L'incertitude grandit à Londres sur le sort du Brexit. Ce mercredi 12 décembre, Theresa May est confrontée à un vote de confiance au sein de son propre parti. Mais dans cette confusion générale qui nous arrive de Londres, on peut aussi voir l'expression d'une démocratie britannique vivace. C'est "le monde à l'envers".

Theresa May devant la Chambre des Communes ce 12 décembre lors de la séance des Questions au Premier ministre
Theresa May devant la Chambre des Communes ce 12 décembre lors de la séance des Questions au Premier ministre © AFP / Mark DUFFY / AFP / UK PARLIAMENT

C’est vrai qu’au premier coup d’œil, c’est un sacré bazar !

Même les plus experts des analystes politiques britanniques n’y retrouvent plus leurs petits et ne se hasardent plus au moindre pronostic.

On est maintenant à trois mois et demi de l’échéance (le Brexit c’est le 29 mars), et personne ne sait où l’on va. 

Confusion, panique, division, faites votre choix pour qualifier la situation à Londres.

Voici une petite compilation pour résumer :

1.     Theresa May est ouvertement contestée au sein de son parti, les Conservateurs : ils vont se prononcer sur son sort dans l’heure qui vient.

2.     Hier, elle a renoncé à la dernière minute à un vote du Parlement dans son ensemble sur le projet de Brexit, elle avait trop peur de perdre.

3.     La classe politique britannique s’écharpe dans tous les sens.

4.     La société est divisée, et deux des Nations qui composent le pays, l’Ecosse et l’Irlande du Nord veulent rester dans l’Europe.

Résultat des courses : le Royaume-Uni apparait sans gouvernail, sans cap. Avec, à la clé, le risque croissant d’une absence d’accord sur les conditions de sortie de l’Europe : une hypothèse qui effraie tous les acteurs économiques.

Donc oui, à première vue, c’est le bazar. Mais en même temps, ce bazar est l’expression d’une démocratie en action.

Le pouvoir des parlementaires prévaut

En fait la vraie démocratie ça peut créer du bazar à l’occasion. Et c’est ce qui se passe en l’occurrence.

Premier rappel : tout vient d’un référendum. Le peuple britannique a été consulté, en 2016. Il a voté, massivement. Et il a choisi, majoritairement, le Brexit. C’est démocratique. Ça va mieux en le disant.

Deuxième point : ce soir Theresa May affronte donc un vote de défiance parmi les députés de son propre parti.

Il n’y a rien de plus sain. C’est l’incarnation du régime parlementaire britannique, qui il y a 3 siècles a inspiré Montesquieu dans « L’Esprit des lois », texte fondateur de la démocratie moderne. 

La démocratie, ce n’est pas un homme (ou une femme) qui concentre dans ses seules mains, l’essentiel des pouvoirs et de la légitimité.

Le principe britannique, c’est la délégation de pouvoirs. Le peuple élit ses députés qui ensuite choisissent un leader. Il n’y a de légitimité que par délégation. Pas par plébiscite comme dans le scrutin présidentiel français.

Dans la démocratie britannique, le premier ministre doit d’abord être soutenu par son parti (c’est le vote en cours).

Et il doit ensuite être soutenu par une majorité au Parlement : c’est le fameux vote sur le Brexit qui va bien finir par arriver.  Et sinon et bien le Premier ministre s’en va. Et on en change. Point barre. Parce que le Parlement a le dernier mot. 

Et quand un seul parti ne détient plus la majorité à lui seul, ça contraint à la culture du compromis : elle est la règle en Allemagne, elle s’impose désormais au Royaume-Uni. Et en France, elle est souvent aux abonnés absents.

La résilience des dirigeants s'impose

On pourrait se dire que du coup il y a un risque d’instabilité politique ! Mais ce n'est pas vrai, si on prend un peu de recul.

En 40 ans, le Royaume-Uni n’a connu que 6 premiers ministres. Pas plus qu’il n’y a eu de Présidents en France.

Et même Theresa May : vous me disiez tout à l’heure en préparant l’émission Fabienne « elle a plus de vies qu’un chat »…

C’est vrai ! On annonce sa chute toutes les semaines depuis 2 ans et demi, depuis 882 jours précisément, et elle est toujours là !

La démocratie britannique crée des dirigeants résilients, résistants aux tempêtes. Et c’est une qualité pour un leader.

Regardez Churchill, Thatcher, Blair, pour citer les plus marquants. Chacun pense ce qu’il veut de la politique qu’ils ont menée, mais on peut leur reconnaître un point commun : la résilience. Savoir faire des compromis, et savoir décider.

En sachant qu’à un moment ou à un autre, le Parlement reprendra la main et finira par les virer : Thatcher l’a vécu en 1990, Blair en 2007. Vient un moment où les élus du peuple jugent que le leader n’est plus le bon, parce qu’il n’a plus d’idées ou parce qu’il est devenu trop condescendant.

C’est peut-être ce qui arrivera à Theresa May. Ou peut-être pas. Mais quand bien même ça arriverait, ce ne serait pas pour autant le signe d’un grand bazar. 

C’est juste de la démocratie en action. 

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