Ce 11 décembre, ce sera l’acte fondateur de la nouvelle commission européenne : sa présidente Ursula von der Leyen va dévoiler un vaste plan environnemental. La devanture de ce plan est séduisante, mais en cuisines, c’est plus compliqué. Il y a même un risque d’illusion, de mirage. C’est le "monde à l'envers".

Manifestation de collégiens aux Pays Bas en septembre dernier "Fridays for future"
Manifestation de collégiens aux Pays Bas en septembre dernier "Fridays for future" © AFP / PAULO AMORIM / NurPhoto

Les petits plats dans les grands. Tout le Parlement européen sera réuni ce 11 décembre en session extraordinaire à Bruxelles. Pour écouter Ursula von der Leyen dévoiler son « Plan vert », son « New green deal ». Le tout à la veille d’un sommet des chefs d’Etat européens. Bref, il y a des guirlandes dans les vitrines, c’est Noël avant l’heure !

Ce plan est ambitieux et séduisant. Comme son nom l’indique, il s’inscrit en héritier du New Deal de Roosevelt dans les années 30 aux Etats-Unis qui avait su convertir la crise économique en opportunité de rebond général du pays. La problématique est assez comparable : une crise majeure (le climat), une occasion de relancer l’économie sur une base écologique. Le projet a même de quoi séduire de nombreux citoyens et les réconcilier avec l’Europe. Elle pourrait ne plus être vue comme un frein bureaucratique, mais plutôt comme un accélérateur d’idées. Ajoutons un paramètre savoureux : en plaçant cet enjeu en priorité numéro un, Ursula Von der Leyen a pris de court y compris les chefs d’Etat qui l’avaient choisie. 

Ce New Green Deal a quoi séduire aussi dans ses objectifs : la neutralité carbone en 2050, voire une baisse des émissions de gaz à effet de serre de 55% (et non plus de 40%) dès 2030. Il y aurait sans doute une taxe carbone aux frontières, et des investissements massifs, vraiment massifs, dans les nouveaux projets verts et renouvelables, les transports, l’agriculture, etc. Bref, y’a du lourd : le coach Von der Leyen semble avoir des idées et du punch. 

Sanctuariser un budget "vert"

Sauf que le discours du coach, ça ne suffit pas. Encore faut-il que les joueurs adhèrent individuellement à la stratégie de l’entraineur et qu’ils jouent collectif. Et là… ça se complique.D’abord, il va falloir financer tout ça. Au bas mot, 1000 milliards d’euros. Une fortune. 7 fois le budget annuel de l’Europe. En réalité, les 28 pays de l’Union en sont capables. Ils pourraient même, s’ils le voulaient, le décider dès jeudi, lors du sommet des chefs de l’Etat, en actant du budget 2021/2027. Et en sanctuarisant des lignes financières « vertes ». Mais vous verrez, ils ne le feront pas. Ça va trainer. Comme d’hab.

L’enjeu, c’est notamment un mécanisme de solidarité : aider les pays qui auront le plus de mal à effectuer rapidement la transition, parce qu’ils sont tributaires du charbon. Par exemple la Pologne ou la République Tchèque. Pallier les lacunes des joueurs les plus faibles, c’est pourtant ça le sport collectif.

Et puis aussi, faire des efforts individuellement. Sur ce plan, on peut compter sur les pays scandinaves, et aussi sur le Portugal ou sur l’Espagne. Mais d’autres sont en retard. Exemple, la France. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est la commission européenne, dans un rapport de cet été. Le développement des énergies renouvelables est trop lent et la France est mal partie pour respecter ses objectifs sur la réduction des gaz à effet de serre en 2030. Paris parle beaucoup, mais n’agit pas tant que ça. Et continue discrètement de subventionner des énergies fossiles via des niches fiscales.

Et là les consignes de l’entraineur Von der Leyen ont soudain disparu des radars.

Un casse-tête chinois sur le commerce

Accessoirement, les Européens ne sont pas les seuls à jouer à ce jeu-là et c’est l’autre problème et de taille. Après tout, l’Europe ce n’est qu’à peine 10% des émissions mondiales de CO2.

Le premier obstacle est technique : si on met une taxe carbone aux frontières, il va falloir définir comment l’appliquer. Et ça c’est pas facile. Il faudra bien un barème pour fixer le montant de la taxe. Autrement dit : des critères pour définir si un pays non européen est plus ou moins vertueux que nous sur l’environnement. Qui fixera ces critères et comment ?  Comment rendre ça compatible avec les règles du commerce international, donc sans courir le risque de représailles commerciales ? Ça ressemble à un casse-tête chinois. 

Le second obstacle est politique : à quoi bon jouer si les autres équipes principales ne veulent pas respecter les règles du jeu ? On pense évidemment aux Etats-Unis de Trump, qui vont jusqu’à nier l’existence de l’urgence climatique. On peut aussi penser à la Chine et à l’Inde où, malgré des investissements massifs dans les renouvelables, la pollution liée au charbon reste gigantesque.

Mais bon le coach Ursula von der Leyen a quand même raison d’essayer. L’Europe à 28 possède la taille critique suffisante pour espérer créer un effet d’entrainement. Le risque de l’effet pschitt existe, c’est vrai. Mais ça vaut le coup de tenter. Sait-on jamais.

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.