Les heures du président sud-africain Jacob Zuma semblent comptées. Empêtré dans de multiples soupçons de corruption, il est sur le point d’être chassé du pouvoir, par son propre parti, l’ANC, qui s’est réuni en urgence aujourd’hui sur le sujet. Dans le "monde à l'envers", on ne se réjouit pas trop vite de ce départ.

Cyril Ramaphosa et Jacob Zuma
Cyril Ramaphosa et Jacob Zuma © Maxppp / KIM LUDBROOK/EPA/Newscom/MaxPPP

C’était il y a 28 ans tout juste, le 11 février 1990. Je vais vous raconter un souvenir personnel. 

J’avais eu la grande chance de commenter en direct un moment historique : la libération de Nelson Mandela.  C’était magique : le symbole de la fin de l’apartheid.

28 ans plus tard, l’Afrique du Sud en est donc arrivée là. Ce grand pays peuplé comme la France est englué, à l’arrêt.Et il a le plus grand mal à se débarrasser de Jacob Zuma, 75 ans, au pouvoir depuis 8 ans !

Etrange bonhomme, Zuma, toujours en train de rigoler, souvent en train de danser, marié 6 fois ! Oui oui 6 fois ! C’est une sorte de Berlsuconi africain ! Empêtré jusqu’au cou dans les affaires mais à chaque fois il s’en tire.

Inculpation pour viol, relaxe. Inculpations de corruption sur, tenez-vous bien, 783 contrats de ventes d’armes, relaxe. Condamné à restituer de l’argent public utilisé pour faire des travaux chez lui. Il rembourse et s’en sort.  Etc.

Sa probable éviction semble donc une bonne nouvelle. 

Mais ça n’est peut-être pas si simple. Ce qui va donner le la, ce sont les conditions de son éviction. Zuma, en effet, semble prêt à partir, mais devinez quoi ? Il veut d’abord que toutes les charges soient abandonnées contre lui. Et qu’on lui paie ses frais de justice ! Rien ne l’arrête.

Si c’est le cas, ça ne sera quand même pas le signe d’une démocratie très opérationnelle.

Ramaphosa le multi-millionnaire

Et encore faudrait-il aussi que son successeur soit plus respectable que lui, et là encore on a des doutes… Alors lui, il s’appelle Cyril Ramaphosa, c’est lui qui dirige désormais le parti majoritaire, l’ANC. C’est donc lui qui est appelé à succéder à Zuma.

Alors oui, c’est vrai, il incarne une nouvelle génération, il a 10 ans de moins. Et hier, à la tribune, au Cap, il avait des accents charismatiques, à la Mandela.

Mais à y regarder de plus près, l’homme n’est pas très net non plus.

Au départ, c’est un militant anti apartheid bien sous tous rapports, devenu dirigeant syndical, et adoubé par Mandela. Mais à la fin des années 90, il quitte la politique, pour devenir businessman et, pardonnez le raccourci, faire des affaires en partie sur le dos des Noirs.

A la tête d’un fonds d’investissement, Shanduka, il prend des participations dans l’immobilier, les télécoms, les mines, la restauration. Et il devient l’un des hommes les plus riches du pays : Fortune estimée à 450 millions de dollars.

Encore plus troublant : vous vous souvenez peut-être de la grande grève en 2012 qui avait paralysé la mine de Marikana, en Afrique du Sud. Ça s’était soldé par une intervention très musclée des forces de l’ordre, 34 morts.

Et bien qui siégeait dans le Conseil d’administration de la mine ? Vous avez deviné : Cyril Ramaphosa. Voilà donc un homme qui a appris à être du bon côté du bâton ! 

Et il est aujourd’hui très éloigné de la vie quotidienne de l’immense majorité des Noirs sud-africains.

Les Blancs toujours aux manettes

Donc on a la droit de douter de sa capacité à réformer le pays. C’est en tous cas la question centrale.

Tous les indicateurs économiques sont en berne : le chômage est à près de 30%, la croissance est molle autour de 1%, la dette explose. L’Afrique du Sud n’est plus que la 3ème puissance économique du continent, derrière le Nigeria et l’Egypte.

Et surtout, le grand espoir né avec Mandela semble enterré. La promesse de la grande redistribution au profit des Noirs est restée, pour l’essentiel, lettre morte. Un enfant sur 4 ne sait pas lire. 

La réforme de la Terre, censée mieux répartir les ressources agricoles, a été sans cesse reportée.

Les mines sont toujours contrôlées par les Blancs. Ces mêmes Blancs occupent 63% des postes de direction dans le pays alors qu’ils représentent 9% de la population.

J’arrête avec les chiffres, vous avez compris.

L’Afrique du Sud mérite mieux. Et avec elle, toute l’Afrique a besoin d’une Afrique du Sud en bonne santé, économique et politique. Parce que depuis Mandela, elle est un modèle.

Et aujourd’hui, ce modèle est devenu celui de la corruption.

Il y a 8 ans, on avait déjà eu droit à la même scène : le prédécesseur de Zuma, Mbeki, était évincé. Et à l’époque, Zuma se présentait comme l’homme qui allait remettre le pays à l’endroit.

8 ans plus tard, play it again. Zuma va sauter, Ramaphosa est le sauveur.

On va souhaiter que l’Histoire ne se répète pas jusqu’au bout.

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