En Amérique du Sud, l’Equateur est confrontée à une crise politique et sociale majeure avec une grève générale aujourd’hui. Et c’est un événement révélateur de ce qui se passe sur le continent. On s'était habitué à une stabilisation des pays latino-américains. C'est peut-être fini. C'est "le monde à l'envers".

Affrontements entre manifestants et forces de l'ordre près de l'Assemblée nationale à Quito en Equateur
Affrontements entre manifestants et forces de l'ordre près de l'Assemblée nationale à Quito en Equateur © AFP / Rafael Rodriguez / NurPhoto

Commençons par cet avis de gros temps aujourd’hui en Equateur. 

Un fait très simple en dit long sur ce pays de 17 millions d’habitants entre Pérou et Colombie : le gouvernement s’est carapaté ! Il a quitté précipitamment la capitale, Quito, dans les montagnes des Andes, pour Guayaquil, la 2ème ville du pays, sur la côte.

Voilà 6 jours que la crise sociale monte. Et ce mercredi 9 octobre c’est grève générale. Toutes les écoles sont fermées, les principales routes sont barrées. L’état d’urgence a été décrété dans tout le pays, le couvre-feu instauré, des blindés protègent le palais présidentiel.

Les affrontements, souvent violents entre manifestants et forces de l’ordre, ont déjà fait près d’une centaine de blessés.

Qu’est ce qui a mis le feu aux poudres ? Un accord il y a 10 jours entre le pouvoir en place du président Moreno, un ex socialiste converti au libéralisme, et le Fonds Monétaire International.

Dans le package : une aide de 4 milliards du FMI contre une série de mesures drastiques pour renflouer les caisses.

Doublement du prix de l’essence, division par deux des congés des fonctionnaires ramenés à deux semaines par an, suppression de plusieurs barrières commerciales.

Les transporteurs routiers, directement touchés par le prix du carburant, ont commencé à bloquer les routes. Puis les fonctionnaires et les étudiants sont entrés dans la danse. Bientôt suivis par les associations indigènes, indiennes, très puissantes, et opposées de longue date aux préconisations du FMI, et à l’exploitation inéquitable des ressources pétrolières du pays.

Résultat : l’Equateur aujourd’hui, vacille sur ses fondations.

Alertes sociales en série sur tout le continent

Et cette instabilité sociale touche donc plusieurs pays d’Amérique du Sud, l’inventaire est frappant.

En Argentine, au Sud du continent, et à deux semaines des élections, la grogne sociale est considérable. Les manifestations de rue sont régulières contre l’austérité imposée par le gouvernement de droite de Maurizio Macri. L’inflation atteint les 30%, la dette 100% du PIB. Et 10 millions d’Argentins vivent désormais sous le seuil de pauvreté.

La gauche, du coup, part grande favorite du scrutin.

Au Pérou, dans les Andes, à côté de l’Equateur, on ne sait plus très bien qui gouverne le pays. Le Président a été destitué par le Parlement, il a rétorqué en dissolvant le Parlement en question. Des élections anticipées sont annoncées pour janvier.

Et bien sûr, il y a le Venezuela et le Brésil. Au Venezuela, la crise politique continue, entre le pouvoir dit « socialiste » de Nicolas Maduro et le président auto-proclamé de centre droit Juan Guaido. C’est l’impasse. Rien n’est résolu. Et le pays s’enfonce dans la crise économique.

Au Brésil, la colère des Indiens d’une part, du milieu universitaire d’autre part, fait face au pouvoir d’extrême droite de Jair Bolsonaro, et son mélange d’autoritarisme et d’amateurisme.

Bref, il y a un peu partout en Amérique du Sud, des signaux d’alerte qui s’allument. 

Chute du pétrole et cure d'austérité made in FMI

Chaque pays a ses particularités. Mais l’explication est plus économique que politique. D’ailleurs ces soubresauts frappent des pays de couleurs politiques très différentes.

On peut identifier trois paramètres récurrents.

Le premier, c’est l’effet pétrole. Autrement dit les conséquences en chaine de la chute du baril depuis cinq ans pour toutes ces économies de pays producteurs. En Equateur, ça représente 40% des ressources publiques. Avec la diminution de cette rente pétrolière, l’argent n’est plus là pour financer les programmes sociaux. Ça vaut aussi pour le Venezuela, ou pour l’Argentine. La pauvreté gagne, l’explosion sociale menace.

Deuxième paramètre : le cycle austérité FMI. Pour faire face aux manques de ressource, ces pays s’endettent. Trop. Le Fonds monétaire international finit par intervenir mais demande en échange des mesures radicales. Et ces mesures mettent beaucoup de monde dans la rue. Là encore, c’est l’Argentine, l’Equateur.

Enfin troisième paramètre : la dénonciation de la corruption. C’est en grande partie ce qui explique l’arrivée de Bolsonaro au pouvoir au Brésil, la force de l’opposition à Maduro au Venezuela, ou la situation chaotique au Pérou.

Au début des années 2000, tout le continent avait semblé basculer à gauche. Puis depuis 5 ans, il a quasiment intégralement rebasculé à droite. Il faut peut-être s’attendre à un nouvel effet balancier. 

Mais ce sera moins par choix idéologique que par réaction à la crise économique.

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