Fascinante coïncidence de l'actualité. En l'espace d'une semaine, le chinois Xi Jinping obtient la possibilité de rester président à vie et le russe Poutine s'apprête à être réélu pour un 4ème mandat. Les autocrates ont le vent en poupe, dans le "monde à l'envers" de ce soir.

encontre Poutine / Xi Jinping lors du sommet Asie Pacifique au Viet Nam en novembre dernier
encontre Poutine / Xi Jinping lors du sommet Asie Pacifique au Viet Nam en novembre dernier © Getty / Mikhail Svetlov

Le parallèle est saisissant. Entre le nouvel Empereur de Chine et le nouveau Tsar de Russie, les autocrates marquent des points !

Commençons par le Tsar. Vous serez à Moscou dans 3 jours, jeudi, Fabienne, pour nous faire vivre ces élections russes, mais une chose est quasi-certaine : Vladimir Poutine devrait l’emporter dès le 1er tour !

Pourquoi ? Pour plein de raisons :

-         Il a muselé l’opposition et il n’a pas de concurrent ; 

-         Il incarne une puissance militaire retrouvée, avec des succès à la clé, notamment en Syrie ;

-         Il s’est entouré d’une garde rapprochée acquise à sa cause ; 

-         Et il entretient savamment le culte de la personnalité.

Même recette avec le nouvel « Empereur de Chine » !

Vous savez combien il y a eu d’empereurs en Chine depuis Qin Shi Huang 2 siècles avant Jésus Christ ? Selon que l’on compte ou pas les différentes dynasties qui se sont parfois partagées le pays, entre 280 et 380. 

Et bien depuis le vote du Parlement hier, Xi Jinping peut devenir le 381ème : il peut rester au pouvoir… indéfiniment ! Avec les mêmes ingrédients que son voisin le Tsar : répression des voix dissidentes, création d’une garde rapprochée, puissance militaire, et culte de la personnalité.

Mais le pouvoir chinois a un atout supplémentaire : les succès économiques.

Et surtout il revendique la légitimité d’un pouvoir autocratique. Il conceptualise le fait que le capitalisme économique n’a pas besoin de la démocratie politique. Pour Pékin, les démocraties à l’Occidentale sont en perte de vitesse, elles sont inefficaces. Elles constituent même une sorte de « parenthèse historique ». 

Un modèle séduisant

Et le problème c'est que Pékin n’a pas tout à fait tort ! En tous cas, les démocraties occidentales vont mal. 

Leur porte drapeau est devenu un président imprévisible et un peu clownesque… 

Suivez mon regard, « l’homme à la mèche »… On ne peut pas dire que Donald Trump soit une publicité vivante pour la démocratie !

Les pays européens ? Ce n’est guère mieux ! Ils sont pour la plupart dans les sables mouvants : 

-         La Grande-Bretagne enlisée dans le Brexit ;

-         L’Italie ensablée dans l’éparpillement électoral ;

-         L’Allemagne à l’arrêt, faute de gouvernement jusqu’à cette semaine.

Quant à l’Union Européenne, elle somnole.

Du coup CQFD : le modèle autoritaire russe ou chinois séduit de par le monde :

-         En Europe de l’Est, de la Hongrie à la Pologne en passant par la République Tchèque ;

-         Ou en Afrique, où les subsides chinois permettent à bon nombre de potentats locaux de conserver le pouvoir. 

L’autocratie, voilà, Mesdames Messieurs, un système efficace !

L'économie russe et le soft power chinois: en panne

De là à imaginer un monde russo-chinois, on n’en est quand même pas là.

Parce que chez le Tsar comme chez l’Empereur il y a un petit refus d’obstacle. Vous savez, comme en équitation, lorsque le cheval n’arrive pas à sauter….  Je m’explique.

Avec le Tsar, le refus d’obstacle est économique. L’économie russe est fragile : croissance faible, revenus réels en baisse, infrastructures insuffisantes, entreprises peu nombreuses, Etat lent et inerte.  Et dès que le niveau des matières premières (pétrole, gaz) est en berne, comme aujourd’hui, les ressources se cassent la figure.

Poutine n’arrive pas à initier un nouveau modèle de développement.

Chez l’Empereur, le refus d’obstacle est culturel et diplomatique. La Chine ne veut pas assumer de leadership géopolitique, alors que sa puissance économique l’y invite. 

Et surtout elle se refuse à développer ce que les Anglo-Saxons appellent le « soft power » : cette séduction culturelle et intellectuelle. Xi Jinping a beau parler de « rêve chinois », il n’y a pas foule dans le monde pour y croire. Et en Asie, du Japon à l’Inde ou au Viet Nam, on serait plutôt inquiets…

Par-dessus le marché, le Tsar et l’Empereur ne sont pas « copains copains ».

Officiellement tout va bien entre Moscou et Pékin. En réalité, c’est tendu, en particulier en Asie Centrale, autour des projets chinois de « nouvelle route de la Soie ».

En fait, le Tsar et l’Empereur ne sont vraiment d’accord que sur une chose : mettre en pièces le modèle démocratique.

Mais ça doit suffire à nous inquiéter.

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