise à dévaluer pour mieux exporter. Sur les subventions étatiques à l’économie : Pékin est champion toutes catégories en la matière. Sur les armes et les limites territoriales en mer de Chine. Et surtout sur la maîtrise de l’espace numérique, des télécommunications, de l’intelligence artificielle.

La compétition entre Washington et Pékin pour le « Trône de fer », pour la position dominante ne fait que commencer. 

Donc installons-nous bien face à l’écran. On peut frissonner après chaque rebondissement. Mais mieux vaut le savoir : nous n’en sommes sans doute qu’aux premières escarmouches de la partie de poker géante. Vous pouvez déjà commander une autre pizza pour l’épisode suivant !

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.