Difficile de prédire comment va évoluer le mouvement des gilets jaunes après les annonces d’Emmanuel Macron hier soir lundi 10 décembre. Mais dans cette crise, si on la regarde en creux, il y a un grand absent : c’est l’Europe. C’est le « Monde à l’envers ».

 Des gilets jaunes de Montabon près du Mans en train d'écouter l'intervention radio télévisée d'Emmanuel Macron
Des gilets jaunes de Montabon près du Mans en train d'écouter l'intervention radio télévisée d'Emmanuel Macron © AFP / JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP

D’abord un constat simple : quelle séquence, quelle succession d’événements politiques en quelques jours dans les trois principaux pays européens ! Et ces événements, en France, en Allemagne, au Royaume-Uni, disent la même chose : l’Europe est en panne de leaders.

Commençons par la France, tout simplement parce qu’Emmanuel Macron revendique un rôle de moteur au sein de l’Union. 

Le président français voulait incarner la modernité et le progressisme en Europe.

En un mois de mobilisation des gilets jaunes, le voilà maintenant associé à l’injustice sociale, contraint de reculer sur ses réformes et bien en peine d’arrêter la spirale de violence.

C’est peu de dire que le crédit du président français a diminué à Bruxelles : il avait déjà du mal, avant, à convaincre ses partenaires de réformer l’Europe, ça va devenir mission impossible.

En Allemagne, ce n’est guère mieux. Angela Merkel, vendredi dernier, a donc passé la main. Elle ne dirige plus son propre parti. Certes elle a malgré tout réussi à faire élire sa dauphine désignée, Annegret Kramp Karrenbauer. 

Mais la chancelière aura du mal à aller au bout de son mandat. Et en Europe, son panache blanc est bien délavé.

Quant au Royaume-Uni, je ne vous fais pas un dessin. Theresa May est engluée dans le Brexit, sans solution, sans majorité. Rarement premier ministre britannique a été autant affaibli.

Les seuls leaders bien portants en Europe sont des détracteurs de l’Union et de ses valeurs fondatrices : Matteo Salvini en Italie, Viktor Orban en Hongrie. 

On se résume : à 5 mois des élections, l’Europe ressemble à un canard sans tête !

L'absence de leaders européens 

C’est comme un retour 50 ans en arrière. Retour à cette phrase prêtée en 1970 à Henry Kissinger, alors conseiller à la sécurité à la Maison Blanche à Washington : L’Europe, quel est le numéro de téléphone ?

Aujourd’hui, il n’y a pas de leaders strictement européens. 

Il n’y a que des leaders nationaux, dans chacun des pays européens, qui essaient, pour certains, de prétendre à un leadership européen.

D’ailleurs, pour un dirigeant, la condition sine qua non pour avoir de la légitimité à Bruxelles, c’est d’être fort chez soi, dans son pays, et de pouvoir envoyer au Parlement européen une cohorte de députés de son parti.

C’est pour ça qu’Emmanuel Macron est affaibli : sa légitimité en France a chuté, et on voit mal La République en Marche faire un carton aux Européennes.

A l’inverse, il n’y a pas de leaders européens en tant que tels, dont la légitimité ne serait pas nationale, mais européenne.

Le dernier en date, c’est sans doute Jacques Delors lorsqu’il était président de la commission. C’était il y a 25 ans. 

Et depuis, rideau : les dirigeants nationaux ont refusé de mettre des leaders d’envergure à Bruxelles. 

Par-dessus le marché, le refus de constituer des listes transnationales pour les Européennes n’arrange rien. Ce serait pourtant du bon sens pour un scrutin européen. 

Résultat des courses : L’Europe est en panne de dirigeants. Et cause ou conséquence de cette situation, elle est aussi en panne de politique.

L'inexistence de l'Europe sociale

C'est là où on en revient aux gilets jaunes !

Fait révélateur : on en est aujourd’hui à s’interroger pour savoir si Bruxelles va accepter que la France creuse son déficit pour financer les mesures sociales annoncées hier soir par Emmanuel Macron.

Ça pourrait en effet nous conduire à un déficit de 3,5% l’an prochain, très au-dessus de la barre dogmatique des 3% fixée par Bruxelles.

Autrement dit, l’Europe pourrait être un obstacle à des mesures de justice sociale. Tout cela nous rappelle que l’Union n’est qu’une union économique et financière, sans même un budget commun. 

On peut s’en féliciter ou le déplorer mais c’est comme ça. 

Et le social dans tout ça ? Réponse : pas bezef, pas grand-chose.

L’Europe sociale, ça se cantonne, en gros, à la limitation du temps de travail (48h par semaine maximum) et à des directives sur l’égalité hommes femmes.

Pour le reste, c’est comme pour la fiscalité, les Etats nationaux ont voulu garder la main. Pour faire court, il n’y a pas d’Europe sociale.

D’ailleurs les gilets jaunes ne s’y trompent pas : l’Europe est absente de leurs revendications, ils n’en attendent… rien !

L'équipe
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.