Les élections en Suède hier débouchent sur une forme d’impasse politique et la poussée de l’extrême droite fait beaucoup parler.Tellement parler que l'on peut inverser la perspective et dire : n’exagérons pas non plus, l’extrême droite n’a pas gagné en Suède… C'est "le monde à l'envers".

Jimmie Akesson, le leader de l'extrême droite suédoise lors de la soirée électorale
Jimmie Akesson, le leader de l'extrême droite suédoise lors de la soirée électorale © AFP / Anders WIKLUND / TT NEWS AGENCY / AFP

Un peu plus de 17% des voix.

Voilà donc le score obtenu hier par les curieusement nommés « Démocrates de Suède ». Derrière ce vocable et leur logo relooké en petite fleur bleue, se cache, rappelons-le, un parti directement issu de la mouvance néo-nazie.

Alors entendons-nous bien, je ne cherche pas à sous-estimer le phénomène.

La progression de ce mouvement est réelle, il est passé de 13 à 17% en 4 ans. C’est beaucoup dans un pays réputé pour son sens de la modération. Et l’extrême droite pourrait donc se retrouver avec un rôle de pivot au sein du Parlement suédois, entre les deux blocs, l’un de centre gauche, l’autre de centre droit, qui pèsent tous deux environ 40%. 

Il ne s’agit pas davantage de pratiquer le déni sur l’importance du sujet « migrants et réfugiés » : il était au cœur de la campagne de ces pseudo « Démocrates ».

Et le fait est, là aussi, que la Suède a fait face à un flux migratoire considérable : 400.000 migrants accueillis en 5 ans. Pas évident dans un pays de 10 millions d’habitants. 

Enfin, il ne s’agit pas non plus de sous-estimer les risques engendrés par cette poussée d’extrême droite. Dans un continent, l’Europe, laissé en ruines par la terreur fasciste.

De ce point de vue, les progressions de l’extrême droite en Autriche et en Allemagne ont une portée particulièrement préoccupante. 

Tout cela est vrai. Mais ce n’est qu’une partie de la réalité.

Loin derrière le centre gauche 

En fait l’extrême droite est forte, mais pas aussi forte que le « bruit médiatique » le laisse penser…

Reprenons la Suède. Question numéro 1, basique : qui a gagné les élections ?

Réponse : les sociaux- démocrates de centre gauche avec 28% des voix, plus de 40% avec leurs alliés. Très très loin devant l’extrême droite.

Là aussi, c’est un fait.

Allons plus loin : l’extrême droite suédoise progresse moins entre 2014 et 2018 qu’elle n’avait progressé la fois d’avant, entre 2010 et 2014 (elle était passée de 5 à 13% des voix).

Avec un peu plus de 17% des suffrages, elle échoue, et de beaucoup, dans sa tentative de devenir le premier parti du pays. Et elle reste très loin de son objectif de 25%.

On peut le formuler autrement : 82% des Suédois ne veulent pas de l’extrême droite. 

Regardons ailleurs en Europe. Prenons l’autre situation qui a fait beaucoup parler ces derniers mois, l’Italie.

La Ligue de Matteo Salvini a progressé au printemps, mais elle n’a obtenu, elle aussi que 17% des voix. Allez, 22% si on y ajoute les scores de deux petits partis extrémistes.

Nettement moins que le Mouvement 5 étoiles. En faisant un raccourci, on pourrait dire que 17% d’italiens fixent l’agenda politique de toute l’Europe, vu le poids de Salvini dans le débat sur les migrants. 

Aux Pays-Bas, l’extrême droite fait du yoyo électoral. En Finlande et en Grèce elle a reculé ; au Royaume-Uni, en Irlande, en Espagne, au Portugal, elle est inexistante. 

En fait, il n’y a pas UNE mais DES extrême droites en Europe. Et surtout la progression n’est pas homogène du tout selon les pays. 

Le poids médiatique de l'extrême droite

Ce sont pourtant bien les thématiques imposées par l’extrême droite qui dominent l’agenda politique:  des formations qui pèsent, au plus, 20% des voix, imposent leurs sujets de débat (en particulier l’immigration) aux 80% restants de la population.

Pourquoi ? On peut esquisser deux pistes d’explication.

La première c’est la responsabilité politique, avec une forme de démission des partis traditionnels.

On le voit bien avec la Suède : le parti de centre gauche au pouvoir n’a réussi à  inverser la tendance de la campagne et à sauver sa 1ère place qu’en remettant sur la table d’autres sujets : la protection sociale, les retraites, l’écologie, etc. 

Les partis de gouvernement, de droite ou de gauche, donnent trop l’impression d’être en panne d’idées face à la mondialisation. Et du coup, l’extrême droite donne le tempo.

Deuxième piste, c’est la presse.

Vous avez utilisé tout à l’heure la formule « bruit médiatique ». Et il y a de fait, une forte présence du sujet « extrême droite » dans les médias. Du coup, le poids symbolique de ces partis est supérieur à leur poids réel.

Et on sentirait presque une forme de déception dans une partie de la presse quand, comme aujourd’hui en Suède, l’extrême droite fait « moins que prévu ». 

Comme si tout d’un coup, le sujet était « moins sexy, moins vendeur »

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