Donald Trump ne quitte plus la Une. Demain à Singapour il va donc rencontrer le Nord Coréen Kim Jong Un. 2 jours après avoir mis le bazar au sein du camp occidental au G7. La France qualifie le président américain d’incohérent. Pourtant on peut parfaitement soutenir que Trump est cohérent. C'est le « Monde à l'envers".

Donald Trump à son départ du G7 au Canada direction Singapour pour le sommet avec Kim Jong Un
Donald Trump à son départ du G7 au Canada direction Singapour pour le sommet avec Kim Jong Un © AFP / SAUL LOEB / AFP

Faut bien reconnaitre qu’il prête à la caricature, avec ses coups de sang et ses tweets vengeurs. 

Mais du coup, tout le monde a tendance à penser que le président américain fait n’importe quoi. 

Et là franchement, ça se discute.

En réalité, il y a plusieurs tendances lourdes qui dégagent, oui, osons le dire, une forme de cohérence dans la diplomatie de Donald Trump.

Premier axe : l’Asie passe avant l’Europe. Ça ne nous plait pas mais c’est comme ça.

Le président américain accorde plus d’attention à l’Asie pour deux raisons.

D’abord pour des questions de sécurité, et c’est évidemment l’un des enjeux du sommet de Singapour avec Kim Jong Un : les missiles balistiques intercontinentaux nord-coréens pourraient atteindre le sol américain, il faut donc supprimer cette menace.

Ensuite pour des raisons économiques : la Chine est, aux yeux de Donald Trump, le seul concurrent digne de ce nom et qui mérite le respect. Il faut donc rechercher un accord bilatéral avec elle sur le plan commercial, tout en lui reconnaissant un poids géopolitique.

L’Europe, à l’opposé, est une source d’ennuis.

Trump l’a d’ailleurs écrit à nouveau ce matin dans sa « farandole » de tweets : de son point de vue, l’Europe constitue un fardeau en termes de sécurité. 

L’OTAN coûte trop cher et les Etats-Unis y contribuent beaucoup trop financièrement.

Par-dessus le marché, l’Europe est un nain géopolitique et l’Allemagne possède une balance commerciale vraiment trop excédentaire.

Les électeurs américains avant tout

Cela nous conduit à la fameuse guerre commerciale déclenchée par Trump ; et là aussi c’est cohérent !

Ça ne l’est peut-être pas du strict point de vue du commerce, parce que les taxations de produits importés vont finir par se retourner contre les Etats-Unis.

Mais ça l’est d’un autre point de vue, et c’est la 2ème cohérence : l’électeur américain passe avant la géopolitique mondiale. Tout, dans les décisions internationales de Donald Trump, peut être ramené à la volonté de satisfaire ses électeurs.

Et donc de remporter le scrutin de mi-mandat prévu en novembre prochain.

Washington taxe les importations d’acier, il s’agit de plaire aux électeurs de la sidérurgie.

Washington négocie un deal sur l’opérateur téléphonique chinois ZDE, c’est pour mieux obtenir en retour des exportations de soja américain, donc satisfaire les agriculteurs.

Toutes ces décisions protectionnistes accélèrent le désengagement international des Etats-Unis, mais surtout elles visent à plaire à l’électeur américain. Point barre.

Et le raisonnement vaut aussi dans d’autres registres.

Par exemple, on l’a déjà évoqué ici : le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem, réjouit les électeurs évangéliques qui voient dans cette décision la première étape vers le retour du Messie.

Et les évangéliques votent à 80% pour, devinez qui, Donald Trump !

Les faucons et le joueur de poker

Et ça c’est aussi la traduction de la diplomatie « ligne dure » au Proche Orient, celle des « faucons », comme on les surnomme aux Etats-Unis. Et c’est le troisième axe de cohérence.

Au fil des mois, ça ne vous a pas échappé, Donald Trump a changé au moins la moitié de ses conseillers. Et le résultat des courses, c’est quoi ? C’est une équipe tout compte fait homogène sur la politique étrangère.

Avec 4 personnes qui sont toutes sur la ligne dure : sanctions contre les pays « ennemis », et politique de changements de régime. 

Deux hommes : John Bolton, conseiller à la sécurité intérieure, et le secrétaire d’Etat, patron de la diplomatie, Mike Pompeo.

Deux femmes : Gina Haspel, chef de la CIA et Nikki Halley, ambassadrice à l’ONU.

Même profil : tous des faucons. Décidés en particulier à faire sauter le régime des mollahs iraniens.

On cogne d’abord, on réfléchit après !

On se résume. Trois axes de cohérence : l’Asie plutôt que l’Europe, la politique intérieure plutôt que la grande diplomatie, les faucons plutôt que les colombes.

Vous mélangez tout ça, et vous ajoutez la pincée de sel : Trump est un joueur de poker.

Donc il aime laisser l’adversaire dans l’incertitude, faire des paris. 

Les coups tactiques ponctuels plutôt que la stratégie au long terme.

Tout ce mélange déplait souverainement aux Européens, parce que c’est aux antipodes de leur logiciel. Il faut juste que les Européens aient le courage d’en tirer les conséquences.

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