La nouvelle présidente de la commission européenne Ursula von der Leyen doit présenter son équipe ce mardi 10 septembre. Et pour une fois, on va peut-être échapper à une commission technocratique et impuissante. Il est possible que cette commission soit utile et s'impose. C'est "le monde à l'envers".

L'un part, l'autre arrive: Ursula von der Leyen a rencontré son prédécesseur Jean-Claude Juncker à Bruxelles ce lundi
L'un part, l'autre arrive: Ursula von der Leyen a rencontré son prédécesseur Jean-Claude Juncker à Bruxelles ce lundi © AFP / Dursun Aydemir / ANADOLU AGENCY

C’est un peu vachard de poser la question comme ça, parce que la commission européenne a plusieurs fois servi à quelque chose ces dernières années, sur la concurrence, les frais de téléphonie, etc.

Mais on conserve quand même la sensation d’être face à un « machin » technocratique. En plus dans le cas d’Ursula von der Leyen, on ne peut pas oublier qu’en juillet dernier sa nomination s’est opérée au forceps : elle n’était pas le premier choix et son image est plus celle d’une bosseuse appliquée que d’une politique créative. Pour toutes ces raisons, on pouvait donc s’attendre au pire.

Surprise : le résultat des courses, qui sera dévoilé demain, est plutôt séduisant, après deux mois de préparation efficace et discrète.

Premier résultat tangible : la parité. EN-FIN ! Après 35 ans d’attente, on y est. On annonce 27 commissaires, la présidente incluse, dont 13 femmes. Mais si c’est possible ! Et plusieurs femmes devraient avoir un vrai poids politique : la danoise Margrete Vestager, la française Sylvie Goulard (qui devrait s’occuper du Marché intérieur voire de l’industrie, poste clé), et aussi la finlandaise Urpilainen ou la tchèque Jourova.

Deuxième résultat : le renouvellement. Sur les 27 commissaires, seulement 8 appartenaient à l’équipe précédente.

Et puis Ursula von der Leyen s’oriente vers une direction collégiale, un partage du pouvoir. Deux voire trois vice-présidents avec un vrai champ de compétence.

Des nouveaux, des femmes, voilà l’air qui se renouvelle à Bruxelles. Il était temps.

Green Deal écologique et Intelligence artificielle

Ça c’est pour la forme. Mais plus important, sur le fond, la grande question c'est de savoir si cette nouvelle commission pourra imposer quoi que ce soit.

Ce poste de président de la commission a souvent été qualifié de « job impossible », condamné à être un super secrétaire, un simple arbitre des élégances entre des gouvernements nationaux qui gardaient la main.

Seulement voilà : Ursula von der Leyen n’a pas l’air de l’entendre de cette oreille. Elle semble désireuse de fixer elle-même, avec son équipe, un vrai agenda politique, et elle pourrait s’appuyer sur le Parlement pour passer outre les obsessions de chaque pays.

D’emblée, elle a empoigné à bras le corps, trois ou quatre priorités. La première, c’est l’agenda écologique, ce qu’elle appelle le « Green Deal ». Le dossier devrait être confié au néerlandais Frans Timmermans. A l’ordre du jour : la neutralité carbone en 2050, une taxe carbone aux frontières, une réduction des gaz à effet de serre peut-être de 50% dès 2030. L’impact serait majeur pour les transports et l’agriculture.

Deuxième priorité, c’est le numérique et l’intelligence artificielle. Le sujet sera sans doute piloté par Margrete Vestager, celle qui lors du mandat précédent s’est opposée aux géants Google et Amazon. Avec elle, c’est la garantie d’un peu d’éthique dans ce dossier.

Troisième priorité : l’état de droit et la nécessité de renouer les liens avec les membres turbulents de l’Est de l’Europe, Hongrie et Pologne en tête. La tchèque Jourova pourrait être chargée de l’affaire.

Au final, on a donc un programme de gouvernement, une ambition politique. Ce programme peut plaire ou non, mais il a le mérite d’exister. Ça nous change.

Des dossiers chauds en pagaille

Cela dit, vu les dossiers qui l’attendent, Ursula von der Leyen n’est pas quand même pas sortie de l’auberge !

Il y a l’embarras du choix. D’abord le Brexit : bonne chance pour gérer la probable demande britannique d’un nouveau report au-delà du 31 octobre. Céder sans contrepartie semble impossible. Ensuite, les tensions commerciales tous azimuts : l’accord controversé avec le Mercosur, les menaces américaines, le poids de la Chine. Il va falloir se montrer ferme, quitte à prendre des risques. Ajoutons la nécessité de boucler le budget européen pour les 7 années à venir et le besoin de mieux répartir le fardeau de l’immigration. Ça fait beaucoup. 

Mais l’obstacle plus important sera en fait le même que d’habitude : la tentation des Etats membres de mettre des bâtons dans les roues de l’Europe, pour préserver leurs intérêts locaux.Et ça viendra y compris de l’Allemagne, la patrie d’Ursula von der Leyen. On dit que la nouvelle présidente possède une main de fer dans un gant de velours. Elle va en avoir besoin pour avoir le courage de s’opposer, y compris à ceux-là même qui l’ont choisie.

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