L’Iran célèbre aujourd’hui les 40 ans de la Révolution islamique, l’occasion d’un grand rassemblement de soutien au régime à Téhéran. Mais il ne faut pas s’y fier. Aujourd’hui l’Iran est plus faible que fort et n'a pas les moyens de ses ambitions. C’est le « Monde à l’envers ».

Le président iranien Rohani face à la foule à Téhéran lors des cérémonies du 40ème anniversaire de la Révolution islamique
Le président iranien Rohani face à la foule à Téhéran lors des cérémonies du 40ème anniversaire de la Révolution islamique © AFP / HO / Iranian Presidency / AFP

Bien sûr, le pouvoir iranien a fait ce qu’il fallait ce lundi 11 février, pour que la grande place Azadi au cœur de Téhéran affiche complet: la foule bien entendu, avec les harangues habituelles dans les haut-parleurs, les bruits d’hélicoptères, et les discours des dirigeants pour dénoncer « l’ennemi américain ».

Et c’est vrai, le pouvoir iranien, 40 ans après, tient donc toujours le coup. Il a résisté aux contestations, aux sanctions, aux guerres. Et son appareil sécuritaire est solide.

Ajoutons que l’Iran a multiplié ces deux dernières semaines les démonstrations de force sur son programme balistique, en dévoilant deux nouveaux missiles : le premier, baptisé Hoveizeh, avec une portée de 1350 kms ; le second, Dezfoul, avec une portée de 1000 kms. Et ce programme inquiète, non sans raison, en Israël, parmi les voisins arabes de l’Iran, et aussi dans les rangs occidentaux.

Complétons le tableau avec l’influence régionale de Téhéran : en Irak, en Syrie, au Yémen, et bien sûr au Liban avec son allié le Hezbollah.

Tout cela pourrait laisser penser que l’Iran est fort.

Mais si tel était vraiment le cas, Téhéran ne se serait pas privé de hausser le ton sur le dossier du nucléaire, après la décision de Donald Trump de claquer la porte de l’accord international. L’Iran est resté dans l’accord et continue de l’appliquer.

C’est peut-être un signe de sagesse. C’est surtout la preuve que Téhéran n’a pas les moyens de faire autrement.

Un échec économique et social

Le pouvoir est dans une impasse: solide oui, parce que très organisé et répressif.

Mais la puissance iranienne est somme toute limitée, d’abord en raison de la situation intérieure.  

L’économie d’abord : en un mot, c’est la cata !

Et les sanctions américaines ne font qu’empirer la situation des Iraniens. Pas celle du pouvoir, les Gardiens de la Révolution en particulier tirent plutôt profit du marché noir qui découle de ces sanctions.

Mais la population, elle, paye le prix fort. Le chômage est officiellement situé à 12% ; en réalité, il est sans doute beaucoup plus élevé, près de 30% pour les jeunes. 

L’économie est entrée en récession : le FMI prévoit une baisse de près de 4% cette année, la pauvreté rattrape la classe moyenne.

Le tout alors même que le pays possède les 4ème réserves mondiales de pétrole. Et malgré cela, faute de raffineries, Téhéran est obligé d’importer de l’essence, c’est dire !

Effet en chaine, la société doute. Il n’est pas une semaine sans une manifestation ou un conflit social : un jour les dockers, un autre les étudiants, un troisième jour les métallurgistes, etc.

Le gouvernement est impopulaire et il n’est jamais parvenu à imposer la religion comme un repère incontournable. 

Voilà plus de 20 ans que les jeunes Iraniens préfèrent le rock aux prêches des mollahs. 

Bref, la révolution islamique a échoué à imposer son modèle social. Là encore, le régime iranien reste faible.

Un allié objectif nommé Washington 

Quant à l'expansion régionale de l'influence iranienne, elle est très relative. 

Sur le papier, l’armée est forte : 500.000 hommes en comptant les gardiens de la Révolution.

Mais le matériel militaire est vieillissant, l’aviation hors d’âge, seul le programme balistique semble moderne.

Et le budget de la Défense est très inférieur à celui du grand rival régional, l’Arabie Saoudite.

Quant à l’influence dans la région, elle n’est pas si forte. 

Les chiites irakiens ne sont pas nécessairement sur la même ligne que leurs voisins iraniens.

Et les soutiens de la Chine et de la Russie au régime de Téhéran sont à pas comptés : Pékin y voit surtout un intérêt commercial et Moscou une alliance tactique qui peut changer du jour au lendemain.

En réalité, Téhéran a peu de véritables alliés et n’a pas vraiment les moyens de ses ambitions.

Vous savez quoi ? Le principal allié objectif du régime iranien, c’est Washington !

Ça peut prêter à sourire de dire ça vu que les deux pouvoirs se détestent depuis 40 ans et que Trump a remis cette rivalité sur le devant de la scène.

Mais dans les faits, les Etats-Unis ne peuvent pas rendre meilleur service au régime iranien que de le caricaturer et de le sanctionner.

Ça aide Téhéran à faire crier à la foule « A mort l’Amérique », l’ennemi commun c’est le meilleur ciment social possible pour le régime.

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