Le plus grand populiste au monde n’est pas celui que l’on croit. Tout le monde pense à Trump. Mais il faut plutôt regarder en Inde, où viennent de débuter des élections générales qui vont durer 6 semaines ! C’est le « Monde à l’envers ».

Le premier ministre indien en meeting électoral à Bhagalpur pour le premier jour du scrutin
Le premier ministre indien en meeting électoral à Bhagalpur pour le premier jour du scrutin © AFP / Sachin KUMAR / AFP

Trump c’est plus petit que Namo ! Namo, voilà le diminutif de Narendra Modi, le premier ministre indien, qui brigue donc un nouveau mandat.

C’est lui le plus grand populiste au monde. Il coche toutes les cases, c’est, passez-moi l’expression, du « populisme chimiquement pur ».

D’abord, il se revendique évidemment du peuple. Fils d’un vendeur de thé du Gujarat, il met en avant ses origines modestes pour dire à la foule « je suis votre porte-parole ».

Ensuite, sous son apparence paternaliste, il a mis en place un vrai culte de la personnalité : affiches à son effigie un peu partout dans le pays, animation d’une émission de radio, omniprésence sur les réseaux sociaux. 

Continuons : ses partisans utilisent les fake news à gogo, par exemple en affirmant que dans les meetings de l’opposition on brandit des drapeaux du Pakistan, le grand voisin et grand rival. C’est évidemment faux.

Enfin et surtout, depuis cinq ans, Modi ne cesse d’instrumentaliser le fait religieux à des fins politiques.

Il exacerbe le nationalisme en défendant la suprématie de l’hindouisme, la principale religion du pays.

La minorité musulmane (180 millions de personnes quand même) est stigmatisée, il y a même eu des lynchages.

Les noms de ville sont « hindouisés », et le culte de la vache sacrée, vénérée dans l’hindouisme, est devenu la règle.

Namo, c’est donc l’incarnation la plus flagrante au monde du « national populisme ».

La 6ème économie mondiale

On peut évidemment objecter que ça a moins de poids, moins d’importance que Trump mais plus ça va, plus ça se discute. L’Inde continue d’apparaître à beaucoup comme un « pays continent » lointain et mystérieux. On n’y fait pas très attention. A tort.

Pourquoi je dis que c’est le premier populisme au monde ?

C’est le premier historiquement : Modi est arrivé au pouvoir il y a 5 ans. Trump, Salvini, Bolsonaro, c’est venu après.

C’est aussi le premier en termes de poids démographique : l’Inde est de très loin la plus grande démocratie au monde (900 millions d’électeurs, 10.000 candidats, 50 partis, 1 million de bureaux de vote).

Et d’ici 5 ans, l’Inde devrait même être le pays le plus peuplé de la planète devant la Chine, qui n’est pas une démocratie.

C’est déjà la 6ème économie mondiale, devant la France. C’est le grand marché commercial de demain.

C’est en grande partie là-bas que se joue l’avenir du climat, vu l’énormité du problème de pollution dans les grandes villes indiennes. Et pour couronner le tout, l’Inde est depuis plusieurs années au bord de la guerre avec son voisin, le Pakistan. C’est la zone la plus militarisée au monde.

Donc voir l’Inde dirigée par une incarnation du national-populisme, n’a rien d’anecdotique.

La renaissance de la dynastie Gandhi

Donc le résultat de ce vote géant va aussi nous dire si le populisme a toujours le vent dans le dos ou bien marque un coup d’arrêt et il est possible qu’il marque un coup d’arrêt en Inde. Pour deux raisons.

D’abord, le bilan économique de Narendra Modi est très mitigé. La croissance est à peu près au rendez-vous. Mais les créations d’emplois sont très insuffisantes pour absorber le million de jeunes Indiens, j’ai bien dit le million, qui arrive sur le marché du travail chaque MOIS.

Le gouvernement est soupçonné de dissimuler les vrais chiffres du chômage, le manque en personnel qualifié est flagrant, et l’agriculture est en crise. Les suicides d’agriculteurs sont monnaie courante. Un Indien sur deux vit sous le seuil de pauvreté.

Ensuite, l’opposition renait de ses cendres. Depuis un an, le grand parti historique de l’Inde, le Parti du Congrès, laïc et de centre gauche, remonte la pente. Grâce, une nouvelle fois, à la dynastie de la famille Nehru-Gandhi.

Les petits enfants d’Indira Gandhi, Rahul, 48 ans, et sa sœur Priyanka, 47 ans, défient Narendra Modi. Ils incarnent une Inde plus ouverte, plus soucieuse des droits des femmes, et des droits des minorités.

Mais ils sont aussi associés à l’image de leur famille, une élite née avec une cuillère d’argent dans la bouche.

Quel sera le choix des Indiens ?  Quel sera le moteur le plus fort ? Le nationalisme et le rejet des élites présumées ? Ou la déception économique et le besoin de tolérance sociale ?

Il va falloir patienter plus de 6 semaines : c’est le 23 mai seulement que l’on connaîtra le sort du plus grand populisme au monde.

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