Le 11 novembre a vu une passe d’armes entre Emmanuel Macron et Donald Trump sur la proposition française de créer une armée européenne. Le président américain a parlé de propos « insultants » contre les Etats-Unis, et il a appelé les Européens à mieux financer l’OTAN. Et il n'a pas tort. C'est le "monde à l'envers".

Donald Trump a rencontré Emmanuel Macron à l'occasion des cérémonies du 11 novembre dans un climat tendu
Donald Trump a rencontré Emmanuel Macron à l'occasion des cérémonies du 11 novembre dans un climat tendu © AFP / SAUL LOEB / AFP

Entendons-nous bien : sur le papier l’idée d’Emmanuel Macron se défend. Et la ministre des armées Florence Parly a raison quand elle dit : « on ne pourra pas éternellement s’abriter derrière le parapluie de défense américain ».

A quoi ressemble l’environnement géopolitique ? C’est un monde :

-         Où les dépenses militaires augmentent ;

-         Où les pays du Golfe, l’Inde et la Chine ne cessent de s’armer davantage ;

-         Où la Russie montre ses muscles avec des manœuvres d’une ampleur sans précédent.

-         Et où les Etats-Unis donnent de moins en moins de gages sur leur alliance avec l’Europe.

Donc oui dans ce paysage, envisager une armée européenne parait censé, pour assurer notre propre défense, pas seulement une force commune de projection sur des théâtres d’opération extérieure. Mais bien une défense commune.

Et Paris aurait très bien pu assumer cette position jusqu’au bout en évitant de se lancer dans des explications filandreuses après les critiques de Donald Trump.

C’est un projet politique cohérent qui peut s’assumer. D’ailleurs, le sommet franco-allemand de Meseberg en juin dernier a posé les bases industrielles d’une telle politique, avec des projets de char franco-allemand et de nouveau système aérien, pour trouver les héritiers des Rafale et des Eurofighter. Dassault, Airbus, Nexter, KMW sont autant d’entreprises françaises, européennes ou allemandes capables de mener à bien ces projets.

Donc sur le papier, on peut défendre cette idée d’armée européenne.

Des Européens divisés  

Ça c'est pour le papier mais dans les faits, et c’est là que Donald Trump reprend la main, il y a loin de la coupe aux lèvres.

D’abord, ces projets vont prendre beaucoup de temps, parce que les programmes militaires se font sur le temps long. Comptez au moins 20 ans, voire davantage, pour voir apparaître les futurs chars ou avions franco-allemands. Et encore si tant est évidemment que d’ici là, aucun gouvernement, ni à Paris ni à Berlin, ne remette ces projets en cause. En tous cas, c’est le premier bémol : l’armée européenne n’est pas pour demain.

Deuxième bémol : le paysage militaire aujourd’hui en Europe est très hétérogène. On compte au total, selon les pays, plus de 50 systèmes d’armement terrestre différents, pas loin de 20 types d’avions de chasse. Et ces équipements militaires, pour près de la moitié, sont achetés aux Américains. Par exemple, la Belgique vient de préférer le F35 made in USA au Rafale français.

Troisième bémol :  le principe même d’une défense européenne commune a beaucoup d’adversaires à l’intérieur du continent, des pays qui veulent garder leur souveraineté sur le sujet. Par exemple, la Pologne, la Suède ou la Finlande ne veulent pas s’en remettre à l’Europe pour se défendre contre une éventuelle agression russe. 

Enfin, cerise sur le gâteau, cherry on the cake diraient les Anglais, le Brexit complique les projets de coopération avec le Royaume-Uni, pourtant un partenaire essentiel en termes de défense.

En résumé : on n’est pas rendu. Et en conséquence : qu’est ce qui reste, faute d’armée européenne ? L’OTAN !

Trump a raison sur l'OTAN

C'est en cela que Donald Trump a raison, du moins pour l’instant.

L’OTAN reste aujourd’hui, qu’on le veuille ou non, la pierre angulaire de notre système de défense. Et la seule organisation avec la taille critique suffisante pour qu’on dorme sur nos deux oreilles, parce que l’OTAN c’est 4 fois plus de soldats que la Russie, 15 fois plus de budget militaire, 3 fois plus de chars, etc.

Mais aussi parce que l’OTAN ce sont des décennies de procédures installées entre armées des différents pays, utilisation de moyens conjoints, par exemple de porte-avions.  Il y a donc une efficacité militaire naturelle.

Et c’est là où Trump a raison quand il dit aux Européens : vous feriez mieux de payer pour l’OTAN !

Parce que de fait, ce sont les Etats-Unis qui payent notre protection : 70% de la dépense, là où les cotisations française, allemande, ou britannique, sont 10 fois moindre, voire 15 fois moindre.

Donc en attendant une hypothétique et future armée européenne dans, mettons, une génération au moins… En attendant, au jour d’aujourd’hui, il n’y a que l’OTAN et ce sont les Etats-Unis qui règlent la facture.

Désolé de le dire, mais sur l’OTAN, le président américain n’a pas tort de mettre les pieds dans le plat !

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