La campagne vient de débuter au sein du parti conservateur britannique pour succéder à Theresa May. Première sélection des députés demain. Parmi les 10 candidats, le favori Boris Johnson fait figure d’épouvantail pour l'Europe. A l'inverse, regardons pourquoi sa victoire serait cohérente. C'est "le monde à l'envers".

Boris Johnson lors de son discours de lancement de sa campagne pour le leadership du parti conservateur
Boris Johnson lors de son discours de lancement de sa campagne pour le leadership du parti conservateur © AFP / Tolga AKMEN / AFP

Pour une fois messieurs les Anglais, à défaut de tirer les premiers, soyez cohérents !

Les députés conservateurs se doivent, s’ils sont logiques, de favoriser la candidature de BoJo, comme on le surnomme.

Pourquoi ? C’est tout simple : il y a 3 ans, Boris Johnson a été un leader de la campagne pour le Brexit. Les Britanniques ont voté pour la sortie de l’Europe. Et depuis ils attendent.

Donc la cohérence politique c’est de voir le Brexit enfin géré par un homme qui le désire. Il serait temps. Que ça nous plaise ou non, ça coule de source.

Il y a une deuxième raison, qui relève aussi de la cohérence politique. Après trois années de cacophonie façon Theresa May, le parti conservateur est aux abois. Seulement 5ème aux dernières Européennes, il est menacé de disparition. 

Les conservateurs doivent donc au plus vite reconquérir leurs électeurs, en train d’être avalés par le Brexit Party de Nigel Farage. Leur seule chance d’y parvenir, c’est un positionnement anti Europe, et un positionnement de droite, par exemple sur les impôts.

Et là encore, Boris Johnson a le meilleur profil, le plus en adéquation avec le disque dur de l’électorat conservateur, les Anglais âgés plutôt aisés. C’est une personnalité forte, contestée mais charismatique, un battant qui sait mener des combats électoraux.

Et puis ce ne serait pas la première fois que les Conservateurs choisissent une personnalité atypique dans leur Histoire : avec Churchill ou Thatcher, ça leur avait plutôt porté chance électoralement.

La cohérence de l'amateurisme fort en gueule

On objectera que c’est quand même une personnalité incontrôlable, presque inquiétante mais là aussi, c’est cohérent.

C’est en adéquation, qu’on le veuille ou non, avec l’air du temps.

C’est vrai, BoJo doit son surnom à la référence au personnage du clown, Bozo. L’ancien maire de Londres a ses humeurs, il peut dire tout et son contraire, sa vie privée est chaotique. Il aime distiller les fausses informations, en particulier sur l’Europe. Il fait dans l’excès, il a déjà comparé l’Union Européenne au IIIème Reich nazi.

Il fait souvent preuve d’amateurisme dans sa connaissance des dossiers et cultive un nationalisme démagogique.

Et donc ? Ça ne vous rappelle pas quelqu’un ? Vous avez deviné : Trump. Et plus largement tous les leaders populistes qui ont le vent dans le dos sur la planète.

L’époque est aux dirigeants forts en gueule qui font de la politique comme on joue au poker. Ça plait aux électeurs, ça plait aussi, en Grande-Bretagne, à tout une partie de la presse populaire.

Alors oui, ça déplait à l’inverse aux dirigeants européens qui voient Boris Johnson comme un inconséquent. Mais ce type de critique, cette mauvaise image en Europe, c’est un argument de plus pour sa campagne. « Regardez, les élites bien pensantes ne m’aiment pas ! ». Pouvoir dire ça, c’est l’une des meilleures cartes des démagogues vis-à-vis des électeurs.

Donc là encore : le choix Boris Johnson, c’est logique.

Un facteur d'unité pour l'Europe

Deuxième objection possible: que ce soit une catastrophe politique y compris pour l’Europe ! C’est possible, puisque BoJo brandit la menace du « No Deal », la sortie sans accord de l’Union Européenne, avec toutes ses incertitudes économiques à la clé.

Mais on peut essayer de voir les choses du bon côté.

Par exemple, BoJo au pouvoir au Londres, ça peut être une publicité vivante pour l’Europe :  l’incarnation d’un Royaume Uni repoussoir, trop incontrôlable et farfelu, trop antisocial et anti-environnement.

Et puis avec un leader aussi imprévisible, l’Europe, pour peu qu’elle se soit dotée d’ici là de dirigeants dignes de ce nom, aurait beau jeu de fermer la porte à toute renégociation du Brexit, d’ici à la nouvelle date limite du 31 octobre prochain. 

Ce serait donc un bon ciment pour l’unité européenne. Ce serait plus compliqué de refuser la discussion face à un Premier ministre plus modéré, comme Jeremy Hunt, l’actuel ministre des Affaires étrangères britannique, et rival le plus sérieux de Boris Johnson.

Enfin, dernier effet en chaine possible : la radicalité de BoJo sur le Brexit pourrait pousser l’Ecosse à faire sécession, à préférer l’Europe au Royaume-Uni. Ce serait un séisme politique.

Bon, je dis tout ça, c’est aussi un peu, je vous l’accorde, pour nous rassurer. Parce qu’imaginer les codes nucléaires britanniques en possession d’un homme aussi fantasque, c’est quand même un chouïa inquiétant…

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