Une nouvelle fois, Theresa May, cet après-midi, a demandé « plus de temps » pour négocier le Brexit. Sauf que la date se rapproche à grands pas. Et la catastrophe économique d’un « no deal » se dessine. Ce « suicide britannique » sidère parce que ce n'est pas le genre du Royaume-Uni. C'est "le monde à l'envers".

Un manifestant pro-Européen pendant l'intervention de Theresa May devant le Parlement britannique ce mardi 12 février
Un manifestant pro-Européen pendant l'intervention de Theresa May devant le Parlement britannique ce mardi 12 février © AFP / Tolga AKMEN / AFP

Voilà un pays qui, dans son Histoire, a résisté à tout, même aux tapis de bombes de la Luftwaffe. 

Peut-être le pays au monde le plus à même de mesurer combien sa survie repose sur la solidarité et le sens du compromis au nom de l’intérêt supérieur de la Nation. Et c’est ce pays qui, aujourd’hui, est lancé dans une opération suicide. C’est à peine croyable.

Parce que ça y est, le Titanic est en train de toucher les glaçons qui annoncent l’iceberg. 

A 45 jours de la date fatidique du 29 mars, l’économie britannique est en train de ralentir. Les chiffres tombent comme à Gravelotte depuis hier. 

En décembre, pour la première fois, le pays est entré en récession : moins 0,4% pour le PIB. La croissance devrait à peine dépasser 1% cette année, le chiffre le pire depuis 10 ans. Le secteur des services, un moteur de l’économie britannique, est à l’arrêt. Les investissements sont au plus bas, en particulier dans l’automobile.

Les grandes entreprises délocalisent leurs sièges : Sony aux Pays-Bas, Dyson à Singapour, P and O à Chypre.

Le gouverneur de la Banque d’Angleterre disait cet après-midi redouter « un choc ».  Le navire commence à tanguer.

La roulette russe

Et tout ça n’a pas l’air d’inquiéter Theresa May ! Et là encore, il y a un petit parfum de Titanic : l’orchestre continue de jouer comme si de rien n’était.

En début d’après-midi, pour la énième fois (on a cessé de compter), la Première Ministre a donc demandé « plus de temps » pour discuter avec l’Union Européenne. Parce que dit-elle, il y a de nouvelles discussions.

Le problème c’est qu’il n’y a plus grand-chose à discuter. Sur le point clé, l’absence de frontière entre les deux Irlande, l’accord semble quasi impossible. On est dans l’impasse depuis des mois et des mois.

Davantage de temps, demande Theresa May. Mais il n’y en a quasiment plus. 

D’ici au 29 mars, il ne reste que 27 jours ouvrés de délibérations possibles au Parlement britannique. 

Et on prête à Theresa May l’intention, tenez-vous bien, d’attendre le 25 mars pour solliciter un nouveau vote. Bref, attendre la dernière minute.

Dans l’espoir qu’à l’approche de la date fatidique, quelqu’un cède de peur d’une absence d’accord : 

-         Soit l’Union Européenne en abandonnant sa ligne rouge sur la frontière irlandaise, 

-         Soit les Parlementaires britanniques en acceptant un accord imparfait.

Mme May donne l’impression de jouer au poker, pire à la roulette russe parce qu’il y a une balle dans le barillet.

En cas de No Deal, le risque est grand que rien ne soit prêt pour régler les problèmes innombrables de douane, de pêche, d’agriculture, d’immigration, de médicaments, et j’en passe.

Le miroir aux alouettes souverainiste

Comment ce pays du compromis en est arrivé là, voilà la bonne question.

Parce que ce n’est pas seulement le chef d’orchestre, Mme May, qui continue de jouer pendant que le bateau coule. 

C’est tout l’orchestre, toute la classe politique britannique ou presque. 

La semaine dernière, le leader de l’opposition travailliste a esquissé une main tendue. Un événement, parce que ce n’est pas le genre de Jérémy Corbyn. Il a proposé à Theresa May le soutien de son parti à un Brexit « doux », pour peu qu’un accord douanier soit préservé avec l’Europe.

Une façon de dire : on peut peut-être s’entendre entre conservateurs modérés et travaillistes modérés.

Fin de non-recevoir du 10 Downing Street.

La classe politique britannique a perdu le sens commun. Elle est empêtrée dans ses luttes de clans, ses extrémismes, qu’ils viennent d’un bord ou de l’autre, des Conservateurs, des Travaillistes ou du parti nord irlandais DUP.

Chacun fait son petit calcul politicien en oubliant l’intérêt national. 

Mais le premier responsable de cette impasse est bien l’illusion d’un retour à l’ancien temps du souverainisme libre-échangiste : un miroir aux alouettes anachronique au XXIème siècle. 

Résultat : le Brexit est devenu un Frankenstein qui échappe à son créateur, et préfère la pire des solutions (une absence d’accord) à la moins mauvaise (un accord imparfait).

C’est l’inverse de ce qui a fait la grandeur de la démocratie britannique : le sens du débat, de la mesure et du compromis.

Ça fait frémir.

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