C’est évidemment l’image du jour : la poignée de main Kim / Trump à Singapour a concentré l’attention des médias du monde entier.Mais derrière cette façade spectaculaire du rapprochement Etats-Unis / Corée du Nord, le maître du jeu est peut-être ailleurs: c'est la Chine. Et c'est le « monde à l’envers ».

Kim Jong Un à son arrivée à Singapour à bord d'un appareil Air China
Kim Jong Un à son arrivée à Singapour à bord d'un appareil Air China © AFP / KCNA VIA KNS / AFP

La photo de la rencontre Kim / Trump a fait le tour du monde. Mais moi j’aimerais vous parler d’une autre photo, plus révélatrice encore de ce qui s’est passé à Singapour.

Cette photo, la voici ! Je vous la montre ici en studio, et vous la trouverez sur franceinter.fr

Kim Jong Un à sa descente de l’avion lorsqu’il est arrivé à Singapour.

Cherchez l’anomalie sur l’image ! Et oui, il descend d’un Boeing 747 Air China, avec le drapeau chinois sur le fuselage, juste derrière lui.

Kim est d’abord monté dans un avion nord-coréen, direction Pékin.

Puis, à Pékin, à sa demande, il a donc embarqué dans un avion chinois, et pas n’importe lequel : celui du premier ministre Li Keqiang. Et ce soir, il s’apprête à repartir en sens inverse, à bord du même appareil.

Vous trouvez ça anecdotique ? Ça ne l’est pas du tout.

A fortiori pour un dirigeant qui met au plus haut, la notion de « juche », ça veut dire en coréen, l’indépendance, l’autosuffisance. En l’occurrence, il renonce au « juche » pour s’en remettre… à Pékin.

Après des hauts et des bas entre les deux capitales, ne nous y trompons pas : nous sommes bien revenus à la position du « tuteur » hérité de la guerre de Corée.

Ce n’est pas un hasard si Kim a déjà rencontré les dirigeants chinois deux fois cette année.

La Chine demeure donc…

-         Le grand frère politique qui couvre le régime stalinien de Pyong Yang,

-         Le grand voisin qui possède 1500 kms de frontière commune, 

-         Le grand partenaire économique avec lequel s’effectuent 90% des échanges commerciaux.

Autrement dit, rien ne se fera sans Pékin !

Billard à trois bandes

Et les Chinois ont un intérêt dans l’affaire. Et même plusieurs !

Le premier est de nature économique. Si un désenclavement commercial de la Corée du Nord s’engage, qui va en profiter à votre avis ?

Qui est dans les starting blocks, dans la zone frontière de Dandong, pour lancer des dizaines de projets d’investissement dans cette économie nord-coréenne plombée par la fermeture au monde et par les sanctions internationales ?

Qui a les moyens en capitaux ? Vous avez compris : la Chine !

Et puis il y a sans doute un autre calcul, qui relève davantage du billard à trois bandes !

Pendant que le monde a les yeux braqués sur Kim et Trump, la Chine pousse ses pions dans toute la région. Elle se déploie militairement, de plus en plus en mer de Chine, au Nord près du Japon comme au Sud près des Philippines. Et elle ne cesse d’isoler davantage son propre rival chinois, Taiwan.

Par-dessus le marché, elle peut même espérer un rapprochement avec le Japon. 

Parce que Tokyo est contrarié sur le dossier nord-coréen : Washington semble en effet laisser de côté la question des missiles moyenne portée de Pyong Yang qui menacent uniquement… le Japon.

Bref, contrairement à Trump qui fait du poker, la Chine joue au jeu de go et pense au coup d’après.

Le nouvel arbitre 

Alors bien sûr, c’est quand même Trump qui négocie sur ce coup là ! Oui, mais regardons bien.

Primo, comme vous dites, il négocie. Et dans une négociation, il faut bien lâcher quelque chose.

Que lâche-t-il aujourd’hui ? Une suspension, voire un arrêt des manœuvres américaines au large de la Corée.

Autrement dit, un début de désengagement militaire des Etats-Unis dans la région. Qui se frotte les mains ? La Chine !

Secundo : Trump fait une négociation bilatérale, pays à pays. Il ne sait pas faire autre chose.

Conséquence : les Etats-Unis sortent de leur rôle des 70 dernières années, celui du garant des accords multilatéraux. 

Ils ne peuvent plus être ce que la diplomatie anglo-saxonne appelle le « courtier honnête », « the honest broker », puisqu’ils sont juge et partie. Alors qui peut désormais hériter de ce rôle de parrain, de garant, d’arbitre, qui reste au-dessus de la mêlée pour donner ou non son feu vert à la fin ? 

Je vous le donne en mille : CQFD. Pékin !

Donc oui, c’est sans doute la Chine qui vient de remporter le match Etats-Unis / Corée du Nord

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