Hier soir, Donald Trump s’est donc débarrassé de son conseiller à la sécurité intérieure John Bolton. Une fois de plus, ça renforce l’impression de cacophonie à la Maison Blanche. Mais peu importe la cacophonie, il a eu raison de le virer. C’est le « Monde à l’envers ».

Les relations entre Donald Trump et John Bolton (ici en mai 2019) s'étaient progressivement dégradées
Les relations entre Donald Trump et John Bolton (ici en mai 2019) s'étaient progressivement dégradées © AFP / Brendan Smialowski / AFP

Que ça soit un peu le bazar autour de Trump, c’est sûr. Et que ça soit un peu inquiétant, c’est sûr aussi.

En deux ans et demi, John Bolton est donc le 3ème conseiller à la sécurité intérieure à faire les frais des humeurs du Président. Un 4ème devrait être nommé la semaine prochaine. Et selon une étude du think tank américain Brookings, 77% des conseillers de la Maison Blanche ont été changés en 2 ans et demi. Dont de nombreux poids lourds : James Mattis, Rex Tillerson, James Comey pour n’en citer que quelques-uns. C’est énorme et sans précédent.

De nombreux diplomates européens s’en plaignent et soulignent combien la confusion règne dans la prise de décision à Washington. Selon un diplomate français, je cite, « l’équipe autour de Trump est aujourd’hui faible et inexpérimentée ».

Tout cela est exact, mais ça n’empêche qu’il y a une vraie cohérence dans la décision de mettre John Bolton à la porte. C’est tout simple et l’ancien ambassadeur de France à Washington Gérard Araud nous le disait il y a quelques mois : Bolton n’est pas d’accord avec Trump et il est obligé de dire le contraire de ce qu’il pense. Le fait est là : Bolton n’était pas en phase avec Trump, ni sur la Corée, ni sur l’Iran, ni sur la Russie, etc.

En plus, au bout de deux ans, Donald Trump s’est tout simplement affirmé sur ces sujets de politique étrangère : il veut décider lui-même. Résultat : qui le contredit prend la porte. Logique.

Un va-t'en guerre s'en va

Au-delà de la cohérence de forme, sur le fond des dossiers, ce qui caractérise Bolton, c’est d’être un « faucon », un héritier de l'école néo-conservatrice américaine. Cette école qui avec les Rumsfeld et les Cheney, a poussé George Bush Jr à l’intervention militaire en Irak il y a plus de 15 ans, avec les effets en chaine que l’on sait : la cata.

Pour le dire autrement, Bolton, c’est un partisan de la grandeur militaire américaine, convaincu du rôle messianique des Etats-Unis, un va-t’en guerre. Avec lui, Washington bombarderait l’Iran, peut-être même la Russie et interviendrait au Venezuela. Selon une indiscrétion du New York Times, Trump lui-même l’a d’ailleurs admis : « Si John décidait de tout, nous serions engagés dans 4 guerres ».

A l’inverse, le président américain cherche à retirer les troupes. De partout si possible. Ramener les gars à la maison.

Donald Trump aime donner l’image de la force, mais il n’aime pas recourir à la force. Il a plein de défauts et on peut lui reprocher plein de choses, mais ce n’est pas un Président va-t’en guerre, en tous cas jusqu’à présent. Il s’est toujours retenu d’appuyer sur le bouton, le meilleur exemple étant contre l’Iran.

Au passage, on peut d’ailleurs observer que dans l’Histoire contemporaine américaine, les Présidents issus du parti démocrate sont au moins autant bellicistes que les Présidents républicains.

On se résume : vu les dégâts provoqués par les interventions militaires américaines, en particulier au Proche et au Moyen Orient, on ne va pas se plaindre que Trump ait viré Bolton.

La fin des grands concepts

Cela dit, évidemment ça n’empêche que le président américain manque aujourd’hui de conseillers expérimentés en politique étrangère. Et c’est un souci. Enfin, entre nous soit dit, c’est surtout un souci pour les autres diplomates, des pays étrangers, qui sont un peu déboussolés.

Mais on peut émettre une hypothèse : c’est peut-être la fin d’une époque, celle des grandes visions conceptuelles du monde. Qu’elles qu’en soient la nature. Unilatéral, multilatéral, bipolaire, multipolaire, froid, chaud, etc.

Les visions héritées des Kissinger, des Brezinski… Des Bolton. Des gens qui identifient des longues traines, des évolutions structurelles. Qui prétendent regarder le monde comme un ensemble. 

Trump, lui, voit le monde comme une succession d’instants présents. Où il faut être réactifs. Agir à l’instinct. Changer de position. Être plastique. Plus pragmatique que dogmatique. Passer des deals, c’est son grand mot, des deals conjoncturels, jamais gravés dans le marbre. 

Après tout, il a peut-être raison. Dans un monde qui évolue à vitesse grand V, où les puissances sont nombreuses et variées, où les réseaux sociaux imposent leur dictature de l’immédiateté, il a peut-être raison.

Bon je dis ça, j’en suis conscient, c’est un peu histoire de se rassurer. Puisqu’avec Trump, on ne peut jamais écarter l’hypothèse que dans un mouvement d’humeur, il appuie par erreur sur le mauvais bouton.

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