Dans 4 semaines pile, on connaitra le résultat des élections de mi-mandat aux Etats-Unis. La campagne a été marquée par la controverse sur la nomination du juge Kavanaugh à la Cour Suprême. Vu d’ici, ça parait un handicap pour Trump. En fait c’est l’inverse: un atout électoral. C'est "le monde à l'envers".

Donald Trump lors de son meeting mardi soir dans l'Iowa
Donald Trump lors de son meeting mardi soir dans l'Iowa © AFP / Mandel NGAN / AFP

Hier soir, Donald Trump était en meeting dans la petite ville de Council Bluffs, 60.000 habitants, dans l’Iowa, l’un de ces Etats-clés au cœur des Etats-Unis. Vous savez comment il a débuté son discours ?

Comme ça : « C’est une semaine historique pour l’Amérique ! Vous savez de quoi je parle ? La nomination à la Cour Suprême ! » Vivats de la foule.

Trump a donc choisi son thème de campagne : ce ne sera pas l’économie, alors qu’il pourrait se prévaloir d’indicateurs au beau fixe, notamment le chômage au plus bas. Non, il préfère l’affaire Brett Kavanaugh, et les accusations d’agression sexuelle dont le nouveau juge à la Cour Suprême a fait l’objet. Et Trump attaque : « Ce que les démocrates ont fait à Brett et à sa famille est une honte nationale, une vraie campagne de destruction personnelle ».

Déjà, avant-hier soir, le président américain avait choisi de mettre en scène la prestation de serment du juge, avec une cérémonie à la Maison Blanche. Une cérémonie inutile légalement: Kavanaugh avait déjà formellement prêté serment samedi.

Et là encore, Donald Trump en avait déjà mis une couche, en présentant au juge, « les excuses de la Nation pour la souffrance endurée ».

Il y a donc bien une tactique délibérée : faire de cette nomination un atout. Il y voit un moteur électoral plus fort que la satisfaction liée aux résultats économiques.

Le socle électoral des hommes blancs et des chrétiens évangéliques

Et ça peut marcher ! D’abord parce que le socle électoral de Trump est d’accord avec lui, que ça nous plaise ou non. C’est tout bête. Le président américain joue sur du velours auprès de deux composantes majeures de son électorat.

La première, ce sont les hommes blancs, a fortiori dans l’Amérique des petites villes comme Council Bluffs. Plusieurs enquêtes montrent qu’ils se sentent déstabilisés voire menacés par le mouvement #metoo. Alors Trump en fait des tonnes, je cite, toujours hier soir dans l’Iowa : autant « les femmes se débrouillent bien », autant « c’est une époque terrifiante pour les jeunes hommes en Amérique ». Rien ne l’arrête !

Deuxième composante, deuxième cible : les évangéliques. 80 millions d’Américains, qui à 80% votent pour Trump.

En obtenant la nomination du juge Kavanaugh à la Cour Suprême, Trump tient parole et satisfait cet électorat : Kavanaugh est critique vis-à-vis de l’avortement et accessoirement favorable à la détention des armes. Pour les Evangéliques, la bascule conservatrice de la Cour Suprême est la meilleure nouvelle qui soit. Les accusations contre Kavanaugh ou le fait que Trump lui-même soit un coureur de jupons, c’est secondaire.

Le calcul électoral est donc évident: en politisant l’affaire de la Cour Suprême, Trump veut mobiliser cet électorat qui a plutôt tendance traditionnellement à bouder les urnes aux élections de mi-mandat. 

La diabolisation de l'opposition démocrate

Il fait aussi le choix de diaboliser l’adversaire. Et ça aussi, c’est du Trump tout craché !

Aujourd’hui, la peur voire la détestation de l’opposant politique est en train de devenir la première motivation de vote pour les électeurs aux Etats-Unis. Et quand on dit diaboliser, c’est le mot. Hier soir, toujours à Council Bluffs, Trump a prononcé le mot « Diable » pour parler de l’opposition démocrate !

Il désigne l’ennemi : les excès présumés du mouvement #metoo, assimilé à un groupuscule du showbiz californien ; et les excès présumés des Démocrates dans leurs attaques contre le juge Kavanaugh. Et là encore, il y va au lance-flammes : « les Démocrates sont devenus fous, ils sont trop extrêmes pour gouverner ! ». 

Et bien entendu, il les accuse de complot, de diffusion de « fake news », avec la complicité des médias ! (on connait la ritournelle)

C’est la méthode Trump : manichéen, mais efficace. Désigner des ennemis pour mobiliser.

Il ne cherche pas à réconcilier les Américains entre eux, il n’en a rien à faire. Il cherche juste à gagner les élections en attisant la haine de l’adversaire. Evidemment ça mobilise aussi en retour le camp d’en face, mais la différence c’est que ce camp là était déjà dans les starting blocks, avant même l’affaire Kavanaugh.

Donc oui, dans les Etats-clés, l’Iowa justement, mais aussi le Michigan, le Wisconsin, la Pennsylvanie, le calcul de Trump peut marcher. 

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