De nouveaux massacres ont donc été perpétrés dans le centre du Mali il y a moins de 48h. La situation ne cesse de se détériorer dans toute cette zone du Sahel. Et s'il était temps de briser un tabou : négocier avec les Jihadistes. C’est le « Monde à l’envers ».

Dans le village dogon ravagé par les djihadistes
Dans le village dogon ravagé par les djihadistes © AFP / STRINGER / AFP

Discuter avec des terroristes. C’est choquant, évidemment. Et pourtant dans cette région, la question se pose. 

Parce que nous sommes dans une impasse. Pire, dans une descente progressive vers les abimes.

Un mois après la mort de deux soldats français au Burkina Faso (vous avez peut-être entendu les reportages de Claude Guibal sur France Inter), la violence ne cesse de s’accroitre dans toute la zone.

Au centre du Mali, c’est le village de Sobame Ba qui a été ravagé avant-hier soir. Les bilans sont divergents : 35 morts selon les uns, 95 selon les autres. Mais en tout état de cause, la population dogon semble bien avoir été attaquée par des groupes peuls liés aux jihadistes. Leur signature est là : armes automatiques, pick ups, et cris de ralliement « Allah Akbar ». En 18 mois, les affrontements entre communautés, attisés par les terroristes liés à Al Qaida, ont fait 600 morts parmi les civils au Mali.

Juste à côté au Burkina Faso, nouvelle attaque également avant-hier : 19 morts. 400 victimes en 4 ans selon un décompte de l’Agence France Presse.

Et plus au Sud, le Bénin, le Togo, le Ghana, la Côte d’Ivoire pourraient être les prochaines cibles : la menace jihadiste s’étend dans cette région immense et incontrôlable.

La présence des 4000 soldats français des opérations Barkhane et Sabre et de 10.000 soldats de l’ONU ne suffira jamais à enrayer cette spirale. Donc la négociation est peut-être l’option la plus réaliste.

Un contact pour désamorcer l'engrenage 

C’est bien sûr un tabou. Mais il a déjà été brisé. D’abord par la Conférence d’entente nationale au Mali, il y a 2 ans : plusieurs personnalités de la société civile malienne avaient préconisé cette option. Ensuite, il y a 15 jours par l’un des plus grands think tank mondiaux, l’International Crisis Group.

Que dit-il ? Que ça vaut le coup d’essayer de discuter avec la Katiba Macina d’Hamadou Koufa, principal groupe jihadiste dans le centre du Mali et le Nord du Burkina.

Parce que ce groupe en particulier, n’est pas essentiellement religieux. Il prospère sur la manipulation des conflits ethniques ancestraux entre éleveurs et agriculteurs et sur l’incompétence des Etats centraux, incapables de fournir l’accès à l’eau, l’éducation, la santé.

Il faudrait, précise le think tank, poser des conditions : notamment que cette Katiba renonce à son allégeance au terrorisme international. Mais le contact est possible via des dignitaires religieux maliens. Cela devrait se faire discrètement, et avec une politique de petits pas, en essayant d’abord de régler des situations économiques locales. 

Mais ça permettrait de désamorcer progressivement l’engrenage des représailles.

Après tout, c’est bien ce que les Américains sont en train de faire depuis plusieurs mois avec les Talibans en Afghanistan, après 17 ans de guerre.

Le refus des Etats maliens et français

Évidemment ça reste choquant et assez inacceptable ! Et c’est pour ça que ça ne marchera sans doute pas.

Le gouvernement central malien a déjà refusé ce type de démarche. Parce que ce serait admettre son incapacité à trouver une solution politique. Voire admettre qu’il pratique des formes de discrimination à l’égard de certaines communautés depuis longtemps.

La France refuse tout autant. D’abord parce que ces groupes jihadistes ont sur les mains le sang de plusieurs de nos soldats. Ensuite parce qu’ils défendent une forme de théocratie religieuse incompatible avec nos principes de laïcité. Et enfin parce que Paris voit le conflit au Sahel avec un regard exclusivement militaire. 

Tout ça se comprend. Mais il est à craindre que ça ne mène nulle part. C’est ce que les militaires appellent « continuer à tondre la pelouse ». Ça veut dire que régulièrement vous menez une opération antiterroriste, vous tuez quelques mauvaises herbes, ça entretient l’illusion, mais l’herbe repousse et c’est reparti pour un tour. C’est sans fin.

Conséquences : extension de la zone de conflit vers le Sud et le golfe de Guinée, engrenage des affrontements intercommunautaires, et régulièrement des morts Occidentaux.

Donc c’est vrai, négocier avec des jihadistes, c’est choquant. Mais c’est peut-être la moins mauvaise des solutions.

Et puis dans une guerre sans issue, on ne peut jamais négocier qu’avec ses ennemis. C’est le principe, dans l’Histoire, de toute forme d’armistice.

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